La famille du journaliste sportif français Christophe Gleizes, condamné en juin dernier à sept ans de prison par le tribunal criminel de Tizi Ouzou, continue de dénoncer ce qu’elle considère comme une affaire injuste et disproportionnée. Selon un entretien accordé à l’Agence France-Presse (AFP), ses parents estiment que leur fils est devenu une victime collatérale des tensions entre la France et l’Algérie.
Arrêté le 28 mai 2024 alors qu’il couvrait les activités de la Jeunesse sportive de Kabylie, Gleizes a été inculpé de « promotion du terrorisme » et de « détention de publications portant atteinte à l’intérêt national ». Le verdict prononcé en juin 2025 a suscité une vive émotion en France, notamment parmi les organisations de journalistes et de défense de la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une « décision démesurée » et l’utilisation « abusive » de la législation antiterroriste contre un journaliste en exercice.
Sylvie et Francis Godard ont pu rendre visite à leur fils à deux reprises au centre pénitentiaire de Tizi Ouzou entre le 11 et le 22 août, une autorisation exceptionnelle accordée par les autorités algériennes. « La première fois que je l’ai vu, le 12 août, j’ai eu un choc en découvrant son crâne rasé. Je ne l’avais jamais vu ainsi. Mais il est en bonne santé, et il fait beaucoup de sport pour garder l’esprit clair », raconte sa mère.
Ces visites, limitées à une demi-heure chacune, se sont déroulées derrière une vitre, avec un simple combiné téléphonique pour communiquer. « Nous avons tout fait pour lui transmettre les messages de la famille, des amis et des collègues, ainsi que ceux du comité de soutien animé par RSF », précise Sylvie Godard.
Pour son père, Francis, la sévérité de la condamnation s’explique par un contexte politique tendu : « Les accusations sont absurdes. La seule explication, c’est que Christophe est pris dans les crispations actuelles entre la France et l’Algérie. »
Les proches insistent sur la distinction entre l’affaire de Christophe Gleizes et d’autres dossiers récents, comme celui de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale ». « Tous deux méritent d’être libres, mais ce sont des affaires distinctes », souligne Francis Godard.
En France, la condamnation a suscité un large mouvement de solidarité. Des collectifs de journalistes et des organisations internationales de défense de la presse ont multiplié les appels en faveur de sa libération. Pour ses parents, cette mobilisation est essentielle afin que le cas de leur fils ne soit pas réduit à un simple enjeu diplomatique.
Dans l’attente du procès en appel prévu à l’automne, Christophe Gleizes reste détenu dans un isolement que ses parents jugent préoccupant. « Il garde le moral, mais il se sent totalement coupé du monde », confie sa mère. Chaque visite, trop brève selon elle, laisse la famille avec la peur de longues semaines d’absence avant de pouvoir le revoir.
Au-delà de l’inquiétude, Sylvie et Francis Godard rappellent que leur fils est avant tout un journaliste. « Il doit être jugé sur son travail et non utilisé comme instrument dans un bras de fer politique entre deux pays », martèlent-ils.
Il est utile de rappeler ici qu’il y a près de 250 prisonniers d’opinion en Algérie.
Avec AFP