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Entre les lignes de l’APS : un pouvoir qui accuse, un pays qui sombre

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Il y a quelque chose d’assez fascinant dans la façon dont ce pouvoir parle. Il accuse, il sermonne, il tonne, il moralise. Et chaque fois qu’il dit “faillite politique”, c’est comme s’il décrivait une scène qu’il refuse de voir dans son propre miroir.

L’APS a encore sorti son grand numéro : indignation officielle, termes emphatiques, rappel à la morale, discours en carton-pâte. On croirait écouter un professeur d’éthique qui donne un cours dans une classe qu’il a lui-même incendiée.

Le pouvoir désigne les partis comme responsables. Très bien. Mais quels partis ? Ceux qui n’ont plus le droit de tenir une réunion ? Ceux qui sont convoqués à la police pour avoir dit une phrase de travers ? Ceux qui savent qu’un communiqué peut les envoyer trois jours devant le juge ? Ceux qui, même proches du système, se taisent parce que parler est devenu une prise de risque ? L’opposition n’est pas muette : on l’a muselée. On n’a pas étouffé des idées ; on a étouffé des voix. Dans un pays normal, le silence d’un parti serait un message politique. Chez nous, c’est un réflexe de survie.

Pendant que le pouvoir surveille les adjectifs et poursuit les opinions, le pays, lui, agonise. La harga n’a pas disparu : elle s’est transformée. Aujourd’hui, ce ne sont plus des jeunes solitaires qui s’embarquent clandestinement, mais des familles entières qui préparent leurs enfants comme on prépare un dernier départ. Le dinar a touché le fond du fond, 300 dinars pour un euro, un record historique, mais pas du genre qu’on célèbre. Le commerce étouffe, les prix s’envolent, les salaires s’effritent, les foyers s’enfoncent, et la colère sociale gronde sous la surface comme une plaque tectonique qu’on ignore par habitude.

Et au milieu de ce désastre, le ministre de l’Économie – celui censé tenir la barque – se trompe entre le dinar et le dollar en pleine séance parlementaire. Les officiels rient. Les députés rient. Le ministre rit. Tout le monde rit, sauf ceux qui vivent dans le pays réel, celui où le prix de la semoule décide du menu de la semaine. Le message est limpide : le peuple souffre, eux s’amusent. Ils se trompent, ils rient, ils plaisantent, et la vie continue… pour eux seulement.

Ensuite arrive l’APS, comme une troupe de théâtre mal éclairée, pour annoncer que tout va bien, qu’il faut “protéger les valeurs”, “préserver l’éthique”, “défendre la stabilité”. Quelle stabilité ? Celle des frigos vides ? Celle des familles qui vendent leur mobilier pour payer le loyer ? Celle des jeunes qui prient pour que leur visa ne soit pas refusé ? Celle d’un pays où l’on peut finir en procès pour avoir écrit une phrase de trop ? La stabilité, ici, n’est qu’un autre mot pour dire : “Tais-toi”.

Le pouvoir parle de contradiction politique. Parlons-en. La contradiction politique, c’est un État qui réclame la morale en manipulant la vérité. C’est un gouvernement qui accuse des partis désarmés pendant que lui-même accumule les échecs comme on collectionne des timbres. C’est un système qui exige des comptes à ceux qui n’ont aucun pouvoir, mais n’en rend aucun à ceux qui l’ont élu – si tant est qu’il considère encore devoir des comptes.

La faillite politique n’est pas dans les discours des partis. Elle est dans le vide des actes du pouvoir. Elle est dans l’absence de gouvernance, dans l’obsession de surveiller au lieu de diriger, dans l’art de fabriquer des communiqués pour dissimuler l’absence de résultats. Elle est dans ce chaos maquillé, dans ce désordre organisé, dans cette mise en scène permanente où le peuple n’est qu’un figurant qu’on rappelle à l’ordre dès qu’il tente de parler.

La vérité est brutale : la faillite politique, c’est un État qui gouverne seul, parle seul, écoute seul, jusqu’à croire que son monologue est un dialogue.

Le pays s’effondre en silence. Le pouvoir s’indigne en bruit. Et c’est cela, précisément, la faillite.

Zaïm Ghernati

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