Youcef Merahi

J’apprends la triste nouvelle. Tu ne reverras pas Alger. Tu pars vers un autre pays : l’au-delà. Pays si proche et si lointain à la fois. Voyage que tout un chacun de nous aura un jour à expérimenter. Une seule fois dans sa vie. Une fois pour toutes.

Je nous revois à l’Ecole nationale d’administration (ENA). Quatre ans de bonheur juvénile. Une certaine insouciance. Alors, encore loin des vicissitudes de la vie. Dont nous devinions cependant les frasques. Nous étions certes insouciants. Proches pourtant du stress des examens et des notes de la Rotonde que tout un chacun de nous redoutait. 

Nous partagions la passion de la poésie. Tu fus le premier à me lire durant notre séjour à l’ENA. Nous pensions en faire un outil de bonheur. Avec Hamid Nacer-Khodja, autre camarade de l’ENA. Tu fus le premier à écrire un article sur ma poésie d’alors. Sur mes poèmes avant leur publication quelques années plus tard. J’ai gardé dans mes archives ce papier paru dans l’Unité courant 1979. C’est si loin. 

Comme chacun de nos camarades, nous eûmes notre itinéraire. Qui en Algérie même, qui en exil. Alger certes, mais la mal vie néanmoins. Nous n’arrivions pas alors à émerger sur la scène culturelle phagocytée par la bureaucratie. Nous avions pourtant tenté à l’ENA même de créer. Hélas, cette hydre étouffa notre ambition de voir éclore une liberté poétique. Hors culture officielle qui ne tolère que le panégyrique. 

Et pour cause, les médias nous furent longtemps fermés. Rares furent les émissions radios ou télévisuelles consacrées à l’écriture. Quant à l’édition, tu en fus témoin direct. Tu m’as même affranchi lors de nos rares contacts. Entre le secteur public pusillanime et le secteur privé de moyens. Que faire ? Renoncer ? Utiliser les moyens de bord ? Publier à compte d’auteur ?

La même cause demeure. Tu en étais conscient. Nous avions eu de rares occasions de publier dans les médias : El Moudjahid culturel, El Djazairia, L’Unité notamment : poésie et nouvelles. Depuis, peu d’innovation. Nos hydrocarbures n’ont pas pu générer une culture. Une culture digne de ce nom. Une édition à la hauteur. Celle qui aurait permis d’éviter de publier en exil. Sans avoir la chance d’accéder à son lectorat naturel. Pour nous éviter d’avoir à supporter les frasques d’aucuns qui s’érigent en nouveaux prophètes hors de notre pays. 

Nous avons évité ce piège, quoique de graphie française. La langue demeura un simple vecteur véhiculant une poésie expurgée de toute allégeance. Proche du pays et du peuple. Dans nos essais et nos contributions diverses dans les médias écrits nous ayant aimablement offert leurs colonnes (Le Soir, Le Matin, El Watan, Horizons, Le Quotidien d’Oran…), nulle flagornerie. Nous ne voulions pas être des « harkis du système » comme aurait dit feu Sid Ahmed Ghozali. Nous ne sommes pas également devenus les obligés de la langue que Kateb a pu qualifier de « butin de guerre ». 

Libre poésie. Libres plumes. Que la poésie éternelle t’enveloppe. Que ton repos soit éternel. Que l’Eternel t’accorde miséricorde. Au revoir Youcef, adieu l’ami. Quelques vers en guise d’épitaphe. D’espoir.

Un jour

Y aurait-il un jour

Un autre jour 

Différent de ce jour 

Un jour

Où l’on penserait que 

L’autre jour

On était captifs du jour 

Au jour le jour  

Ammar Koroghli

Livres de Youcef MERAHI (in « La Kabylie en 7001 livres »)

Les 101 nuits de Layla. / Youcef MERAHI 

L’absurde et le quotidien. / Youcef MERAHI 

Ad ḥerqeɣ lebḥer. / Hamid BILEK 

Agenda de Tizi-Ouzou. / Youcef MERAHI 

Algérie. Dire et pouvoir. / Youcef MERAHI 

L’Almanach de Tizi Ouzou / Youcef MERAHI 

Carnet de nuit. / Youcef MERAHI 

Le chemin de ma route. / Youcef MERAHI 

Cris en papier. / Youcef MERAHI 

Dans mon cœur il n’y a plus d’heure. / Youcef MERAHI 

Digest de Kabylie / Youcef MERAHI 

La douleur du rêve. / Youcef MERAHI 

Le Funambule. / Youcef MERAHI 

Je brûlerai la mer. / Youcef MERAHI 

Journal d’un Kabyle 1993-1996. / Youcef MERAHI 

Kabylie Tamurt-iw / Youcef MERAHI 

Littérature algérienne, ce lieu de péril. / Youcef MERAHI 

Mémo de Kabylie. / Youcef MERAHI 

Nnan-t-id s-usefru / Youcef MERAHI 

Nuits. / Youcef MERAHI 

Et l’ombre assassine la lumière. / Youcef MERAHI 

Oran, échelle 31 / Youcef MERAHI 

La pétaudière. / Youcef MERAHI 

Post-scriptum. / Youcef MERAHI 

Qui êtes-vous Monsieur Khadra ? / Youcef MERAHI 

À rebours d’Oran. / Youcef MERAHI 

Du rêve à l’éphémère, de l’éphémère au rêve. / Youcef MERAHI 

Tahar Djaout, premiers pas journalistiques. / Youcef MERAHI 

Tahar Djaout. / Youcef MERAHI 

Taqbaylit ass s wass. / Youcef MERAHI

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