J’apprends la triste nouvelle. Tu ne reverras pas Alger. Tu pars vers un autre pays : l’au-delà. Pays si proche et si lointain à la fois. Voyage que tout un chacun de nous aura un jour à expérimenter. Une seule fois dans sa vie. Une fois pour toutes.
Je nous revois à l’Ecole nationale d’administration (ENA). Quatre ans de bonheur juvénile. Une certaine insouciance. Alors, encore loin des vicissitudes de la vie. Dont nous devinions cependant les frasques. Nous étions certes insouciants. Proches pourtant du stress des examens et des notes de la Rotonde que tout un chacun de nous redoutait.
Nous partagions la passion de la poésie. Tu fus le premier à me lire durant notre séjour à l’ENA. Nous pensions en faire un outil de bonheur. Avec Hamid Nacer-Khodja, autre camarade de l’ENA. Tu fus le premier à écrire un article sur ma poésie d’alors. Sur mes poèmes avant leur publication quelques années plus tard. J’ai gardé dans mes archives ce papier paru dans l’Unité courant 1979. C’est si loin.
Comme chacun de nos camarades, nous eûmes notre itinéraire. Qui en Algérie même, qui en exil. Alger certes, mais la mal vie néanmoins. Nous n’arrivions pas alors à émerger sur la scène culturelle phagocytée par la bureaucratie. Nous avions pourtant tenté à l’ENA même de créer. Hélas, cette hydre étouffa notre ambition de voir éclore une liberté poétique. Hors culture officielle qui ne tolère que le panégyrique.
Et pour cause, les médias nous furent longtemps fermés. Rares furent les émissions radios ou télévisuelles consacrées à l’écriture. Quant à l’édition, tu en fus témoin direct. Tu m’as même affranchi lors de nos rares contacts. Entre le secteur public pusillanime et le secteur privé de moyens. Que faire ? Renoncer ? Utiliser les moyens de bord ? Publier à compte d’auteur ?
La même cause demeure. Tu en étais conscient. Nous avions eu de rares occasions de publier dans les médias : El Moudjahid culturel, El Djazairia, L’Unité notamment : poésie et nouvelles. Depuis, peu d’innovation. Nos hydrocarbures n’ont pas pu générer une culture. Une culture digne de ce nom. Une édition à la hauteur. Celle qui aurait permis d’éviter de publier en exil. Sans avoir la chance d’accéder à son lectorat naturel. Pour nous éviter d’avoir à supporter les frasques d’aucuns qui s’érigent en nouveaux prophètes hors de notre pays.
Nous avons évité ce piège, quoique de graphie française. La langue demeura un simple vecteur véhiculant une poésie expurgée de toute allégeance. Proche du pays et du peuple. Dans nos essais et nos contributions diverses dans les médias écrits nous ayant aimablement offert leurs colonnes (Le Soir, Le Matin, El Watan, Horizons, Le Quotidien d’Oran…), nulle flagornerie. Nous ne voulions pas être des « harkis du système » comme aurait dit feu Sid Ahmed Ghozali. Nous ne sommes pas également devenus les obligés de la langue que Kateb a pu qualifier de « butin de guerre ».
Libre poésie. Libres plumes. Que la poésie éternelle t’enveloppe. Que ton repos soit éternel. Que l’Eternel t’accorde miséricorde. Au revoir Youcef, adieu l’ami. Quelques vers en guise d’épitaphe. D’espoir.
Un jour
Y aurait-il un jour
Un autre jour
Différent de ce jour
Un jour
Où l’on penserait que
L’autre jour
On était captifs du jour
Au jour le jour
Ammar Koroghli
Livres de Youcef MERAHI (in « La Kabylie en 7001 livres »)
Les 101 nuits de Layla. / Youcef MERAHI
L’absurde et le quotidien. / Youcef MERAHI
Ad ḥerqeɣ lebḥer. / Hamid BILEK
Agenda de Tizi-Ouzou. / Youcef MERAHI
Algérie. Dire et pouvoir. / Youcef MERAHI
L’Almanach de Tizi Ouzou / Youcef MERAHI
Carnet de nuit. / Youcef MERAHI
Le chemin de ma route. / Youcef MERAHI
Cris en papier. / Youcef MERAHI
Dans mon cœur il n’y a plus d’heure. / Youcef MERAHI
Digest de Kabylie / Youcef MERAHI
La douleur du rêve. / Youcef MERAHI
Le Funambule. / Youcef MERAHI
Je brûlerai la mer. / Youcef MERAHI
Journal d’un Kabyle 1993-1996. / Youcef MERAHI
Kabylie Tamurt-iw / Youcef MERAHI
Littérature algérienne, ce lieu de péril. / Youcef MERAHI
Mémo de Kabylie. / Youcef MERAHI
Nnan-t-id s-usefru / Youcef MERAHI
Nuits. / Youcef MERAHI
Et l’ombre assassine la lumière. / Youcef MERAHI
Oran, échelle 31 / Youcef MERAHI
La pétaudière. / Youcef MERAHI
Post-scriptum. / Youcef MERAHI
Qui êtes-vous Monsieur Khadra ? / Youcef MERAHI
À rebours d’Oran. / Youcef MERAHI
Du rêve à l’éphémère, de l’éphémère au rêve. / Youcef MERAHI
Tahar Djaout, premiers pas journalistiques. / Youcef MERAHI
Tahar Djaout. / Youcef MERAHI
Taqbaylit ass s wass. / Youcef MERAHI