Cela fait vingt ans qu’Izri Brahim, l’enfant d’At-Yani, s’en est allé, trop jeune, trop tôt. Cependant, il nous a légué un répertoire musical et poétique de premier choix.
Enfant, il avait fait ses classes dans la troupe de la zaouïa de Lhadj Velkacem, son grand-père, en »dépannant » au violon au tout début puis, en s’essayant avec succès à tous les autres instruments. Du bendir à la guitare puis au mandole à douze cordes, son instrument fétiche en privé, il s’était affirmé très vite comme un élément incontournable des soirées hebdomadaires animées par son père Dda Ammar Lhadj.
Dès son entrée au lycée de Fort National, à l’aube des années 70, il s’est laissé emporter par la vague de la musique »moderne Kabyle » naissante dans le sillage de futurs grands noms en la matière, Idir et Djamal Allam, pour ne citer que ces deux-là.
C’est à cette époque qu’avec quatre de ces camarades de promotion, il fonda le groupe Igoudhar. Leur premier titre, »Aarous vou vernous », rencontra immédiatement un grand succès et fût retenu pour faire partie d’une oeuvre collective de ce genre moderniste, dans un excellent vynil intitulé »Tachemlit ». Les composantes de cette oeuvre (Idir, Issoulas, Imazighen Imoula, Igoudhar, Sid-Ali Naīt-Kaci, Meziane Rachid) furent proclamés »Les maquisards de la chanson » par Kateb Yacine dans sa préface, au égard de leur combat pour la défense de leur identité amazigh.
Au début des années 1980, Brahim s’était lancé dans une carrière solo durant laquelle il a enrichi, pendant un quart de siècle, notre patrimoine avec des dizaines de titres à succès.
Moderniste et engagé, il n’a pas hésité à bousculer les usages, autant en introduisant des instruments et des sonorités nouvelles dans ses compositions, qu’en abordant des thèmes jusque-là tabous dans une société à fortes traditions. C’est ainsi qu’il a, à maintes reprises, clamé haut et fort les droits de la Femme ou mis en exergue ceux des minorités.
L’un de ses titres les plus emblématiques fût »Tizi-Ouzou », une adaptation de »San Francisco » de Maxime Le Forestier. Une merveille de texte aux accents identitaires affirmés. Cette adaptation, reprise plus tard en trio par Idir, Brahim et Maxime, en hommage à Matoub Lounes, autre chanteur engagé s’il en est, a une histoire qui vaut son pesant d’or. Nous vous invitons à la découvrir dans cette excellente vidéo courte de Nassima Chilaoui, une artiste qui fut très proche de Brahim de son vivant et qui active au quotidien pour enrichir notre précieux patrimoine : https://www.facebook.com/reel/796489366742450
Repose en paix Brahim et sois assuré que « La maison Berbère, mazalits* debout ! »
Mouloud Cherfi
(*) Mazalits : terme kabyle signifiant ‘’est encore’’ ou ‘’tient toujours’’.

