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A propos de ce qui nous révulse : la fraternité humaine réprouvée

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« Le militant endoctrine et inculque ; l’activiste module et induit. » (1)

1° Introduction : pourrir pour mourir !

« Les réalités » des métarécits obsèdent les philosophes et les historiens lesquels croient pouvoir faire abstraction des fondements généraux des Etats et verser dans le culte des classements de civilisations et de cultures. On a l’impression que les mythes se sont introduits dans les matrices conceptuelles du savoir. L’ère de l’oligarchie a besoin de ses mythes : les barons louent des yachts pour délibérer, alors que les militants attendent la fumée blanche. Entre le yacht et le salon, le peu de crédit qui existe est souillé par l’opulence qu’arbore l’oligarchie pour garder le statut de secte de veilleurs de la forteresse habitée par les détenteurs de l’opinion, de la thèse, du logos et du mythe légitimes. Pourquoi nous nous sentons toujours marginaux en langue française alors que nous sommes destinés à mener notre vie et nos ouvrages avec ? Le sacré s’oblige à l’oubli malgré ce que laissent les militants existentialistes, semblant être une déviance, des mythifications tout aussi légitimes qu’impératives. Régis Debray écrit : « Sacraliser, c’est remparer. » (2)

1° « Un café ; non, c’est fermé ! »

D’abord, la francophonie est restée un enjeu politique dans la mesure où l’accès à la langue française est devenu un luxe pour tous ceux qui rêvent de mener leur vie en français ou en France.

Malgré l’attachement de nombreux Algériens à la langue française, on continue à bureaucratiser le lien humain et à durcir les procédures d’accès aux études dans des universités françaises.

On donne, par cela, l’impression qu’on veut se débarrasser de ces « énergumènes » dont la droite fait le procès par toutes sortes d’essentialisations et de stéréotypes. Les immigrés seraient, une lapalissade qui nous coince à nos certitudes usées par le Verbe et aiguisées par nos névrosées consciences, la cause principale de la crise multiformes que connaît la France.

Or, ne faudrait-il pas cesser, faute de lucidité politique, de soumettre les valeurs françaises (mettons à part la bourgeoisie) aux caprices des assidus des plateaux et des coutumiers des doux couvents où la grammaire des faits est chassée ? La lettre s’efface-t-elle face à l’encre rebelle que des plumitifs fuient de crainte d’être sollicités pour une opinion historique ? « Je suis apolitique » disent ceux qui « ne veulent pas faire dans la littérature de propagande. ». Alors qu’ils devraient mobiliser tous les producteurs de sens, les régimes autocratiques les poussent à abandonner la mission politique intrinsèque à leur vie, perçue comme impératif éthique. « On ne désire pas imposer aux écrivains de nouveaux procédés littéraires, on leur demande de prendre leur place dans la tâche sociale commune, l’édification du socialisme. » (3)     

2° Se désolidariser d’un opprimé, un idéal

Ensuite, sans trop nous aventurer, nous dirions que les crispations identitaires et la diversité culturelle a produit de faux clivages que les droites des pays décolonisés exploitent dans les tensions qui naissent entre l’ancien colonisateur et les autocraties du Sud. Certes, la France souffre de problèmes sécuritaires et la République est appelée à assurer la paix à tous les citoyens ; mais de là à tout endosser au musulman, à l’arabe, à l’Algérien, etc., c’est faire preuve d’un raccourci intellectuel qui, ajouté à l’économie de l’effort, garantit l’impact imaginaire. Il faut, malgré tout, s’acquitter de la dette contractée avec le savoir.

Il ne reste aux phraseurs, malgré les discours poignants qu’ils tiennent, que la pulsion ontologique (la principale) de domination étrangement dédiée aux combattants de la liberté.

La France devient-elle un Etat sécuritiste où la sécurité des dominants est garantie par la ruine des dominés ? La France se départira-t-elle de ses valeurs et continuer à alimenter la cheminée de la demeure universelle occupée par les copains oligarques et romanciers ? Mouloud Mammeri répondit à un journaliste en ces termes : « Un roman n’est pas une thèse, ce n’est même pas un essai historique, c’est un essai de reproduction de la vie, non pas telle qu’elle s’est passée, mais telle que recréée je crois dans l’esprit de celui qui écrit, mais avec une référence constante tout de même de la réalité. » (4) 

3° L’engagement : béquille ou bâton ?  

En dernier lieu, ne faudrait-il pas inciter les intellectuels de gauche de reprendre leur place initiale qu’ils avaient abandonnée pour plaire aux loges des bourgeoisies. Un décalage existe entre les élites ayant sombré dans le labyrinthe des épistémès suspendues aux caprices de la pensée pure à laquelle, et cela à juste titre, ils s’accrochent de crainte que la sacralité du savoir soit récupérée par les apprentis embauchés par la droite mécanisée et conditionnée à la relation tendue avec la gauche sur beaucoup de questions qui n’intéressent pas les masses. Tout savoir se connaît, mais ne se reconnaît que par l’extériorité.

Mais le politique a un seuil primaire : à l’ère postmoderne, le sujet, errant, devrait être assisté dans l’appréhension de ses questions existentielles. Il y a dans la solitude fascinante, un victimaire extrêmement passionnel.  « La littérature, c’est compact et c’est sacré. » (5) La littérature est comme cette substance qui sert un instant pour qu’enfin elle disparaisse sans laisser les séquelles d’une jouissance agressive, tragique. 

Les valeurs sont accusées de vouloir donner aux opprimés l’illusion d’un humanisme qui pourtant est resté controversé par de brillants intellectuels comme Michel Foucault.

Conclusion : se soulager de… sa plume

Pour conclure, nous pourrions dire que les penseurs de la France officielle préfèrent le maintien de la tension classique mais féconde qui, par l’évacuation des problématiques sociales, oppose la droite à la droite (il ne reste, mis à part quelques groupes, que la gauche culturaliste et morale), sans permettre que les vrais problèmes des Français et de l’immigration soient posés. Aller à l’encontre de la bourgeoisie est un interdit dogmatisé par la doxa politico-intellectuelle pour laquelle il faut adhérer à l’ambiance idéologique. La France aussi souffre d’une crise identitaire !!! La territorialité aura un impact sur les luttes politiques essentielles à l’ouverture d’un foyer mondial de la fraternité. Nabhani Koribaa écrivit : « La sympathie est un véritable éveil de l’esprit, éveil qui l’éclaire d’un jour nouveau là où il veut œuvrer. » (6) 

Abane Madi 

Renvois

  1. Brian Massumi, L’économie contre elle-même. Vers un art anticapitaliste de l’événement, trad. de l’anglais par Armelle Chrétien, Montréal, Lux éditeur, 2018 (Humanités), p. 181, nous soulignons. In Lahouste, C. (2021). D’une littérature activiste. Perspectives contemporaines (Emmanuelle Pireyre, Antoine Boute, Philippe De Jonckheere) Littérature, 201(1), 147-163. https://doi.org/10.3917/litt.201.0147.
  2. Régis Debray, Le moment fraternité, Paris, Gallimard, 2009, p40.
  3. Baudorre, P. (2003). Le réalisme socialiste français des années Trente : un faux départ. Sociétés & Représentations, 15(1), 13-38. https://doi.org/10.3917/sr.015.0013.
  4. Mouloud Mammeri, Ecrits et paroles Tome I, Alger, Cnrpah, 2008, p 183. 
  5. Voir https://lundi.am/Faire-des-gateaux-avec-Nathalie-Quintane, nous soulignons. In Lahouste, C. (2021). D’une littérature activiste. Perspectives contemporaines (Emmanuelle Pireyre, Antoine Boute, Philippe De Jonckheere) Littérature, 201(1), 147-163. https://doi.org/10.3917/litt.201.0147.
  6. Nabhani Koribaa, Humain universel Philosophie esthétique, Alger, Enal, 1986, p. 24 

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