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Ni « chahut de gamins » ni roses « vénéneuses » de Syrie

DEBAT

Ni « chahut de gamins » ni roses « vénéneuses » de Syrie

Du long processus d’émergence de la citoyenneté, qui reste toujours au milieu du gué, l’on peut retenir au moins trois stations qui ont ponctué les tentatives de son étouffement par le pouvoir politique.

Tentatives à caractère parfois étrange, d’autres fois ridicule, mais dans tous les cas inconsistantes et porteuses de signes de faiblesse et de désarroi.

Ainsi, en octobre 1988, le président de l’ancienne Amicale des Algériens en Europe (officine du FLN qui avait son siège à Paris), Ali Ammar, s’est fendu d’une déclaration ridicule et avilissante face aux médias français, en qualifiant la révolte des jeunes réprimée dans le sang de « chahut de gamins qui a dérapé ».

Pendant le Printemps noir de Kabylie, en 2001, le premier martyr, Guermah Massinissa, qui ouvrit la liste des 126 jeunes tués par les services de la gendarmerie, a été qualifié par l’ancien ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, de « voyou ».

En février 2019, le pouvoir politique sort le croque-mitaine du Printemps arabe pour dissuader les Algériens de revendiquer leurs droits. N’oublions pas que, dès que la situation le réclame, on fait aussi cyniquement usage d’un autre épouvantail, celui de la Décennie noire que les Algériens ont pourtant dépassée par leurs immenses sacrifices.

Nous pouvons même aller jusqu’au tout premier mouvement de révolte populaire postindépendance, celui du Printemps amazigh de 1980, lors duquel la Kabylie a été mise à l’index et accusée de sécession.

Aujourd’hui, l’agrégation des luttes citoyennes, ainsi que l’accumulation des gestions arbitraires, autocratiques et rentières, aboutissent à une certaine maturité du combat pour la vraie citoyenneté, celle qui entend mettre fin à la tutelle politique sur les Algériens, à la gestion rentière de l’économie et à la corruption. La construction de la deuxième république est à ce prix.

Amar Naït Messaoud, journaliste

Des mots pour le dire [par Cherif Kheddam]

De ma bouche tu as enlevé la parole

Et tu pensais que j’allais me taire.

Si la langue se refuse à dire,

De ma main je me mettrai à écrire.

Même si tu m’ôtes la vue,

Jalousement je protégerai mon coin.

 

Tu as bâillonné la parole,

Pour qu’elle ne se propage pas au loin.

Regarde devant toi, réfléchis bien:

L’homme de la nouvelle génération arrive.

Il n’acceptera pas d’être muselé,

Ni te quémandera pitance.

 

Par le savoir il arrachera ses droits

Le tamis ne pourra plus cacher le soleil.

Il sait que son soleil brillera

Et que la parole lui reviendra.

S’il suit le chemin qu’il s’est tracé,

Il sait que c’est là son unique capital.

S’il gît sous les dalles tombales,

Il criera de dessous la terre.

Ses droits seront arrachés

Par ceux qui soupèsent bien le poids des mots.

Afin que tout le monde soit éveillé

Avant qu’il ne soit trop tard.

 

Cherif Kheddam (traduction: A.N.M.)

Auteur
Amar Naït Messaoud

 




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