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Quand le pouvoir défend sa « liberté » de réprimer !

Tebboune

Tebboune

Le déchaînement ininterrompu de réactions fustigeant le Parlement européen suite à sa résolution exigeant la libération immédiate d’El Kadi Ihsane et condamnant les entraves à la liberté d’expression en Algérie en dit long sur la stratégie  déployée par le pouvoir qui cherche à défendre son modèle de gestion autoritaire du champ médiatique et de la société en général.

Un véritable torrent de boue est lâché contre le Parlement européen. Une débauche de haine sans commune mesure. Durant plusieurs jours, les réactions de condamnation se sont succédé avec un rythme qui ne trompe pas sur les réelles intentions du véritable chef d’orchestre  qui donne le tempo pour que se joue cette partition sur le mode du « bruit et de  la fureur » n’épargnant ni les membres de la représentation des peuples européens ni Emmanuel Macron et son parti  soupçonnés d’être les inspirateurs du communiqué très critique du Parlement européen.

Le silence radio de Tebboune et de Attaf 

Ni le chef de l’Etat, ni le ministre des affaires étrangères n’ont pris la peine de réagir à ce qui est présenté comme « une atteinte grave à la souveraineté nationale ».

Le soin est laissé à des organisations dites de la société civile, aux médias de propagande et partis politiques alliés de répondre et de « laver l’affront fait au régime ». Bien entendu, il y a y a une volonté de donner l’illusion de l’implication dans la polémique de la représentation nationale, à travers l’APN et le Sénat. Ils ont été actionnés pour organiser la riposte impliquant même  des organisations parlementaires régionales « amies ».

Véritable faux nez du pouvoir,  ces entités ont développé la même rhétorique, le même discours  sur le thème de la culpabilisation et de la déploration victimaire accusant les députés européens de s’immiscer dans les affaires internes d’un pays indépendant et souverain à qui soutiennent-ils,  on ne peut faire la leçon sur le respect de la liberté d’expression (excusez du peu !) et de la presse.

Intervenant  quelques jours après le grand raout médiatique et politique organisé le 3 mai, à l’occasion  de la journée internationale de la presse, cette levée de boucliers contre le communiqué des députés européens est du pain béni pour le pouvoir qui affectionne les postures victimaires pour les besoins de la consommation intérieure. Une grosse ficelle utilisée depuis toujours par tous les autocrates de la planète pour mobiliser les foules autour de leurs choix de gouvernance.

A l’instar des autres dirigeants qui l’ont précédé à la tête de l’État, Abdelmadjid Tebboune montre qu’il a un rapport tout autant tumultueux qu’ambigu avec tout ce qui vient de l’autre rive de la Méditerranée. L’ex-colonisateur reste toujours cet ennemi utile dont les dirigeants ont besoin pour exister.

D’où cette stratégie  de tension permanente illustrée par les querelles épisodiques que l’actuel chef de l’Etat a entretenues avec la France durant ces trois dernières années pour les besoins de la consommation intérieure.

L’ère de « la presse des chiens de garde »

Fidèle à la stratégie du tout répressif  qu’il a adoptée depuis le début de son mandat, Abdelmadjid Tebboune vient d’inaugurer l’ère de « la presse des chiens de garde ». Il a mis entre parenthèses une certaine idée du journalisme impertinent qui a prévalu en Algérie ces 30 dernières années.

Un journalisme combatif, responsable et attaché à la souveraineté et à l’indépendance de l’Algérie hérité des Tahar Djaout, Saïd Mekbel, Mohamed Benchicou, Omar Belhouchet, Ahmed Cheniki et d’autres qui ont toujours mis en garde leurs confrères contre une presse de connivence et contre toute dérive éthique.

Cette  idée généreuse nourrie aux valeurs universellement admises était absente au banquet du CIC d’Alger, le 3 mai dernier. En vrai, cette réception ne fut rien d’autre qu’un rendez-vous de dupes et d’adeptes de la servitude volontaire célébrant un faux consensus autour de la liberté de la presse. Pour d’autres, une caution d’une fausse presse libre.

Ayant regroupé un aréopage de personnalités où figurent une  ancienne gloire de football convertie en chroniqueur sportif,  un présentateur météo, une nuée d’opportunistes exerçant par effraction le métier de journaliste et des pique-assiettes, Tebboune montre qu’il n’est nullement préoccupé par la recherche d’une quelconque caution extérieure pour légitimer les choix qu’il a fait pour la conduite des affaires de l’Algérie. Ceux, notamment,  ayant trait au respect des libertés publiques. Il n’est pas non plus mû par quelque volonté de redonner du lest à la presse. Il la préfère servile et à sa botte.

Samia Naït Iqbal

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