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Venezuela : quand la solidarité affirmée du PT tranche avec la prudence d’Alger

Louisa Hanoune signant le cahier de doléances à l'ambassade du Venezuela à Alger.

Louisa Hanoune signant le cahier de doléances à l'ambassade du Venezuela à Alger. Crédit photo : PT

La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louiza Hanoune, s’est rendue, ce jeudi 15 janvier, à l’ambassade du Venezuela à Alger où elle a signé le cahier de doléances ouvert par la représentation diplomatique vénézuélienne.

Ce geste symbolique, rapporté par le PT sur sa page Facebook, intervient dans un contexte de fortes tensions internationales à la suite de l’opération militaire américaine menée au Venezuela au début du mois de janvier 2026, marquée notamment par l’enlèvement du président Nicolás Maduro.

Selon le communiqué du parti, la signature du registre est dédiée à la mémoire de plus d’une centaine de ressortissants vénézuéliens et cubains, civils et militaires, que le PT affirme avoir été tués lors de cette intervention. Le même texte évoque également l’arrestation du chef de l’État vénézuélien et de son épouse par les américains. Lors de cette visite, Mme Hanoune a eu un échange qualifié de fraternel et solidaire avec l’ambassadeur du Venezuela en Algérie, Imad Saab Saab, réaffirmant la solidarité « active » de son parti avec le peuple et les autorités vénézuéliennes face à ce qu’il considère comme une atteinte grave à la souveraineté nationale.

Cette prise de position publique et assumée du PT contraste nettement avec la réserve observée au niveau institutionnel en Algérie. Depuis l’intervention américaine, ni la présidence de la République ni le ministère des Affaires étrangères n’ont publié de communiqué officiel condamnant explicitement l’opération, une attitude qui tranche avec les positions historiquement très affirmées d’Alger sur les questions de souveraineté et de non-ingérence.

À l’inverse de pays alliés de Caracas, tels que la Russie, la Chine ou l’Iran, qui ont rapidement dénoncé une « agression illégale », l’Algérie a opté pour une diplomatie du silence. Selon plusieurs analystes, cette attitude s’expliquerait par des considérations pragmatiques. D’une part, Alger cherche à préserver ses relations avec les États-Unis, devenus ces dernières années un partenaire sécuritaire et énergétique de plus en plus important. D’autre part, l’incertitude entourant l’avenir des réserves pétrolières vénézuéliennes alimente des inquiétudes au sein de l’OPEP, l’Algérie redoutant qu’un bouleversement du marché n’affecte les prix du baril, dont dépend largement son économie.

En l’absence de position officielle, des réactions indirectes ont néanmoins émergé dans d’autres sphères. La presse nationale indépendante, notamment El Watan et Le Quotidien d’Oran, a évoqué une « violation de la souveraineté » vénézuélienne, soulignant le précédent que pourrait constituer une telle intervention armée. Sur le plan politique, le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) figure parmi les rares formations à avoir condamné ouvertement ce qu’il a qualifié d’« agression impérialiste », rejoignant sur ce point la lecture défendue par le PT.

Les médias publics, pour leur part, se sont limités à une couverture factuelle des événements, à travers la télévision et la radio nationales, sans relayer de déclaration diplomatique formelle.

Cette séquence intervient alors que l’Algérie et le Venezuela entretiennent des relations historiques fondées sur des principes communs, notamment le refus de l’ingérence étrangère. En mai 2025 encore, les deux pays réaffirmaient leur coopération bilatérale à l’occasion d’échanges entre leurs ministres des Affaires étrangères. 

Samia Naït Iqbal

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