Devant un concert d’indignation à propos de l’avertissement infligé au journal El Watan, je vais porter une voix discordante dans sa tonalité. Je ne pleurerai pas ni ne m’indignerai plus qu’il n’est de raison. Mon soutien envers la liberté de la presse sera au rendez-vous pour ce quotidien, comme il l’a toujours été, mais il sera mesuré car si je n’ai pas de rancune, j’ai de la mémoire (ce n’est pas de moi).
Quels que soient les griefs, nous nous devons d’être solidaires avec un organe de presse confronté à une intimidation d’un régime autoritaire qui s’en prend à la libre pensée et à son expression. Il ne doit y avoir aucune ambigüité de la part d’un démocrate.
Mais il faut dans le même temps remettre les choses dans un juste contexte des années précédentes et rester vigilants lorsque la trahison nous a déjà frappés.
El Watan avait voulu rompre avec sa ligne éditoriale d’antan, il subit maintenant le résultat d’un tel revirement. Ce journal était l’une de notre voix nationales, il osait tout et publiait tout (enfin, n’exagérons pas tout de même) jusqu’au jour où il avait choisi le silence coupable. Le combat pour la démocratie est une chose, la survie économique en est une autre, El Watan avait choisi.
Bien entendu que je préfère dire que c’est un silence coupable ou un manque de courage car cela n’ira pas jusqu’à la qualification de compromission, elle serait injuste malgré tout.
Il était l’un des porte-drapeaux de la voix de l’opposition, celle du début de notre croyance à l’aboutissement de notre combat. Certains appelaient cette nouvelle presse, la « presse indépendante », d’autres mesuraient leurs propos en la qualifiant de « presse privée ». Il n’était pas le seul, je ferais preuve d’indignité si je ne cite pas celui qui me donne la parole depuis de nombreuses années.
Avec cet événement, nous constatons la poursuite du rouleau compresseur du régime militaire contre la presse. Mais ce rouleau compresseur ne passe que sur le dos de ceux qui lui font face. Nous sommes pour notre part interdits de publication en Algérie par l’impossibilité d’accéder par Internet aux lecteurs algériens y résidant.
Aujourd’hui, El Watan ressent, non pas le glaive de la censure, mais un avertissement qui lui est réservé s’il ne continue pas son chemin docile. Nous aimerions qu’il prenne une part du lourd fardeau que nous portons sur les épaules. Il en a encore les compétences car le silence aveugle ne fait pas disparaître sa trace ancienne du combat auprès des démocrates. Je suis sûr qu’elle est certainement encore enfouie en lui-même s’il voulait bien la ressortir.
El Watan était dans ses premières années à nos côtés (enfin presque, ce qui était déjà une aide non négligeable). Nous sommes à ses côtés face à cette dure et injuste épreuve.
Nous t’ouvrons les bras, reviens, les démocrates des années 90’ te doivent quelque chose de ton aide au départ de leur aventure, ils te les ouvriront de nouveau si tu tournes le dos aux errements coupables.
Nous ne demandons pas le suicide aux journaux de l’intérieur de l’Algérie car ils sont exposés à des risques bien supérieurs aux nôtres. Nous leur demandons au moins de ne pas encenser l’action du pouvoir.
Reviens, il y a encore une place pour toi mais cette fois-ci nous serons vigilants.
Boumediene Sid Lakhdar

