L’Algérie figure parmi les pays les plus lourdement taxés par la nouvelle politique commerciale protectionniste de Donald Trump.
Dans le cadre de sa stratégie visant à « protéger l’économie américaine » et à sanctionner les pratiques jugées « injustes », l’administration américaine a annoncé une hausse significative des droits de douane, touchant plusieurs pays à travers le monde. Parmi ces mesures, les importations en provenance d’Algérie seront désormais soumises à un tarif douanier de 30 %, l’un des plus élevés.
Le traitement particulièrement défavorable réservé à l’Algérie survient un peu plus d’un mois après le plaidoyer de l’ambassadeur algérien à Washington, Sabri Boukadoum, auprès de la nouvelle administration américaine en faveur d’un partenariat économique global entre les deux pays. « La seule limite, c’est le ciel », affirmait-il, promettant une ouverture totale de l’économie algérienne aux investissements américains.
Une taxation inégale selon les pays
Les nouveaux droits de douane varient selon les pays et régions. Dans la zone MENA, l’Algérie est particulièrement pénalisée avec un taux de 30 %, dépassé seulement par la Syrie (41 %) et l’Irak (39 %). D’autres pays, comme la Tunisie (28 %) ou la Libye (31 %), subissent également des hausses significatives, tandis que l’Égypte, le Maroc et l’Arabie saoudite sont relativement épargnés avec un tarif de 10 %.
Au niveau mondial, les pays les plus affectés incluent le Vietnam (40 %), la Chine (34 %), Taïwan (32 %), la Suisse (31 %), l’Inde (26 %) et le Japon (24 %). L’Union européenne est soumise à un tarif de 20 %, tandis que le Royaume-Uni est relativement épargné avec 10 %. Ces mesures visent à réduire le déficit commercial des États-Unis et à favoriser la production locale, mais elles pourraient aussi entraîner des représailles commerciales.
L’impact des nouvelles taxes sur l’économie algérienne
Les États-Unis occupent une place stratégique dans les échanges commerciaux de l’Algérie, notamment dans le secteur énergétique. En 2005, le volume des échanges entre les deux pays s’élevait à 8,2 milliards de dollars, avec un excédent commercial de 6,5 milliards en faveur de l’Algérie. Washington absorbe plus de 20 % des exportations algériennes, faisant des États-Unis un partenaire économique majeur, particulièrement dans le domaine des hydrocarbures.
L’Algérie est ainsi le troisième fournisseur de pétrole brut des États-Unis et le deuxième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL).
Cependant, l’instauration de nouvelles taxes pourrait fragiliser cette dynamique et impacter significativement l’économie algérienne. La hausse des droits de douane rendra les produits algériens moins compétitifs sur le marché américain, réduisant leur attractivité et menaçant la demande.
Cette situation risque d’affecter directement le secteur énergétique, principal pilier des exportations vers les États-Unis. Si Washington privilégie d’autres fournisseurs, notamment en Amérique latine ou au sein de l’OPEP, l’Algérie pourrait voir ses revenus issus des hydrocarbures diminuer considérablement.
Au-delà du commerce extérieur, ces taxes pourraient également peser sur l’investissement et les relations économiques bilatérales. L’incertitude créée par ces mesures risque de dissuader les entreprises américaines d’investir en Algérie, en particulier dans le secteur pétrolier et gazier, limitant ainsi les opportunités de développement et de coopération.
Enfin, les répercussions internes pourraient être significatives : une contraction des exportations vers les États-Unis entraînerait un ralentissement de l’activité économique, impactant divers secteurs et mettant sous pression le pouvoir d’achat des Algériens.
Quelle réponse de l’Algérie ?
Face à cette nouvelle donne, les autorités algériennes devront, selon les préconisations des spécialistes, réagir stratégiquement, soit en renégociant des accords avec Washington, soit en renforçant leurs relations avec d’autres partenaires commerciaux. Une diversification des exportations et une réduction de la dépendance aux hydrocarbures pourraient s’avérer essentielles pour limiter l’impact de cette hausse des droits de douane sur l’économie nationale. Une question demeure : l’Algérie est-elle capable de mettre en place une politique de réciprocité ? Autrement dit taxer à la même hauteur les produits importés des Etats-Unis.
Samia Naït Iqbal