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Tunisie : indignation après l’interview d’un ministre israélien par une journaliste tunisienne

Rym Boukamra et Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet i

Rym Boukamra et Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet i

La journaliste tunisienne Rym Boukamra, animatrice sur la chaîne Al Arabiya, est au cœur d’une polémique majeure après avoir annoncé, le 28 août 2025, son entretien avec Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet israélien (2000-2006) et actuel ministre de l’Agriculture en Israël, également conseiller non officiel de Netanyahu. Cette annonce a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux et parmi la profession journalistique tunisienne.

La Fédération nationale des journalistes tunisiens a condamné avec force cette démarche. Dans un communiqué, elle souligne que l’interview constitue une violation flagrante de l’éthique professionnelle et des conventions journalistiques tunisiennes et internationales.

Selon la Fédération, l’entretien ne présente aucun intérêt informationnel tangible et sert plutôt de tribune à un responsable d’un gouvernement accusé de crimes de guerre et de violations des droits humains. Elle précise que le choix de diffuser cette interview n’est pas un simple choix éditorial, mais un acte politique déguisé sous couvert de journalisme, visant à fragiliser l’unité arabe sur la question de la non-normalisation avec Israël.

La Fédération appelle les journalistes tunisiens à s’abstenir de tout contact avec des représentants israéliens, quelle que soit la justification. Elle insiste sur la nécessité de soutenir la narration palestinienne, de dénoncer les crimes de l’occupation et de couvrir le combat du peuple palestinien avec rigueur et intégrité. Toute tentative de présenter la normalisation comme un simple exercice de « neutralité » ou de « pluralité d’opinion » est rejetée.

L’ancien président de la Fédération, Mohamed Yassine Jlassi, a rappelé que l’interview survient peu après la mort du journaliste Anas Cherif et de ses collègues à Gaza, tués lors des frappes israéliennes. Il qualifie cette initiative de « trahison morale et professionnelle », soulignant que la chaîne Al Arabiya devient une plateforme de blanchiment de la politique israélienne et de ses crimes.

Des journalistes et observateurs ont également critiqué la décision de Boukamra pour son timing : elle intervient alors que l’occupation israélienne mène des actions militaires intensives à Gaza, ciblant journalistes et civils. Plus de 240 journalistes palestiniens ont été tués depuis le début des hostilités, et des dizaines d’autres ont été arrêtés ou torturés dans des conditions contraires au droit international humanitaire. Dans ce contexte, offrir une tribune à un responsable israélien est perçu comme un compromis éthique grave et une légitimation indirecte des crimes de guerre.

La controverse met en lumière un dilemme persistant dans le journalisme arabe : comment concilier liberté d’expression et responsabilité éthique face à un conflit aux enjeux humains majeurs. Pour la Fédération tunisienne, le rôle des journalistes est clair : défendre les victimes, soutenir les causes justes, et ne jamais offrir de tribune à ceux impliqués dans des massacres ou des violations massives des droits humains.

L’affaire Rym Boukamra rappelle que le journalisme ne peut se limiter à la neutralité face aux crimes de guerre : il doit rester un outil d’information, d’investigation, de vérité, voire de solidarité.

Mourad Benyahia 

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