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Réduction du nombre de consulats algériens en France : la proposition controversée de David Lisnard

David Lisnard

David Lisnard, président de l’Association des maires de France et maire Les Républicains de Cannes, a suscité une vive controverse en proposant la fermeture de plusieurs consulats algériens en France.

Invité sur CNEWS le 19 février 2025, il a déclaré : « Pourquoi l’Algérie a autant de consulats en France ? On n’a qu’à dire qu’on va fermer un tiers, deux tiers des consulats. » Selon lui, cette mesure permettrait de « créer un rapport de force » avec Alger, dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre les deux pays.

Quelques semaines plus tôt, Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie à deux reprises (2008-2012 et 2017-2020), avait avancé une proposition similaire sur la même chaîne, début janvier. Désormais rallié au Rassemblement national, Driencourt avait présenté cette mesure comme un moyen de pression sur Alger, affirmant que ces consulats constitueraient « des relais du régime algérien en France ».

Les relations franco-algériennes ont toujours été marquées par une alternance de rapprochements et de crises. Depuis la reconnaissance par le président Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ces relations diplomatiques frôlent la rupture. Les tensions sont exacerbées par des enjeux mémoriels, migratoires et judiciaires. L’incarcération en Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal depuis novembre 2024, sous l’accusation « d’acte terroriste et subversif », a encore aggravé la situation.

Face à une proposition qui risque d’affecter la vie de millions d’Algériens et de binationaux en France, le régime d’Alger est resté silencieux. Actuellement, 18 consulats algériens en France assurent des services administratifs essentiels à la diaspora : délivrance de passeports et de cartes d’identité, transcription d’actes d’état civil, octroi de visas. Une fermeture, même partielle, de ces consulats compliquerait considérablement l’accès à ces services pour des millions de ressortissants algériens et binationaux établis en France.

La réduction du nombre de consulats entraînera une augmentation significative des délais d’attente pour l’obtention des documents administratifs. Certains citoyens, en particulier les personnes âgées ou en situation de précarité, risquent de se retrouver dans l’incapacité d’accomplir leurs démarches en raison de l’éloignement des services consulaires.

De plus, le ralentissement de la délivrance des visas pour ceux souhaitant se rendre en Algérie impactera les familles séparées entre les deux rives de la Méditerranée. Enfin, la communauté franco-algérienne, qui contribue à l’économie française et serait directement affectée par ces restrictions, pourrait développer un sentiment de défiance, accentuant ainsi les tensions sociales.

Si la proposition de David Lisnard s’inscrit dans un climat de tensions politiques entre l’Algérie et la France, amplifié par une poussée de la droite française, sa mise en œuvre pourrait avoir des répercussions immédiates sur des millions de binationaux, qui pourraient le manifester lors des prochains scrutins en France.

Rabah Aït Abache

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