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vendredi 29 août 2025
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Limogeage de Nadir Larbaoui : entre contradictions juridiques et crise de confiance politique

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Le limogeage du Premier ministre par Abdelmadjid Tebboune, suivi du maintien en poste du reste du gouvernement, suscite interrogations et polémiques. Cette décision, prise dans un contexte de tensions sociales et politiques accrues, révèle les contradictions persistantes entre les textes constitutionnels, les pratiques institutionnelles et les attentes de la société.

Une anomalie constitutionnelle

Pour l’avocat et juriste Abdellah Heboul, la démarche présidentielle pose un sérieux problème de conformité juridique. « Le gouvernement est un bloc constitutionnel, juridique et politique. La cessation de fonctions du Premier ministre entraîne automatiquement la fin de fonctions de l’ensemble des membres du gouvernement », explique-t-il.

Et de rappeler que la Constitution du 30 décembre 2020 ne prévoit aucun mécanisme de Premier ministre par intérim. Dès lors, la désignation provisoire d’un ministre de l’Industrie à ce poste n’a pas de fondement textuel solide. Cette entorse au cadre constitutionnel illustre, selon Me Heboul, le décalage récurrent entre la lettre du droit et la pratique politique en Algérie.

L’inquiétude des observateurs : instabilité au sommet

Du côté des observateurs politiques, le professeur universitaire et chercheur en science politique Mohamed Hennad s’interroge sur les raisons profondes de cette décision :

« Qu’est-ce qui a empêché la nomination d’un Premier ministre permanent au lieu d’un intérimaire, alors que la stabilité gouvernementale est l’une des conditions de l’efficacité, surtout dans les circonstances difficiles que traverse notre pays et au regard des compétences du ministre désigné ? Y a-t-il un conflit au sommet de l’État qui a empêché une telle nomination ? »

Pour le Pr Hennad, cette situation n’est pas anodine : elle reflète une instabilité chronique au cœur du pouvoir qui alimente le doute et la défiance.

Jil Jadid : « Une gestion chaotique qui accentue la crise »

Le parti Jil Jadid a, lui aussi, vivement réagi. Pour cette formation, la désignation d’un Premier ministre par intérim à la veille de la rentrée sociale n’est que le symptôme d’un dysfonctionnement plus profond :

« Nous en sommes à la septième équipe gouvernementale en six ans. Cela traduit une absence de stabilité au sommet de l’État et donne l’image d’un système en plein désarroi. Cette situation accentue la crise et conduit à une perte de confiance entre gouvernants et gouvernés », dénonce le parti.

Selon Jil Jadid, les changements répétés de responsables ne peuvent constituer un véritable processus de réforme. « Le simple remplacement des noms et des portefeuilles ne se traduit pas par des réformes tangibles tant qu’il n’y a pas de mesures concrètes et de résultats palpables dans la vie des citoyens. »

La formation politique va plus loin, en qualifiant cette pratique de « politique de nominations, de révocations, de mises à la retraite et de rappels à répétition », une méthode qui illustre l’improvisation et l’absence de vision à long terme. « Un pays du niveau de l’Algérie ne peut être dirigé par la gestion chaotique et l’improvisation. Aujourd’hui plus que jamais, l’Algérie a besoin d’institutions fortes, transparentes et justes pour restaurer la confiance entre le citoyen et l’État. »

La brutalité des limogeages, signe d’une gouvernance en dehors des règles et de l’État de droit

Cette critique trouve un écho dans la lecture de l’opposant politique, Mohcine Belabbas, qui rapproche la situation actuelle de précédents tout aussi révélateurs. Ce qui arrive à Nadir Larbaoui aujourd’hui est, selon l’ex-président du RCD, le miroir de ce qu’a subi Abdelmadjid Tebboune en 2017 : des renvois décidés dans l’opacité et sans explications. Ces pratiques confirment, estime-t-il, qu’en Algérie, les institutions restent subordonnées à la volonté d’un cercle restreint et non à l’État de droit.

Entre légalité et crédibilité politique

Au final, le maintien d’un gouvernement amputé de son chef révèle le dilemme récurrent du pouvoir algérien : respecter strictement la Constitution au risque de provoquer une vacance institutionnelle, ou privilégier la continuité politique quitte à s’écarter du cadre légal.

Mais pour les juristes, les chercheurs et les acteurs politiques, cette séquence traduit surtout une instabilité structurelle du système où la verticalité du pouvoir s’exerce, souvent, dans la précipitation, la brutalité et le déni des règles constitutionnelles et de l’État de droit. Le décalage permanent entre le discours officiel de réforme et les pratiques réelles nourrit la défiance des citoyens et fragilise davantage la crédibilité de l’État.

La rédaction

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