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Tunisie : lourdes peines prononcées en appel au méga-procès pour «complot contre la sûreté de l’État»

Kais Saied

La Tunisie de Kais Saied plonge dans l'autoritarisme. Crédit image : DR

La Tunisie s’illustre encore une fois par une justice spectacle contre les opposants. Le procès en appel de plusieurs figures a donné lieu des condamnations particulièrement lourdes.

Prononcées ce vendredi 28 novembre, elles s’étalent de cinq à quarante-cinq de prison. La plus lourde peine incombe à l’homme d’affaires Kamel Letaief. Trente-sept personnes au total étaient poursuivies – principalement des figures de l’opposition tunisienne -, dans le cadre d’une procédure considérée comme une parodie de justice par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme.

Après plusieurs reports depuis le mois d’octobre et une dernière audience organisée jeudi 27 novembre, le jugement est tombé ce vendredi dans le méga-procès en appel de 37 personnes jugées pour complot contre la sûreté de l’État en Tunisie. Parmi les faits reprochés qui leur étaient reprochés : des rencontres avec des diplomates étrangers…

Alors qu’en première instance, les peines retenues grimpaient jusqu’à 66 ans de prison, celles prononcées cette fois restent lourdes pour atteindre jusqu’à quarante-cinq ans d’incarcération – elle incombe à l’homme d’affaires Kamel Letaief. Si trois acquittements ont été prononcés, certains ont vu leur peine alourdie quand d’autres, à l’inverse, l’ont vue légèrement allégée. Certains ont enfin écopé aussi d’une amende allant de 15 000 à 30 000 euros.

Si une majorité des accusés sont en détention depuis deux ans et demi et ont refusé de comparaître par visioconférence – comme l’exigeait la justice – pour des raisons de sécurité, d’autres sont en fuite ou ont pris la route de l’exil et vivent aujourd’hui à l’étranger. La plupart sont des figures de l’opposition tunisienne comme Jawhar Ben Mbarek, le chef du Front de salut national (FSN), qui écope de  20 ans de réclusion, Issam Chebbi, Ghazi Chaouachi, Khayam Turki ou encore Ridha Belhaj, même si l’on y trouve aussi une militante féministe ainsi que l’écrivain français Bernard Henri Lévy, qui a été jugé par contumace.

« Parodie de justice sans le début d’une preuve »

Alors qu’il s’est tenu quasiment sans plaidoiries, selon la défense, ce procès fait aussi l’objet de très nombreuses critiques de la part de plusieurs organisations de défense des droits humains qui l’on qualifié de « politique » et d’« inéquitable ». Human Rights Watch évoque ainsi une « parodie de justice sans le début d’une preuve », tandis que pour Amnesty International, la cour d’appel a donné son aval à l’utilisation du système judiciaire pour éliminer la dissidence politique.

Jeudi 27 novembre, le Parlement européen avait, quant à lui, adopté une résolution demandant la libération des détenus d’opinion et des prisonniers politiques en Tunisie, initiative que le président tunisien Kaïs Saïed a qualifié d’« ingérence flagrante » après avoir déjà convoqué l’ambassadeur européen à Tunis dans le courant de la semaine.

Avec RFI

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