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Zitoutisme

TRIBUNE

Zitoutisme

Le Hirak monte en puissance et s’installe dans la détermination des gens et la durée selon ce qu’on a vu ce vendredi 26 février en dépit des contraintes induites par la pandémie. L’évaluation du pouvoir était donc bel et bien décalée et erronée, et il doit y remédier sans délai pour éviter au pays de basculer dans l’inconnu ou l’imprévu qui pourrait avoir pour nom le zitoutisme.

Y remédier, non pas par la répression ou les ruses mais en proposant quelque chose, une vision de sortie de la crise. J’en ai présenté une, ventilée sur les trois précédentes publications dans ma page Facebook, les médias nationaux m’étant interdits dans leur ensemble sur instructions données en 2017 par l’institution militaire et toujours en vigueur. Cette proposition a fait l’objet de déformations dans certains médias algériens et étrangers, et de tentatives de banalisation sur d’autres sites écrits et audio-visuels.

Dans ce contexte, le dénommé Zitout le Londonien s’en est pris une nouvelle fois à moi dans un enregistrement vidéo, croyant qu’il lui suffit d’affirmer que j’aurais « soutenu le coup d’Etat de janvier 1992 » et que je serais une « créature du général Toufik » pour discréditer ma proposition et restreindre son impact sur la société. En fait c’est parce que mon analyse et ma proposition de solution ne s’inscrivent pas dans la direction dans laquelle il rame, avec quelques autres. Elles contrecarrent ses projets camouflés derrière des apparences trompeuses.

Accuser sans prouver, c’est comme lâcher en public un gaz puant et continuer de marcher comme si de rien n’était. Zitout lâche des mensonges puant de sa puanteur intérieure et extérieure en n’ayant l’air de rien, se pavanant quand il remporte des victoires faciles sur un régime indéfendable, et changeant de trottoir et de langage lorsqu’il croise la vérité susceptible de le confondre.

Ce Zitout est le Goebbels de l’islamisme terroriste en recherche de fréquentabilité, s’affirmant respectueux des valeurs universelles et flattant démocrates, laïcs, Kabyles et même le MAK en qui il voit les fers de lance du combat pour la chute du régime des généraux qu’il espère imminente. Il en exultait jusqu’à ce qu’il voie dans mon idée le risque qu’elle puisse intéresser le « Hirak » car lui pousse à l’affrontement, mais allusivement seulement pour ne pas se mettre en faute avec la loi britannique. S’il ne tenait qu’à lui, l’Algérie brûlerait en ce moment.

Cet individu a repris à son compte le vieux leitmotiv de Goebbels selon lequel plus un mensonge est gros, plus des foules déboussolées y croiront. Lui n’a ni vision, ni culture, ni capacité d’analyse, ni écrits, ni propositions pour éviter l’implosion du pays, se contentant d’exiger une « remise du pouvoir au peuple » sans indiquer comment, quand, où, et à qui exactement. Mais in petto c’est à lui-même qu’il doit songer en pensant à l’exemple de l’ayatollah Khomeiny, réfugié en France au plus fort de la contestation du Shah, et qui rentra en Iran pour recevoir le pouvoir de la foule à Qom. J’étais là ce jour-là.

Entre-temps il chauffe à blanc ses auditeurs, incruste en eux la haine de l’Etat, généralise le désir de vengeance à l’ensemble de la population et jette dans la même fosse mafieux et honnêtes serviteurs de l’Etat. Jour et nuit il travaille à diffuser la culture du lynchage expéditif, à propager le nihilisme, à exciter les pauvres à la révolte. Il rêve en secret d’une Algérie madaniya-talibaniya dirigée par des leaders devenus démocrates par la grâce de Djouha.

Tout dans ce personnage inspire la méfiance : son teint d’alcoolique, ses traits disgracieux, sa voix perçante et désagréable, son regard fuyant… Les hommes sont faits de chair et de sang, lui de haine et de mensonges.

S’il pouvait apporter des preuves de ce qu’il a avancé à mon sujet à plusieurs reprises, pourquoi ne le fait-il pas au lieu de lancer en l’air diffamations et boules puantes ? Il suffit de revenir à la presse de décembre 1991 pour trouver mes déclarations officielles et constater que j’étais opposé à l’arrêt du processus électoral. Et quand Boudiaf a reçu en févier 1992 tous les leaders politiques, j’étais le seul à lui avoir demandé de demeurer neutre, de rester au-dessus de la mêlée et de revenir aux enseignements d’octobre 1988. Il ne m’a pas écouté, et le soir même tombait l’information de la dissolution du FIS.

Zitout, le menteur dans l’âme, fait semblant de ne pas savoir que :

– En 1991 j’ai été le premier Algérien à faire l’objet d’un dépôt de plainte par le ministère de la Défense car j’avais déclaré dans un meeting que « les généraux n’ont pas de salaire, ils se servent ». Je ne l’avais pas dit de Londres, mais d’Alger.

– En 1993 mon parti a été expulsé par la force de son siège parce que j’avais dénoncé le népotisme de Ali Kafi, président du HCE, pour avoir désigné un de ses fils comme conseiller à la présidence.

– En 1995 l’élection présidentielle a failli tomber à l’eau car j’avais décidé de m’en retirer après la déclaration de candidature de Zéroual. Nahnah et Saadi avaient refusé de faire autant.

– Aux élections législatives de juin 1997 tous les partis avaient eu leur « quota » à l’exception du mien qui n’est rentré à l’APN que plusieurs années après que je l’eus quitté.

– En 1998 une grosse bagarre s’est déclarée entre moi et le conseiller spécial du président Zéroual (le général Betchine, ancien patron des « Services ») qui s’est conclue par un mandat d’arrêt contre moi parce que j’avais dénoncé l’empire financier qu’il avait constitué à base de fonds publics. Quelques semaines plus tard, lui et Zéroual démissionnaient.

– Entre 2015 et 2017 j’ai publié des articles sur l’armée jamais osés par personne auparavant dans l’histoire du pays. Ils sont sur ma page Facebook. Beaucoup de ces idées circulent sur le marché au noir où s’approvisionnent Zitout et d’autres. Je les republierai ici prochainement pour rafraîchir les mémoires.

– Entre septembre 2017 et janvier 2018 j’ai lancé par écrit, en quatre séquences, en arabe et en français, l’unique « Appel pour une Révolution citoyenne pacifique » jamais conçue dans l’histoire de l’Algérie indépendante. En représailles, le wali Zoukh vint superviser en personne un matin, tôt, la destruction au bulldozer d’une partie de ma maison sous un prétexte fallacieux, sans parler d’autres formes de répression plus « discrètes ». Le porte-parole officiel du RND demandait mon arrestation sur les plateaux de télévision, et son patron, le Premier ministre Ouyahia évoquait ma mort devant l’Assemblée nationale. La vidéo est sur Youtube. Je dus quitter le pays. Hier, c’est un journaliste algérien férocement « démocrate », Abdou Semmar, qui a publié sur son site un article dans lequel il suppliait, non, ordonnait aux autorités de me jeter en prison pour mon dernier article sur Tebboune.

Je rappelle que ma première convocation par la police en relation avec mes écrits remonte à 1972. Le titre de cet article était « Le bon, la presse et le truand ». Où était le général Toufik ? Peut-être un sous-lieutenant dans quelque caserne.

Zitout qui pousse aujourd’hui le « Hirak » à affronter les généraux, n’a pas pris pareils risques dans sa vie, à Alger où le terrorisme faisant rage, n’importe qui pouvait être liquidé sans autre forme de procès.

Et aujourd’hui il a l’impudeur, l’indécence, l’outrecuidance, lui et quelques autres imbéciles malfaisants, de m’accuser d’être un agent du général Toufik alors que lui n’a eu ses papiers et sa nationalité en tant que diplomate en fuite qu’après être forcément passé par des séances de debriefing avec les Services secrets britanniques.

Si les présidents, de Chadli à Bouteflika et Toufik m’avaient écouté, l’Algérie n’en serait pas là. C’est leur inculture, leur khéchinisme et leur incompétence qui ont notamment permis à un Zitout de sortir du néant pour les traîner dans la boue chaque soir.

En 1997 j’ai publié un livre intitulé « L’Algérie entre le mauvais et le pire : Essai sur la crise algérienne »). Le mauvais c’est le pouvoir, et le pire l’islamisme politique talibanesque qui a fait avorter toutes les révolutions arabes y compris celle de la Tunisie qui se débat depuis 2011, la pauvrette, pour s’arracher aux griffes de ses Zitout faussement « modernisés » et hypocritement « démocrates ».

Le pouvoir ignare et l’islamisme politique charlatanesque sont tous les deux contre moi aujourd’hui, comme depuis toujours, parce que mes écrits depuis 1970 sont une incitation à sortir les Algériens du « mauvais » sans tomber dans les bras du « pire », afin de pouvoir enfin aspirer au meilleur.

Je crois qu’il faudra attendre encore deux ou trois générations, soit vers les premières décennies du siècle prochain pour que ces idées trouvent leur peuple. Et c’est pour donner une chance à ces idées de se hisser au sommet de l’Etat que je suis entré au gouvernement entre décembre 1999 et avril 2005, et non pour voler l’argent du pétrole.

Auteur
Nour-Eddine Boukrouh

 




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