Nous avons rencontré Marie-Noelle Melchionne pour la première fois au Centre médico-psychologique de Marseille, à l’occasion de son vernissage. Professeure de grec et de latin, elle a trouvé dans la peinture un langage capable de traduire son monde intérieur, ses émotions et ses passions. Son parcours artistique a basculé après une exposition immersive consacrée à Van Gogh à la Joliette, un moment décisif qui a déclenché chez elle le besoin irrépressible de poser des couleurs sur le papier.
De l’entrée du port d’Ajaccio à ses autoportraits multicolores, en passant par des tableaux où la figure féminine occupe une place centrale, Marie-Noelle Melchionne explore la sensibilité, la liberté et la joie de créer, offrant à chacun de ses spectateurs un voyage intime et lumineux. Elle a accepté de répondre à nos questions pour Le Matin d’Algérie, partageant ses émotions, ses techniques et sa vision de l’art.
Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre le pinceau pour la première fois ?
Marie-Noelle Melchionne : « À la sortie de l’exposition immersive sur Van Gogh, j’avais acheté le seul souvenir qui était dans mes moyens, peut-être le plus essentiel : quelques crayons pastels. J’avais aussi emporté, à disposition sur une table dans la boutique, quelques croquis en noir et blanc des tableaux de Van Gogh. Une fois rentrée chez moi, j’ai commencé spontanément à colorier les croquis avec des couleurs imaginaires, qui ne correspondaient en rien à la réalité. Il y a eu des émotions et une sensation d’un besoin de poser les couleurs. Une couleur en appelait une autre et je complétais mon dessin comme on complète un puzzle. »
Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous nous raconter votre expérience de l’exposition immersive Van Gogh à la Joliette ?
Marie-Noelle Melchionne : « Le jour où j’ai visité l’exposition immersive, j’ai d’abord pris connaissance du parcours de sa vie atypique. Puis, dans un recueillement particulier, je prenais contact avec la simplicité des toiles de Van Gogh et en même temps avec la puissance bouleversante de ses œuvres. Il y avait les tournesols, la chambre à coucher du peintre, quelques portraits et une très grande toile sur sa période asiatique. Ensuite, on entrait dans un immense hangar et on pouvait se détendre dans des chaises longues et s’abandonner entièrement à la peinture de Van Gogh projetée sur les quatre murs, le plafond et le sol, le tout en mouvement. Surgissaient alors une profusion de motifs et de couleurs magiques, surprenantes, qui nous envahissaient positivement. »
Le Matin d’Algérie : Comment se déroule pour vous le processus de création d’un tableau ?
Marie-Noelle Melchionne : « Lorsque je commence un tableau, il y a un léger croquis qui prend pour moi la forme d’une poésie et esquisse déjà la préparation des couleurs. Ensuite, dès que je saisis mes pinceaux, un calme et un apaisement intérieur s’installent ineffablement. Puis, dans l’enchevêtrement des couleurs, des émotions jaillissent et s’emportent. Il y a des tableaux calmes où la libération a une place importante, souvent à l’aquarelle, mais cette liberté se retrouve aussi dans l’expression de la peinture acrylique, comme si j’étais prise par une musique romantique très lyrique — peut-être du Schumann ou Chopin — et où commence ma danse intérieure. Là, des formes imaginaires, personnages ou petits animaux, fruits de mon inconscient, apparaissent dans le tableau. »
Le Matin d’Algérie : Vos deux premiers tableaux sont très différents : que représentent-ils pour vous ?
Marie-Noelle Melchionne : « Mon premier tableau, à l’aquarelle, représentait l’entrée du port d’Ajaccio. C’était ma première prise de contact avec cette technique. Mon intuition a été de travailler par aplats de couleurs brutes et spontanées, comme une musique néo-romantique plus épurée, glissant vers la modernité. Cette peinture se situe à la limite de l’art figuratif et de l’abstrait. Le deuxième tableau est réalisé à la peinture acrylique, une technique différente, où l’on joue avec une matière plus profonde et plus dense. Il s’agit d’un autoportrait multicolore, aux couleurs vives et imaginaires. J’ai choisi de commencer par un autoportrait parce que ma volonté, à travers la peinture, est de parler de mon moi intérieur et de me raconter. C’est peut-être plus facile pour moi de le faire par le dessin et par les couleurs que par la parole, car je suis habituellement d’un tempérament plus inhibé. Le caractère imaginaire des couleurs respecte chez moi une part ludique et renforce ce sentiment de liberté que m’apporte la peinture. »

Le Matin d’Algérie : Vous parlez de la peinture comme d’une thérapie. En quoi vous aide-t-elle ?
Marie-Noelle Melchionne : « La peinture me permet de traverser des épreuves personnelles que je préfère garder pour moi. C’est un espace de respiration, de reconstruction et de libération. Lorsque je peins, je peux déposer mes émotions et leur donner forme, couleur et rythme. Cela me permet de continuer à avancer malgré ce que la vie met sur mon chemin. »
Le Matin d’Algérie : Comment votre tempérament et votre parcours influencent-ils votre manière de peindre ?
Marie-Noelle Melchionne : « Ma rigueur intellectuelle, acquise en tant que professeure de grec et de latin, dialogue avec la liberté de la peinture. L’une structure, l’autre libère. Cette tension entre méthode et spontanéité crée mon équilibre et nourrit la singularité de mon travail. »
Le Matin d’Algérie : Quelle place occupe la musique dans votre vie et dans votre relation à la peinture ?
Marie-Noelle Melchionne : « La musique a toujours été pour moi le seul art, sans besoin de support, qui parle directement à l’âme. Mais dans la seconde partie de ma vie, je me découvre une véritable passion pour la peinture. Ce qu’il y a de particulier dans l’art pictural, c’est le travail avec les mains : on passe à l’action, on devient un artisan de l’image. Même si le toucher est aussi une dimension essentielle dans l’apprentissage d’un instrument de musique, la peinture engage le corps différemment.
Quant à savoir si, parfois, la musique classique romantique prend le pas sur la peinture, je ne saurais le dire moi-même. Je crois simplement être un personnage intrinsèquement romantique dans ma manière de vivre, et cela traverse naturellement tous les arts que j’aime. »

Le Matin d’Algérie : Quelle place occupe la figure féminine dans vos tableaux ?
Marie-Noelle Melchionne : « La femme est pour moi un refuge, car elle est à l’origine de l’homme et du monde. Elle est à la fois protectrice et fragile, parfois révélée dans sa nudité. Elle n’est jamais une femme objet. C’est la figure de la sensibilité et le fil conducteur de l’humanité. Elle interroge son rapport aux êtres masculins et pose la question de la vie, souvent fragile, et de la mort. »
Le Matin d’Algérie : Quelle place accordez-vous au choix des titres de vos tableaux ?
Marie-Noelle Melchionne : « Le titre qui s’attache aux tableaux est une manière de mieux comprendre les sentiments ou les sensations que je veux faire passer. C’est une sorte de commentaire explicatif. À d’autres moments, c’est une façon de m’inscrire dans le présent et dans la vie quotidienne, et parfois encore d’ouvrir une fenêtre sur l’avenir, de donner un fil conducteur aux prochains projets. »
Le Matin d’Algérie : Que souhaitez-vous que le spectateur ressente en regardant vos œuvres ?
Marie-Noelle Melchionne : « Ce que j’aimerais faire partager au spectateur, c’est le bonheur et la joie que j’ai mis à réaliser ces peintures. J’espère que mon plaisir à dessiner et peindre se manifeste à travers elles. Parfois, on peut aimer une peinture ou la détester, en avoir peur : l’essentiel est d’éprouver un sentiment fort vis-à-vis d’une œuvre artistique. Mais bien sûr, ce que j’aimerais également transmettre par mes peintures, ce sont des devises latines ou grecques : Carpe diem, « profite du moment présent » ; « Connais-toi toi-même » de Socrate ; ou encore « Deviens ce que tu es et sois ce que tu deviens ». Ces phrases accompagnent ma démarche et le sens que je veux donner à mon travail. »
Entretien réalisé par Djamal Guettala

