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Donald Trump ou l’offshore balancing sans le dire

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La politique étrangère de Donald Trump, souvent décrite comme erratique, impulsive ou strictement transactionnelle, s’inscrit pourtant dans une matrice théorique bien connue des relations internationales : celle de l’offshore balancing (l’équilibre à distance). Une doctrine réaliste, froide et désidéologisée, que le président des États-Unis n’a jamais revendiquée explicitement, mais qu’il a appliquée de manière intuitive, parfois brutale, souvent déconcertante.

L’offshore balancing, théorisée notamment par John Mearsheimer et Stephen Walt, repose sur un principe simple : une grande puissance n’a pas vocation à s’impliquer directement et durablement dans toutes les régions du monde. Elle doit au contraire laisser les puissances régionales s’équilibrer entre elles, n’intervenant directement que lorsqu’un acteur menace de dominer un espace stratégique clé. En clair, rester en retrait tant que possible, intervenir en dernier recours, et à moindre coût.

C’est précisément ce que Trump a tenté de faire, en rompant avec l’interventionnisme libéral qui a marqué les administrations précédentes, de Clinton à Obama. Là où ses prédécesseurs parlaient de démocratie, de droits humains et d’« ordre international fondé sur des règles », Trump parlait d’argent, de fardeau et d’intérêts. Il ne s’agissait plus de « sauver le monde », mais de ne plus le payer seul.

Son hostilité répétée à l’OTAN en est l’illustration la plus frappante. En exigeant que les alliés européens assument une plus grande part de leur propre défense, Trump ne cherchait pas seulement à faire pression budgétaire : il remettait en cause l’idée même d’une protection américaine automatique et inconditionnelle. Dans une logique d’offshore balancing, l’Europe doit être capable de se stabiliser elle-même ; les États-Unis n’ont pas vocation à être le gendarme permanent d’un continent riche et pacifié.

La même logique s’observe au Moyen-Orient. Le désengagement progressif de Syrie, la volonté de réduire la présence militaire en Irak et en Afghanistan, ou encore l’absence de guerre directe contre l’Iran malgré une rhétorique incendiaire, traduisent une même intuition : éviter l’enlisement, laisser les rivalités régionales — Iran, Arabie saoudite, Turquie, Israël — produire leurs propres équilibres, et n’intervenir qu’indirectement, par sanctions, alliances ponctuelles ou frappes limitées.

En Asie enfin, face à la Chine, Trump a privilégié une stratégie indirecte : pression économique, guerre commerciale, renforcement des alliés régionaux (Japon, Inde, Australie), sans confrontation militaire directe. Là encore, une approche typique de l’offshore balancing : contenir un rival potentiel sans s’engager dans une guerre prématurée, en s’appuyant sur les équilibres locaux.

Cependant, si Trump s’inspire de cette doctrine, il en révèle aussi les limites lorsqu’elle est appliquée sans cohérence stratégique ni langage diplomatique. Là où l’offshore balancing suppose une grande lisibilité des intentions, Trump a souvent cultivé l’ambiguïté, l’imprévisibilité et la personnalisation du pouvoir. Or, dans les relations internationales, le retrait mal expliqué peut être perçu non comme une stratégie, mais comme un affaiblissement.

En définitive, Donald Trump n’a pas inventé une nouvelle politique étrangère ; il a plutôt révélé le retour du réalisme brut, débarrassé des oripeaux moraux de l’hégémonie libérale. Son approche, inspirée de l’offshore balancing, pose une question fondamentale : les États-Unis peuvent-ils continuer à dominer le monde tout en s’en retirant partiellement ? Ou bien ce retrait ouvre-t-il la voie à un monde plus instable, où l’équilibre se fait sans arbitre ?

La réponse reste ouverte. Mais une chose est certaine : sous Trump, l’Amérique n’a pas cessé d’être une puissance impériale, laissant ainsi l’ordre voler en éclat. 

Bachir Djaïder (journaliste et écrivain)

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