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Une Iranienne témoigne : « Le peuple prisonnier de la toute-puissance de deux monstres »

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Entre un pouvoir intérieur meurtrier et des pressions étrangères qui instrumentalisent sa souffrance, le peuple iranien vit dans une impasse dramatique. Les rues de Téhéran, Chiraz et des petites villes témoignent d’une détresse qui va bien au-delà des revendications économiques : la survie, la dignité et la liberté sont menacées, tandis que la fracture sociale entre métropoles et provinces fragilise la cohésion du mouvement.

Je traverse les rues de Téhéran. La tension est palpable dans chaque ruelle, chaque marché, chaque café. Les caméras et les policiers en civil surveillent tout. Les regards se croisent discrètement. Les conversations sont mesurées, chaque mot calculé. La peur est omniprésente, mais elle ne suffit pas à étouffer la réalité : un peuple pris au piège entre un guide suprême implacable et des ingérences étrangères manipulatrices.

Depuis le bazar de Téhéran, les protestations ont pris naissance. La flambée du dollar, la paralysie du marché et l’absence totale de volonté politique pour résoudre les crises économiques ont déclenché une vague de colère. La réponse du gouvernement a été superficielle : limoger un gouverneur, convoquer quelques réunions. Mais la colère a dépassé ces gestes symboliques et s’est propagée à d’autres villes. La contestation est devenue politique, visant directement le sommet du régime.

Ali Khamenei interdit toute négociation avec l’étranger, qualifie les manifestants de « fauteurs de troubles » et légitime par la violence la répression systématique. Arrestations, exécutions, intimidation religieuse et politique : chaque décision renforce l’étau. Le peuple est écrasé. Ses propres dirigeants ferment toutes les voies de sortie et condamnent toute perspective d’avenir.

À l’extérieur, les ingérences étrangères ajoutent au chaos. Benyamin Netanyahou et d’autres responsables affichent un soutien ostensible qui n’est perçu que comme une manipulation. Le peuple sait qu’il ne peut se laisser instrumentaliser. Mais cette lucidité n’empêche pas l’angoisse : la pression combinée d’un pouvoir intérieur meurtrier et d’intérêts étrangers pousse le pays dans l’impasse.

Une inquiétude nouvelle se dessine : la fracture sociale et cognitive. Dans les petites villes, moins éduquées et plus vulnérables, les protestations s’étendent rapidement. La résistance pourrait y être plus fragile. À l’inverse, dans les grandes métropoles, les populations instruites demeurent dans une phase de réflexion et d’analyse, hésitant encore à rejoindre le mouvement. Cette division interne est préoccupante : elle menace l’unité nécessaire pour faire face à la répression et aux manipulations extérieures.

La misère matérielle aggrave la détresse. Les coupures d’eau et d’électricité se multiplient. L’air est irrespirable, les lacs et fleuves s’assèchent, les nappes phréatiques disparaissent. L’été, les habitants subissent des coupures massives, l’hiver, le gaz et le chauffage manquent. Le rial s’effondre, les prix s’envolent, la Bourse plonge. La population paie le prix de politiques extérieures et intérieures prédatrices : financement du Hamas, du Hezbollah, soutien à Assad, investissements perdus au Venezuela… pendant que le peuple iranien crie famine et subit la pollution et l’épuisement des ressources.

L’avenir semble suspendu. Le Guide suprême vit reclus, inaccessible même aux plus hauts responsables. La prise de décision est paralysée. Les Iraniens doivent composer avec un pouvoir invisible mais omniprésent et une pression étrangère qui exacerbe les tensions. Chaque choix est vital, chaque décision comporte un risque. La survie politique, économique et humaine de millions de citoyens dépend de leur capacité à naviguer dans cette impasse sans perspectives claires.

Je vois les visages des habitants. Fatigue, colère, désespoir. La douleur n’est pas seulement celle du pain, mais celle de la liberté confisquée. Chaque arrestation, chaque exécution, chaque coup de répression renforce l’étau. Le peuple iranien est conscient, lucide, mais contraint. Les rues respirent la vigilance, la prudence et la tension. Chaque geste, chaque mot, chaque silence raconte la tragédie d’une nation prise entre deux monstres : Khamenei et les ingérences extérieures.

Le pays brûle sous le poids de la répression et des manipulations étrangères. La fracture sociale menace, et l’unité fragile des villes pourrait se fissurer. Pourtant, malgré l’impasse, le peuple continue de vivre, d’observer et de réfléchir. Mais la survie n’est plus seulement une question économique : elle est politique, sociale et humaine. L’Iran est aujourd’hui au bord du gouffre, un peuple forcé de choisir entre la prudence et la dignité, entre la vie et la liberté

Vous entendez ma voix depuis l’Iran, un pays de sang et d’exécutions, un pays dont les habitants brûlent dans le feu attisé par la volonté de domination de deux monstres. Et pourtant, leur douleur n’est pas celle du pain. Leur douleur est celle de la liberté. ».

Synthèse de Mourad Benyahia 

Cet article est la synthèse d’un témoignage d’une Iranienne qui vit à Téhéran.

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