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Le retour des harragas ou l’art de perdre sans l’avouer

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Il fallait oser. Après des mois de rodomontades, de posture souverainiste et de bras de fer viril avec la France, voilà que le pouvoir algérien découvre soudainement l’humanisme. Une illumination tardive. Une compassion de fin de mandat.

Les harragas, hier traîtres à la patrie, aujourd’hui enfants égarés qu’on rappelle à la maison, sans poursuites, sans prison, avec papiers régularisés au consulat et parfois même un billet retour sous le bras. Tout cela, bien sûr, sans jamais prononcer le mot qui fâche : échec.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un échec présidentiel soigneusement maquillé. Le bras de fer avec la France, tant brandi, tant médiatisé, tant gonflé de discours virils, s’est évaporé. Pschiiit !

Pas de victoire diplomatique. Pas de ligne rouge tenue. Juste un discret pas de côté, une pirouette administrative, une “régularisation” qui permet de reprendre les harragas sans dire qu’on a cédé. On ne perd pas. On “tend la main”. Nuance sémantique, capitulation réelle.

Le plus savoureux reste le récit de la misère. Une misère de carte postale, racontée depuis les bureaux feutrés. Les harragas seraient aujourd’hui affamés, humiliés, réduits à des tâches indignes, manipulés par des réseaux obscurs. Quelle imagination. Quelle méconnaissance volontaire du réel. Car la vérité est moins commode: ces jeunes survivent, s’organisent, s’entraident. Ils mangent grâce aux maraudes, aux associations, aux réseaux communautaires. Ils travaillent au noir, oui, dans une économie française en pénurie de main-d’œuvre, qui ferme les yeux quand ça l’arrange. La misère absolue, celle sans filet, sans secours, sans horizon, elle est ailleurs. Elle est connue. Elle est locale.

Et surtout, le pouvoir feint d’oublier un détail embarrassant: partir coûte cher. Très cher. Ce n’est pas une fugue. Ce n’est pas un caprice. C’est un investissement lourd, souvent financé par les familles elles-mêmes. On ne met pas des dizaines de millions sur un bateau pour une manipulation idéologique. On le fait parce que rester coûte plus cher encore, en dignité, en avenir, en santé mentale.

Mais le communiqué insiste. Ce ne serait pas l’Algérie qui pousse dehors. Ce seraient des “individus”, des “milieux”, des “statistiques instrumentalisées”. L’État, lui, est innocent. Blessé seulement dans son image. Obsédé par sa crédibilité. Tout est là. Les harragas ne sont pas des citoyens en rupture, ce sont des variables diplomatiques. Des dossiers à solder. Des preuves à effacer.

Alors on les reprend. Doucement. En silence. Sans prison, sans procès, sans aveu. On referme le dossier comme on balaie sous le tapis. Et on espère que personne ne remarquera que derrière cette soudaine mansuétude se cache une vérité brutale: le pouvoir a perdu le bras de fer, et tente maintenant de gagner la narration.

Mais la mer, elle, n’a rien oublié. Les corps non plus. Et les raisons du départ encore moins.

Zaim Gharnati

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