Dans un entretien publié hier dans Le Figaro, Sabeha Sansal, fille de l’écrivain algérien Boualem Sansal, lance un appel pressant pour la libération de son père. Depuis neuf mois, l’auteur, âgé de 80 ans et souffrant de graves problèmes de santé, est détenu en Algérie dans des conditions inconnues, sans contact avec sa famille. « L’Algérie doit cesser de martyriser mon père avant qu’il ne soit trop tard », insiste-t-elle.
Depuis son arrestation, aucun échange n’a été possible. « Pas un appel, pas une lettre, pas même un signe », relate Sabeha, soulignant le caractère arbitraire et opaque de cette détention. Accusé d’« atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal est maintenu dans un isolement total, illustrant, selon sa fille, l’usage de la justice à des fins politiques. « C’est une violence sournoise qui ne touche pas seulement mon père, mais toute sa famille, ses amis et ses lecteurs », affirme-t-elle. L’écrivain n’a commis d’autre « crime » que celui d’écrire et de dire ce qu’il pense, note-t-elle avec amertume.
Sabeha Sansal déplore également le silence de la France, dont son père détient la nationalité. En avril dernier, elle avait adressé une lettre ouverte au président Emmanuel Macron, sollicitant une intervention diplomatique pour sa libération, mais n’a reçu aucune réponse. « Le silence de la France est assourdissant », déplore-t-elle, dénonçant l’indifférence face à l’urgence de la situation. Pour elle, l’inaction contraste avec la gravité de l’état de santé de son père et le risque vital qu’il encourt.
Malgré les appels lancés par Amnesty International, les pétitions circulant parmi les intellectuels et une soirée de soutien organisée à Paris, Sabeha juge la mobilisation internationale insuffisante. « Chaque jour de détention supplémentaire est un risque vital. Il faut un sursaut collectif », insiste-t-elle, en appelant les gouvernements, ONG et citoyens à se lever pour défendre la liberté d’expression.
Condamné à 5 ans de prison, Boualem Sansal est reconnu pour son œuvre littéraire où se mêlent mémoire coloniale, dénonciation des dérives autoritaires et critique des intégrismes.
Lauréat de nombreux prix et salué pour sa lucidité, il incarne, selon sa fille, une Algérie qui pense, écrit et refuse la soumission. « Son silence forcé est une manière de faire taire tout un peuple », affirme-t-elle, rappelant que chaque jour compte pour sa survie.
Cet appel dépasse le cadre familial. Il interpelle la communauté internationale et les autorités algériennes, tout en pointant le silence français. « On ne peut pas défendre les valeurs de liberté et fermer les yeux quand elles sont bafouées par un pays ami », rappelle Sabeha. La mobilisation pour Boualem Sansal devient ainsi un test de la capacité des démocraties à protéger leurs écrivains et intellectuels face aux régimes autoritaires et à défendre, plus largement, la liberté d’expression.
Outre Boualem Sansal, il y a quelque 250 détenus d’opinion en Algérie. Un nombre indéterminé d’autres Algériens sont placés arbitrairement sous interdiction de quitter le territoire national.
Mourad Benyahia