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Paris-Alger : l’idylle brisée ?

Tebboune Macron

Tebboune et Macron, main dans la main : loin est ce temps.

L’atmosphère est lourde entre Paris et Alger. Le « couple » que les présidents Macron et Tebboune ont tenté de construire depuis 2020, censé instaurer une relation bilatérale durable et apaisée, est plus que jamais en péril.

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Depuis quelques jours, le sort s’acharne sur les relations algéro-françaises. « A croire qu’il y a des parties que cette crise arrange particulièrement », suppute un journaliste français. La récente reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a agi comme un véritable séisme, ébranlant les fondations de cette relation que les défunts présidents Chirac et Bouteflika promettaient de hisser à un niveau d’excellence digne du traité d’amitié signé entre la France et l’Allemagne.

Un rapprochement prometteur, mais fragile

La visite d’Emmanuel Macron en Algérie en 2021 avait pourtant suscité l’espoir d’un nouveau départ. Les deux dirigeants avaient affiché leur volonté de tourner la page des contentieux historiques et de bâtir un partenariat fondé sur le respect mutuel et la coopération.

Cependant, les divergences profondes n’ont jamais totalement disparu. La question mémorielle, en particulier, reste un sujet sensible, et les déclarations parfois maladroites de part et d’autre n’ont pas arrangé les relations.

Des petites phrases assassines qui s’échangeaient comme dans un jeu de punchlines de part et d’autre de la Méditerranée ravivent des querelles qui iront crescendo.

Selon un article du journal Le Monde, le président Macron estimait, lors d’une rencontre à l’Elysée avec de jeunes Franco-Algériens, qu’après son indépendance en 1962, l’Algérie s’est construite sur « une rente mémorielle », entretenue par « le système politico- militaire ». La déclaration a mis le feu aux poudres du côté-ci de la Méditerranée. Un premier faux-pas qui malheureusement en suscitera d’autres.

Dans la  presse algérienne, l’emballement est à son comble, à la mesure de la colère suscitée par la saillie macronienne parmi les hautes autorités du pays. 

En signe de représailles, l’Algérie a décidé de rappeler son ambassadeur à Paris en consultation. Les avions militaires français de l’opération Barkhane au Mali ont été interdits de survoler l’espace aérien algérien. Depuis, les emportements deviennent le seul dialogue entre les deux autorités.

Les dagues sont tirées !

La réduction en 2021, de moitié des visas octroyés aux Algériens pour venir en France est venue  s’ajouter à la liste de griefs qui vont  aggraver  un contentieux. Peu importe pour le régime algérien que cette mesure touche aussi la Tunisie et le Maroc. Alger s’est senti au centre dans le viseur de Paris. Même si les relations se sont cahin-caha rétablies, le feu brasillait sous la paille. Abdelmadjid Tebboune avait même annoncé une visite à Paris en automne 2024. Celle-ci devait aplanir bien des dossiers en suspens. Mais patatras, tout s’effondre fin juillet.   

Le Sahara Occidental, pomme de discorde

Le 30 juillet 2024 survint un nouveau clash diplomatique. Après la lettre envoyée par Emmanuel Macron au roi Mohamed VI, lui annonçant le soutien français au plan d’autonomie marocain pour le territoire contesté du Sahara occidental, le chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebboune avait décidé le « retrait avec effet immédiat » de l’ambassadeur d’Algérie en France. 

Le geste d’Emmanuel Macron a été perçu par Alger comme une trahison. Soutien historique du Front Polisario, l’Algérie y voit une remise en cause de ses intérêts stratégiques dans la région.

Cette prise de position française a eu un impact immédiat sur les relations bilatérales. Les échanges diplomatiques se sont refroidis, et les projets de coopération ont été mis en suspens. Depuis, bien des soubresauts médiatiques ont aggravé la crise. Un ministre, celui de l’Intérieur, rejoint par un orchestre crépusculaire de l’extrême droite ont fait de cette séquence une opportunité politique pour se positionner en vue de la présidentielle de 2027.

Ces derniers sont aidés par une engeance de jeunes pseudo-nationalistes qui croient défendre l’Algérie en semant leur fiel et leurs menaces sur les réseaux sociaux. Ces individus, appelés pompeusement « influenceurs », travaillent en réalité à contre-emploi contre les intérêts de l’Algérie mais aussi toutes les personnes de bonne volonté qui ont à cœur d’apaiser la tension.

Un avenir incertain

Si le divorce n’est pas encore consommé, les deux partenaires semblent désormais faire chambre à part. La confiance est rompue, et il faudra du temps et des efforts monumentaux pour la rétablir. Mais qui osera faire le premier pas pour amorcer la désescalade ? Si à Alger, personne ne peut oser moufter pour ramener le calme, à Paris, ce n’est pas mieux.

Les rares politiques ou intellectuels appelant à cesser la guerre des petites phrases contre l’Algérie pour passer à des questions plus sérieuses sont blacklistés par les médias, voire étouffés par le vacarme des va-t-en-guerre contre l’Algérie.  

Visiblement, la perspective du reflux de la crise est loin d’advenir. A Alger comme à Paris,  les motifs pour accentuer la brouille et nourrir le ressentiment ne manquent pas. 

La récente décision de la France de restreindre l’octroi de visas aux hauts responsables du régime algérien a suscité une vive réaction en Algérie. Cette mesure, perçue comme un affront, a  exacerbé une colère suscitée  par les visites de Rachida Dati, ministre de la Culture, et de Gérard Larcher, président du Sénat, au Sahara occidental. Ces sorties ont ravivé les tensions, dans un contexte déjà marqué par une rhétorique algérienne centrée sur les crimes de la colonisation, un thème récurrent dans les médias et les discours officiels. Un signe  que les autorités algériennes ne sont pas exemptes de critiques. Pas seulement.

Au-delà des déclarations revanchardes entendues ici ou là de la part de politiques français dont on connaît les positions, raisonnablement, l’Algérie ne peut dicter les choix diplomatiques de la France. En l’espèce, concernant la question sahraoui, n’a-t-elle pas agi de la même manière avec l’Espagne avant de se raviser et de parler maintenant de l’Espagne comme un pays ami ?

Samia Naït Iqbal

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