Que fait le miroir sinon renvoyer l’image de vous-même ? Ce matin il m’a de nouveau parlé comme une sorte de miroir de l’âme, une connaissance de soi-même. Oh là, quittons vite ce chemin philosophique et reprenons une autre évocation de « l’effet miroir », beaucoup plus prosaïque, c’est-à-dire en conformité avec la banalité de la vie.
La veille au soir je suis tombé par hasard sur un document repris dans la presse concernant les préconisations du ministère des affaires étrangères canadien pour avertir des risques avant de se rendre dans un pays étranger.
Ce matin le miroir m’a projeté l’image d’un canadien voulant se rendre en Algérie puisque c’était de cela qu’il s’agissait dans le document que j’avais lu. Alors ce canadien, puisque c’est le reflet de moi-même, me raconte sa lecture aux fins de se rendre dans ce pays qui lui était étranger.
La longueur de ma chronique ne peut passer en revue toutes les recommandations, j’ai sélectionné certaines des plus effrayantes.
Tout d’abord,
« Évitez tout voyage dans les régions frontalières suivantes en raison de la menace élevée de terrorisme, de banditisme et d’enlèvement: à moins de 200 km de la frontière avec le Mali, la Mauritanie et le Niger; à moins de 50 km de la frontière avec la Libye; à moins de 50 km de la frontière avec la Tunisie, sauf pour les déplacements terrestres vers/depuis la Tunisie par l’autoroute N44 et le poste frontalier d’Oum Tboul, où vous devriez faire preuve d’une grande prudence ».
Le Canadien avait continué sa lecture :
« Si vous envisagez de vous rendre dans des zones reculées malgré les risques : restez vigilant en tout temps; emportez toujours un téléphone portable et un chargeur avec vous; empruntez uniquement les routes et autoroutes principales; variez vos itinéraires et vos horaires ; envisagez d’engager un guide réputé qui connaît bien la région; séjournez dans des hôtels disposant de mesures de sécurité robustes ».
De façon téméraire mais aussi suicidaire, il s’était accroché au texte,
« Au cours de la dernière année, le gouvernement algérien a multiplié les arrestations de militants, y compris certains associés au mouvement de protestation populaire du Hirak, qui a émergé en Algérie en février 2019. Les autorités algériennes ont également retenu des citoyens canado-algériens en Algérie, après les avoir identifiés comme étant politiquement engagés au Canada. On pourrait vous empêcher de quitter le pays si les autorités locales jugent que vous avez pris part à des manifestations ou à des activités politiques, y compris sur les médias sociaux. Faites preuve d’une grande prudence lorsque vous interagissez en ligne, même lorsque vous êtes à l’extérieur de l’Algérie ».
Enfin un point rassurant puisqu’on lui dit que « Le taux de criminalité est modéré en Algérie ». Mais faudra prendre toutes les précautions en raison des crimes mineurs, particulièrement dans les grandes villes à la tombée de la nuit » (sont-elles éclairées à ce moment ? le document officiel manque de précision).
Plus loin :
« Soyez conscient de votre environnement; Soyez discret; Ne marchez jamais seul et évitez de vous déplacer après la tombée de la nuit; évitez de faire étalage de richesse; ne transportez que de petites quantités d’argent comptant ; évitez d’utiliser votre téléphone ou votre appareil photo en public; ne résistez pas si des voleurs vous menacent ».
Et ce n’est pas terminé,
« Si vous voyagez en voiture : gardez les fenêtres fermées et les portes verrouillées en tout temps; voyagez en convoi si possible; garez votre véhicule dans un stationnement sûr; ne laissez jamais vos effets personnels dans un véhicule sans surveillance, même dans le coffre arrière ».
Ce Canadien n’est pas un accro aux sites de rencontres mais il découvre que :
« Si vous vous rendez en Algérie pour rencontrer une personne dont vous avez fait la connaissance en ligne : gardez à l’esprit que vous pourriez être victime d’une arnaque; méfiez-vous des personnes qui manifestent une amitié ou un intérêt amoureux sur Internet ».
Là également, cela ne le concerne pas mais seulement les Canadiennes :
« Les femmes qui voyagent seules peuvent faire l’objet de certaines formes de harcèlement et de violence verbale. Du harcèlement sexuel et des agressions ont eu lieu. Pour éviter d’être la cible de harcèlement, les femmes devraient s’habiller de manière conservatrice; éviter de marcher seule ; se déplacer en groupe; se déplacer uniquement le jour; s’asseoir sur la banquette arrière des taxis ».
Pour la précaution suivante, il avait béni le ciel que cela ne le concernait pas également puisqu’il s’agissait de ceux qui avaient des orientations sexuelles harams (non qu’il en exprime un jugement défavorable mais de pouvoir échapper au risque) :
« La loi algérienne criminalise les actes sexuels et les relations entre personnes du même sexe. Les personnes 2ELGBTQI+ peuvent également être accusées de grossière indécence ou de délits similaires ».
Ils pourraient également faire l’objet de discrimination ou être détenus en raison de leur « orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur expression de genre ou de leurs caractéristiques sexuelles…/… Les personnes 2ELGBTQI+ doivent bien peser les risques que comporte un voyage en Algérie ».
Les coutumes, lois et règlements algériens sont rigoureusement conformes aux pratiques et croyances de l’islam. Les démonstrations d’affection en public, y compris le fait de se tenir par la main ou de s’embrasser, ne sont pas acceptables socialement. En général, on ne s’attend pas à ce que les voyageuses étrangères se couvrent la tête avec un voile. Toutefois, les vêtements suggestifs sont considérés comme inappropriés.
Pour éviter de froisser les populations locales : habillez-vous sobrement; comportez-vous avec discrétion; respectez les traditions sociales et religieuses; demandez la permission aux gens du pays avant de les prendre en photo ».
Il me raconte que le ministère canadien prévient dans le document qu’en 2026, le mois lunaire du ramadan devrait commencer autour du 17 février. « En public, entre le lever et le coucher du soleil, soyez discret au moment de boire; manger; fumer ».
Jusque-là ce pauvre Canadien n’avait pas fermé le site du ministère car il était tétanisé de terreur d’avoir voulu prendre un risque si fou. Il avait pris seulement le temps encore de lire les titres des autres paragraphes, vaccinations, drogue, prosélytisme, peine de mort, double nationalité, droit de la famille, précaution contre les animaux, l’enlèvement international d’enfants (je vous jure qu’il y est), exportation d’antiquités (lesquelles ? les islamistes ont tout détruit), les catastrophes naturelles et les tremblements de terre.
Le Canadien s’était juré de ne plus avoir un désir de voyage si macabre. Après avoir éteint la lumière de ma salle de bain, redevenant moi-même, je m’étais aperçu que je n’avais pas eu l’esprit de lui dire que ce pays était merveilleux et que la seule précaution à prendre était de ne jamais parler inconsciemment dans la rue à un képi ou à un turban.
Il faut prendre des distances sur l’image que peut véhiculer un pays occidental à l’égard de pays comme le nôtre, qu’elle soit vraie, comme je l’affirme par sa réalité objective, ou exagérée, comme me suggère mon amour pour ce pays.
L’amour est aveugle pour certains, il est vigilent pour d’autres tout en étant passionné. J’ai choisi le second.
Boumediene Sid Lakhdar
PS : j’ai dû m’informer sur la signification de l’expression 2ELGBTQI+ que je ne connaissais pas. Cela ressemble étrangement au nom d’une molécule virale (cela se dit ?). La police des frontières aurait peur d’une contagion ? Pourtant, elle devrait le savoir, beaucoup dans notre beau pays sont déjà vaccinés par ce même virus.

