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Patronat algérien et 5e mandat : les dindes votent rarement pour Noël

COUP DE GUEULE

Patronat algérien et 5e mandat : les dindes votent rarement pour Noël

Nos millionnaires d’antan avaient choisi Boumediene contre la démocratie, c’était leur intérêt. Les multi-milliardaires de Bouteflika, au sein du patronat algérien, ne vont pas plus voter pour la démocratie comme les dindes ne votent jamais pour Noël. La démocratie, ce serait leur fin, ils ne sont pas suicidaires.

Beaucoup de gigantesques fortunes dans l’histoire se sont réalisées dans les moments troubles où la torture, le sang et le gel de toutes les libertés se sont installés. Mais beaucoup également se sont vite inscrites dans une ouverture de la société pour « blanchir » leurs biens lorsque la situation s’est retournée. Il ne semble pas que ce soit le choix du moment en Algérie comme il ne l’a jamais été.

Nos milliardaires avaient besoin de la dictature militaire pour prospérer, ils ont absolument besoin qu’elle perdure car aujourd’hui c’est trop tard pour jouer la démocratie comme ce fut le cas des grandes familles patronales du dix-neuvième siècle en Europe.

Il ne faut pas se méprendre, il ne s’agit pas de parler de corruption car la preuve n’est jamais possible en de tels régimes autoritaires. Combien même ces fortunes se sont bâties dans les règles de droit, elles l’ont été néanmoins dans un régime détestable au plus haut point. Notre accusation ne porte donc pas sur le droit mais sur la moralité et c’est déjà beaucoup, même l’essentiel.

Ils ne le peuvent plus car la ligne rouge est franchie et qu’il n’y a plus pour eux de retour en arrière possible. Retourner sa veste suppose deux circonstances, avoir été assez peu visible pendant la compromission et réactif pendant le moment du retournement. Ces deux états sont désormais dépassés pour les plus connues des fortunes et positions dominantes.

Voter pour la démocratie est aujourd’hui suicidaire pour eux. Le patronat algérien vient donc, sans surprise, de proposer un cinquième mandat au bénéfice d’un homme grabataire, incapable de se mouvoir ou de prononcer la moindre parole sans bafouiller et baver. Un homme qui a voué sa vie à la dictature militaire.

Mais peut-être pensent-ils qu’ils ne sont pas dans la même situation que les millionnaires des années passées car ces derniers n’avaient que des économies à l’étranger mais leurs sources de revenus les plus fortes étaient internes, donc prisonnières de leur soutien à la dictature ?

De nos jours, leurs fortunes massives à l’étranger peuvent en effet leur faire risquer une fuite jusqu’au dernier moment sans qu’ils soient dans le besoin pour le restant de leur vie. Cela, c’est probablement leur pari, car ils ne semblent avoir peur de rien ni de personne, pas même d’un peuple qui se soulèverait.

Ils se trompent car lorsque les démocraties s’installent après une féroce dictature, c’est au prix d’un bouleversement qui ne laisse place à aucune amnésie. Même à l’étranger, les avoirs colossaux de nos milliardaires ne sont pas à l’abri.

Ils oublient effectivement que les démocraties occidentales et/ou les places financières offshore ont fermé les yeux à leur égard car il était de l’intérêt pour eux de les garder fermés. Au moindre retournement de situation, les intérêts sont toujours du côté des États forts et les démocraties sont toujours fortes.

Le patronat algérien vient, pour la quatrième décennie consécutive, de choisir son camp. L’argent construit toujours le sentiment d’invincibilité, l’histoire finit toujours par construire le raisonnement contraire.

Et l’histoire est toujours plus forte.

Auteur
Sid Lakhdar Boumediene, enseignant

 




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