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Un Conseil de la paix pour faire la guerre à l’ONU ?

Trump

On assiste à la "trumpisation" du monde. Crédit : Pixabay.

Il faut se demander quels sont les véritables objectifs du Conseil de la paix, cette grenouille censée pacifier Gaza, qui veut se faire plus grosse que le bœuf ONU.

Selon Donald Trump, l’Organisation des Nations unies (ONU) est trop bureaucratique, souvent impotente. Il en critique les institutions qui ont trop souvent échoué, et demande d’avoir le courage de s’en écarter, soulignant la nécessité d’une organisation de paix internationale plus agile et efficace. Son Conseil de la paix aurait-il le potentiel d’être une machine de guerre contre l’ONU?

Conseil de la paix

La charte rendue publique le 22 janvier au Forum économique mondial à Davos n’a pas mentionné explicitement la réhabilitation de Gaza, ce qui était censé être la mission initiale présentée en septembre 2025. Elle décrit plutôt ce Conseil comme une organisation internationale faisant la promotion de la stabilité, visant à rétablir une gouvernance fiable, légitime, garantissant une paix durable dans les régions touchées par des conflits ou qui en sont menacées.

Le président de ce nouveau Conseil, Donald Trump, y dispose des pouvoirs de choisir ses membres, moyennant un prix d’entrée de 1 milliard de dollars. Il est appelé à le présider et disposerait d’un pouvoir d’opposition sur certaines décisions stratégiques, incluant un droit de véto sur les candidats et pourrait les révoquer de sa seule autorité. Sa décision ne peut être changée que par un vote à une majorité des deux tiers des États membres. Cette concentration du pouvoir décisionnel contraste avec les principes de l’ONU.

Le conseil exécutif est composé entre autres de son gendre, Jared Kushner et de membres de son administration. Un comité de technocrates, censé gérer l’enclave au quotidien, serait présidé par un ingénieur ancien ministre de l’Autorité palestinienne, le Dr Ali Shaath.

Environ 60 pays ont reçu une invitation pour rejoindre le Conseil de la paix et 35 l’auraient accepté ou manifesté leur intérêt pour en faire partie.

Selon les prévisions rendues publiques, 200 000 modules préfabriqués devraient être envoyés à Gaza et répartis dans des camps organisés. Le projet de transformer une partie de Gaza en Riviera est plus présent que jamais.

De fortes critiques

Le lancement de ce Conseil, rebaptisé par des participants à Davos de Conseil des affreux en raison de la quantité de régimes autoritaires qui y participent, n’a pas fait salle pleine. L’événement n’a même pas été retransmis en direct à la cafétéria du Forum économique mondial (FEM).

Spécialisée en droit pénal international, Fannie Lafontaine est avocate et professeure de droit à l’Université Laval. Elle affirme que ce conseil n’est rien de moins qu’un plan d’affaires vaniteux. Une des choses les plus odieuses imaginables, selon elle. Il ferait totalement fi des Palestiniens et de leur droit à l’autodétermination, incluant leur droit d’obtenir justice pour les crimes commis.

Pour le professeur à la faculté de droit de l’Université York, à Toronto, Craig Scott, tout gouvernement qui accepterait de s’impliquer pour aider Trump et ses visées immobilières ferait preuve d’une idiotie crasse.

Chercheur au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris, Ronald Hatto, affirme que ce projet n’a rien à voir avec le multilatéralisme comme c’est le cas à l’ONU. Les États-Unis voudraient opérer seuls à un niveau politique jamais atteint dans l’histoire américaine. Il dénonce aussi la faiblesse de l’ONU.

Auteur de Qui veut la mort de l’ONU, Romuald Sciora est chercheur associé à l’Iris. Il affirme que Trump a accéléré le processus de déliquescence du système multilatéral qui est moribond depuis de nombreuses années. Le Conseil de la paix ne peut cependant pas remplacer l’ONU, estime-t-il. L’objectif de l’administration de Trump serait plutôt de faire fi des traités internationaux, incluant la justice internationale.

Un outil crédible ?

Avec son Conseil de la paix, Donald Trump semble vouloir privatiser l’ordre international et est dans une logique de concurrence avec les Nations Unies. La capacité du Conseil de la paix à s’imposer comme un acteur crédible serait cependant très incertaine. Malgré ses limites, l’ONU conserve une légitimité juridique et symbolique. Ses agences spécialisées et son réseau diplomatique mondial sont difficilement évitables.

Selon la professeure de sociologie politique à l’Inalco, Laetitia Bucaille, chercheuse au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (Cessma) et membre senior de l’Institut universitaire de France, ce Conseil de la paix réunissant les chefs d’État de plusieurs dizaines de pays pourrait mener à la création d’un ordre militaro-humanitaire et relèverait davantage du style du président américain sur la scène mondiale que d’une stratégie claire de résolution de conflit. 

Un multilatéralisme fondé sur la loyauté envers un président autoritaire et la capacité de payer ne peut pas être vraiment considéré comme une réforme. Ce serait plutôt une privatisation de la paix, contraire à un ordre international démocratique basé sur le droit. Reconstruire et pacifier gaza ne peut justifier une méthode qui affaiblit les mécanismes démocratiques existants.

En annonçant la mise en place de cette nouvelle structure, le président américain cherche non seulement à imposer une vision alternative de la résolution des conflits, il crée aussi une rupture avec les cadres traditionnels de la gouvernance internationale.

Ce Conseil de la paix est organisé autour d’un homme qui dit ne connaître aucune autre limite que sa moralité. Il a affirmé : nous pourrons faire à peu près ce que nous voulons, lors de la séance de signature de la charte fondatrice. Trump veut la paix dans le monde. À ses yeux, il suffit qu’on lui donne ce qu’il veut pour pouvoir la conserver.

Michel Gourd

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