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Taghit Sidi Belkheir : un village oublié au cœur des Aurès

Taghit Sidi Belkheir

Taghit Sidi Belkheir, un village hors du temps. Crédit photo : DR

Perché entre les crêtes escarpées des Aurès, Taghit Sidi Belkheir semble suspendu hors du temps. La poussière des sentiers longeant les maisons de pierre sèche s’élève sous le vent, et le silence, interrompu seulement par le bêlement des chèvres et le cri lointain d’un muezzin, pèse sur ce village où la modernité arrive à pas comptés.

Arriver ici n’est pas une mince affaire. Les routes, quand elles existent, sont étroites et chaotiques, bordées de ravins abrupts qui témoignent de la rudesse du terrain. Les habitants parlent de longues heures pour atteindre Chir, le chef-lieu de la commune, et encore plus pour accéder à Batna, la ville la plus proche dotée d’infrastructures fiables. Chaque déplacement devient une épreuve, surtout pour les enfants et les personnes âgées.

Le village vit dans une sorte d’isolement choisi par la géographie mais imposé par le retard des services publics. Écoles, dispensaires, commerces : tout se compte sur les doigts d’une main. Pourtant, les habitants ne se laissent pas abattre. Les femmes préparent le pain dans des fours traditionnels, les hommes cultivent des parcelles d’orge et de blé, et les enfants courent entre les ruelles en pierre comme si le monde extérieur n’existait pas. Mais le poids de l’isolement se fait sentir. Beaucoup de jeunes rêvent d’un ailleurs plus clément, de déménager à Batna ou même à Alger, pour poursuivre leurs études et trouver un emploi, laissant derrière eux un village dont la population diminue lentement, année après année.

Lors d’une récente visite, plusieurs anciens m’ont raconté la même histoire : celle de leurs ancêtres, des familles qui ont bâti ce village pierre par pierre, et celle de la lente disparition de cette vie communautaire. « Si rien ne change, nos enfants ne verront jamais le Taghit que nous avons connu », confie un vieil homme assis sous l’ombre d’un figuier centenaire.

Les autorités locales, selon les habitants, ont promis des projets de développement, des routes améliorées, et des services publics. Mais les promesses s’égrènent au fil des années, laissant les habitants suspendus à l’espoir, entre résilience et résignation. Le village, malgré tout, garde son âme. Les paysages qui l’entourent — montagnes, vallons et rivières éphémères — témoignent d’une beauté brute et intacte, celle qui fascine tout visiteur qui ose franchir ces chemins oubliés.

Taghit Sidi Belkheir, avec ses maisons de pierre et ses ruelles étroites, n’est pas seulement un village en difficulté. Il est le miroir d’une Algérie rurale oubliée, où la mémoire, la tradition et le quotidien se confrontent aux défis de la modernité. Chaque pierre, chaque pas sur ces chemins de terre raconte l’histoire d’une communauté qui refuse de disparaître, même face à l’oubli.

Et quand le soleil décline derrière les crêtes, illuminant les sommets d’une lumière rougeoyante, le village semble se tenir encore debout, défiant le temps et l’isolement, comme un témoin silencieux des Aurès.

Djamal Guettala

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