À Marseille, La France Insoumise frappe fort : première force politique à dévoiler un programme complet pour ces municipales, elle transforme chaque mesure en acte politique.
Avec près de 380 propositions, la liste Marseille fière et populaire conduite par Sébastien Delogu s’impose comme la première à entrer dans le dur, là où ses concurrents avancent encore à pas comptés. Mais l’important n’est pas tant l’empilement des mesures que la logique qui les relie : rendre le pouvoir aux habitants par la mobilisation collective et un affrontement assumé avec les structures existantes.
Delogu ne se présente jamais seul. Chaque thématique est portée par une voix différente, matérialisant un leadership partagé et collectif. Cette mise en scène, relevée par Marsactu, Libération et La Provence, est un signal clair : face à Benoît Payan, maire sortant et figure du Printemps marseillais, LFI se pose en contre-modèle, refusant la personnalisation et la verticalité. Le collectif n’a pas seulement pour but de séduire l’électorat militant : il légitime une stratégie de rupture frontale.
Sortir du carcan de la Métropole, remunicipaliser certains services, remettre en cause les délégations de service public, se confronter à l’État sur les financements : Delogu transforme la mairie en levier de transformation politique et non en simple rouage de gestion. L’objectif affiché est une “révolution citoyenne” qui fera entrer les habitants dans les institutions. Cette posture se démarque radicalement de la gauche traditionnelle incarnée par Payan. Là où le maire sortant revendique un bilan et sa capacité à négocier avec l’État, LFI assume l’affrontement : le pouvoir municipal devient un outil de mobilisation permanente, et non un espace de compromis. Les “promesses non tenues” du maire actuel servent de point d’appui à Delogu pour se positionner comme alternative crédible et radicale.
Un programme-manifeste plus qu’un plan de gestion
L’absence de chiffrage précis et de calendrier détaillé n’est pas un défaut : elle traduit un pari politique clair : la dynamique populaire doit primer sur les contraintes institutionnelles. Ce n’est pas la faisabilité technique qui fonde la légitimité des mesures, mais la capacité à créer un rapport de force suffisant pour les imposer. Ce choix comporte un risque. Marseille, ville marquée par la complexité des compétences communales, métropolitaines et étatiques, exige aussi de savoir durer. Miser sur la conflictualité comme moteur expose LFI à la critique d’un projet mobilisateur mais difficilement gouvernable. Mais c’est précisément ce que le mouvement retourne : si gouverner signifie se plier aux contraintes existantes, alors la rupture devient une nécessité politique.
Au-delà de Marseille, cette candidature s’inscrit dans une stratégie nationale de LFI, qui voit dans ces municipales un terrain de reconquête idéologique. La ville, populaire et fragmentée, emblématique des inégalités territoriales, devient à la fois laboratoire politique et enjeu électoral stratégique. Reste la question centrale : jusqu’où un programme municipal peut-il aller sans relais institutionnels plus larges ? LFI répond par l’irruption citoyenne, Benoît Payan par la gestion et l’alliance. La campagne de 2026 ne se jouera donc pas seulement sur les projets, mais sur deux visions irréconciliables du pouvoir local : l’une fondée sur le compromis, l’autre sur le rapport de force assumé.
Djamal Guettala

