Le lecteur ne doit pas être offusqué par ce qui serait irrespectueux ou raciste, c’est bien le contraire, un souvenir de tendresse. Siniguel, c’était dans la bouche de nos grands-parents que nous l’entendions. Siniguel pour Sénégal, Kaldoun pour la nouvelle Calédonie, Bèrissse pour Paris et bien d’autres.
C’était les noms de pays si lointains qui ne pouvaient être reconnus que par la sonorité et la phonétique orale, bien de chez nous.
Le Siniguel a gagné la Coupe Africaine des Nations et je me souviens curieusement à ce moment précis de l’expression la plus exotique que j’avais entendu dans l’enfance, les tirailleurs siniguelis.
On les voyait dans nos livres d’histoire ou dans les boîtes de biscuits. C’était la représentation de la fierté dans le visage, celui qui allait, la fleur au fusil, vers le destin de la chair à canon. Le regard haut, l’arme droite et l’habit qui illuminait leur passage.
In-dou, in-dou… ! Disaient-ils pour le pas cadencé de la parade militaire. Ils avaient eux aussi des grands-parents qui disaient « in-dou » dans presque le même accent que les nôtres. L’uniformité coloniale, c’était le in-dou qui menait vers la guerre en chantant.
Mais dimanche soir, cette légion étrangère si caricaturée et envoyée à la mort par le passé avait le visage et le chant de la victoire. Ils se sont battus comme l’emblème de leur équipe, « Les lions de Teranga ». On a le Fennec, ils ont le lion, les français ont le coq et ainsi de suite.
Mais je vais l’avouer humblement, je ne connaissais pas cette dénomination et je l’ai recherchée pour connaître l’animal représentant l’équipe nationale, car il y en a presque toujours un. Il est également dans les armoiries du pays du Siniguel.
Le lion, pas très original, le symbole de la force qui est présent dans un grand nombre de pays. C’est le qualificatif qui les individualise, Les indomptables pour le Cameroun, de la Chinquilla pour la Guinée équatoriale, The Three lions pour l’Angleterre, les Lions rouges pour le Luxembourg (a-t-on jamais vu la savane dans ce pays ?) et ainsi de suite dans beaucoup de parties du monde.
Hier, ce sont Les Lions de l’Atlas, l’emblème de l’équipe marocaine qui ont été battus par les Lions de la Teranga. C’est ainsi que cet opium du peuple ne peut se passer de revendiquer les massacres des stades romains. Aucune équipe n’a jamais pensé se dénommer « Les féroces Chihuahua ». La honte !
C’est dans la seconde partie du nom que mon esprit a été marqué et qui justifie ma chronique d’aujourd’hui. J’apprends par la même recherche que Teranga signifie « Hospitalité » en wolof (l’une des langues dominantes de cette région de l’Afrique).
En quelque sorte « tu es le bienvenu mais regarde mes dents si tu oses me défier ». Le comique dans cette histoire était que ce sont à eux que le Maroc avait souhaité la bienvenue en tant que pays hôte.
La prochaine fois, je ferai gaffe de ne pas dire bienvenu à nos invités à la maison. C’est dangereux !
Ils ont sifflé, ils ont vociféré, ils ont crié au scandale de l’arbitrage et en tiendront rancune jusqu’au prochain spectacle de Rome. Nous, nous avions essayé dans ce papier de lier un tout petit bout de connaissance et de souvenir affectueux mêlés avec de l’humour.
C’est ce qui nous préserve de l’inculture des hurleurs des stades.
Boumediene Sid Lakhdar

