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Des espèces pour une espèce endémique !

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Dès le début des années 80, avec l’explosion des bourses d’État et des entreprises nationales, j’avais connu une arrivée massive d’étudiants algériens. Je me souviens que la très grande majorité d’entre eux choisissent des thématiques caricaturales pour des Algériens biberonnés aux discours de l’époque des grands projets industriels. 

Pour leur mémoire de Master (un nom différent à l’époque, DEA ou DESS) et de leur doctorat, les sujets stars étaient tous des dérivations de la question de « l’industrie industrialisante », le fantasme hérité de la période de notre brave colonel Boumédienne, ou de celle de « l’économie informelle ». 

Le premier (et ses dérivations) était choisi par le fait qu’il était le fruit d’une immersion dans une propagande à la coréenne. Et que peut produire un esprit plongé dans une propagande sinon celui de la glorification de l’économie algérienne qu’on savait être aussi corrompue que le diable. Et d’ailleurs, avaient-ils d’autres points d’appuis dans leur réflexion ? (Ce n’est pas insultant, c’est le rappel d’un fait).

Le second, « l’économie informelle », était également le produit d’un matraquage de l’esprit par un régime qui voulait montrer sa détermination à lutter contre les détournements et la corruption. Les étudiants ne prenaient aucun risque à s’aventurer dans une accusation par son étude économique puisque c’était une démarche de l’État algérien.

Ce que les corrompus maîtrisent le mieux, ce sont les mécanismes de détournement. Et lorsqu’on sait qui atteint les sommets du pouvoir de la décision réglementaire ou législative à propos de l’économie informelle, on peut se douter combien les dispositifs de lutte contre les dérives ont été pléthoriques. 

Le menteur et le dissimulateur sont toujours ceux qui parlent le plus et le mieux d’un sujet pour noyer la réalité de leur participation au mensonge et au vol par un bruit fracassant.

Et quoi de plus significatif de l’identification de l’économie informelle que les transactions en espèces (l’expression « en liquide » employée en usage est inappropriée) ?

Près d’un demi-siècle après, les paiements en espèces pour les transactions commerciales et également pour l’alimentation des comptes bancaires professionnels n’ont jamais cessé. Et cela malgré la tonne de dispositifs réglementaires et législatifs que je viens de rappeler.

L’État Algérien vient de prendre une disposition légale pour autoriser les dépôts dans les comptes professionnels…. en espèces ! C’est cocasse, non ?

Voici une des formulations de relais du communiqué que j’ai repris dans la presse algérienne, elle résume bien l’information :

L’alimentation des comptes commerciaux a fait l’objet d’une nouvelle note de la Banque d’Algérie (BA), la troisième en moins de deux semaines. Après avoir accordé un délai d’un mois pour la fin du cash (jusqu’à fin janvier 2026), la BA a rendu publique, lundi, une nouvelle note aux banques autorisant l’alimentation des comptes commerciaux par les moyens de paiement scripturaux, ou par versement d’espèces à hauteur du chiffre d’affaires quotidien et/ou hebdomadaire.

«Conformément aux prescriptions législatives et réglementaires en vigueur, les mesures de vigilance à l’égard de la clientèle doivent être observées comme par le passé (avant la note N 02/DGIG/2025, du 22 décembre 2025)», indique la note en question. «L’alimentation des comptes commerciaux peut s’opérer par les moyens de paiement scripturaux ou par versement d’espèces à concours du chiffre d’affaires quotidien et/ou hebdomadaire», précise la même source. 

Aussi, «les opérations de la clientèle doivent être en adéquation avec le profil du client et en cohérence avec les informations que la banque détient à son sujet», indique cette note, qui «annule et remplace la note N 02/DGIG/2025, du 22 décembre 2025».

Avez-vous remarqué le nombre de références légales dans ce communiqué ? C’est impressionnant combien un régime autoritaire et corrompu veut se parer d’un habillage juridique. Il n’en n’a pourtant pas besoin tant il a la force de dissuasion, par la terreur et le niveau déplorable de l’enseignement qu’il a voulu être à son service.

Vous avez aussi remarqué une disposition qui représente plus une supercherie qu’un garde-fou solide contre la corruption. La limite du dépôt ne doit pas être supérieure au chiffre d’affaires. Chacun a compris que le dépôt en espèces ne doit pas être supérieur aux revenus par les ventes (ou les prestations), ce qui serait l’aveu flagrant d’une dissimulation.

C’est risible lorsqu’on sait que le chiffre d’affaires est normalement décompté à partir d’une facturation conforme aux règles d’une comptabilité légale dans sa forme. Risible car l’économie informelle est justement la manipulation du chiffrage comptable par une absence de facturation ou de sa fausseté. 

En fait on revient aux années 1980, l’Algérie lutte contre un fléau en instaurant les conditions d’un fléau. Mais comme les systèmes corrompus ont cette habitude de nous noyer avec des explications très « savantes », voici ce qui semble être la cause de ce revirement vers une corruption devenue légale.

La première précaution que prennent les autorités est de mettre en avant les difficultés que rencontrent les dispositifs de paiements électroniques qui ont de plus en plus de mal à suivre l’évolution économique.

L’économie a du mal à être irriguée par des flux d’argent nécessaires à son cycle, source de sa  croissance. Le numérique ne permettrait pas encore son efficacité espérée. C’est donc un esprit charitable et de bonne gestion économique que vouloir aider les petits car ils sont faibles mais indispensables.

La belle affaire, la dimension contre la fraude fiscale et la corruption est  toute autre que la chasse aux petits. Certes, les grands fleuves sont alimentés par les petits ruisseaux mais les grands barrages de rétention d’eau ne sont pas au niveau des petits cours d’eau.

La fraude fiscale et les détournements sont massifs dans les gros contrats avec le système public, parfois faramineux, et surtout avec les entreprises et organismes étrangers. Et qui est au cœur de cette vaste escroquerie ? Ceux qui commandent des règlements et des lois aux juristes et administrations aux ordres.

Elle est terminée depuis très longtemps, cette époque des valises bourrées de grosses coupures et un bakchich aux douaniers. Les systèmes de fraude fiscale et de corruption sont, dans leurs montants générés, d’une dimension stratosphérique en comparaison avec ceux des comptes professionnels alimentés par le chiffre d’affaires des petites et moyennes entreprises. 

La modification des billets par l’apparition d’un montant facial plus  important a été déjà opérée par le régime algérien dans une lointaine époque où il voulait rendre inopérants les stocks d’espèces détenus par les commerçants et les particuliers. 

Nous avions assisté à un raz-de-marée dans les files des agences bancaires pour un change immédiat, la sanction était considérée comme minime par rapport à un risque de perte total. D’ailleurs, mon souvenir est lointain pour ce détail, les autorités avaient-elles accordé une impunité à ceux qui le faisait ? (à vérifier). 

Nous disions même, avec humour, que la production algérienne de couffins, de valises et de sacs ne suivra pas.

La différence, messieurs les experts de la production en nombre astronomiques de règlements, de lois et de paroles savantes, est qu’il y avait encore à cette époque l’existence d’une très grande masse d’illettrés ou de peu d’instruction.

Ah, j’allais oublier de faire un coucou à nos anciens camarades étudiants, spécialistes de l’économie informelle. Il est temps de terminer vos travaux de recherche depuis les années 80’. Ou alors, si c’est le cas, je suis ravi pour vous que vous les mettiez au service de ceux qui vous emploient. 

Que c’est beau les études !

Boumediene Sid Lakhdar

PS : J’espère que le lecteur a compris que cette plaisanterie sournoise ne fait pas allusion aux nombreux autres qui nous ont rendus fiers par la haute compétence qu’ils ont acquise dans ces années-là.

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