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Trump ajoute Tebboune et Macron à son «tableau de chasse»

Macron Tebboune

Tebboune -Macron

La diplomatie mondiale a désormais des airs de meeting électoral. Donald Trump, fidèle à sa méthode du coup d’éclat permanent, a publiquement pris pour cibles le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune et le président français Emmanuel Macron, les inscrivant dans ce qu’il a lui-même appelé son « tableau de chasse ». Une formule brutale qui résume à elle seule la dérive spectaculaire du langage politique international et la transformation du débat diplomatique en démonstration de force.

Selon un article publié ce 9 janvier par le site tunisien Kapitalis, Trump, s’exprimant devant des élus de son camp, a mêlé railleries, menaces économiques et moqueries personnelles pour tourner en dérision les deux chefs d’État. L’Algérie et la France, pourtant liées à Washington par des partenariats stratégiques, se retrouvent ainsi publiquement exposées dans une mise en scène où l’humiliation tient lieu d’argument politique et la brutalité remplace la négociation.

Dans ce discours, Trump aurait notamment pris pour prétexte la polémique autour des athlètes transgenres pour s’en prendre indirectement à l’Algérie, en citant la boxeuse algérienne Imane Khelif, championne olympique. Selon Kapitalis, il aurait caricaturé un combat en insinuant que la victoire sportive ne relevait pas de la performance mais d’un supposé avantage physique lié au genre — un procédé qui mêle désinformation, stigmatisation et instrumentalisation politique. En visant une sportive, Trump ne cherche pas le débat : il cherche l’effet de foule et la polarisation.

Mais c’est surtout Emmanuel Macron qui a servi de figurant dans la démonstration de force trumpienne. Le président américain aurait raconté, toujours selon la même source, une scène où il menace la France d’une taxe de 25 % sur ses exportations si Paris refuse de s’aligner sur les exigences américaines, avant d’imiter Macron de façon moqueuse pour souligner ce qu’il présente comme une capitulation française. La caricature devient ici une arme diplomatique.

Au-delà du ton, c’est la logique qui inquiète. Trump ne parle pas comme un chef d’État mais comme un patron de cartel politique, pour qui la relation internationale se résume à la contrainte économique, au chantage commercial et à l’humiliation publique. En plaçant Tebboune et Macron dans le même registre, il envoie un message clair : aucune souveraineté, qu’elle soit européenne ou maghrébine, n’est respectée dès lors qu’elle ne se soumet pas aux priorités de Washington.

Pour l’Algérie, l’attaque n’est pas anodine. Elle intervient à un moment où Alger cherche à affirmer une diplomatie du compromis, notamment sur les dossiers énergétiques, africains et moyen-orientaux. L’Algérie a multiplié ces dernières années les partenariats hors du cadre occidental classique, en renforçant ses liens avec la Chine, la Russie, mais aussi plusieurs pays africains et arabes. Être ainsi pris pour cible par Trump revient à sanctionner une posture de non-alignement réel, qui échappe aux logiques de blocs. Ce qui ne plaît pas à Donald Trump. Ce qui pourrait pousser la diplomatie algérienne à vite infléchir ses choix pour éviter de s’attirer les foudres du locataire de la Maison Blanche.

Quant à la France, déjà fragilisée sur plusieurs fronts — guerre en Ukraine, crise européenne, recul de son influence en Afrique —, elle se voit ramenée à une position subalterne dans le récit américain. La relation transatlantique, que Paris prétendait rééquilibrer au nom de l’autonomie stratégique européenne, apparaît ici réduite à un rapport de dépendance que Trump revendique sans détour.

Cette séquence confirme une tendance lourde : la dégradation accélérée du langage diplomatique mondial. La politique étrangère devient spectacle, et la puissance se mesure à la capacité d’humilier l’autre en public. Les grandes puissances ne cherchent plus à convaincre, mais à dominer symboliquement. Et avec Donald Trump, oncest dans la diplomatie bulledozer.

Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir comment Paris et Alger répondront à Trump, mais comment ils défendront, chacun à leur manière, l’idée même qu’un ordre international fondé sur des règles, la souveraineté des États et le respect mutuel peut encore exister face à la brutalité assumée du nouveau trumpisme.

Synthèse Mourad Benyahia 

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