Frantz Fanon : Olivier Fanon recadre Kamel Daoud et pointe une lecture postcoloniale

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Frantz Fanon
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La polémique ouverte par une chronique de Kamel Daoud sur Frantz Fanon continue de susciter de vives réactions. Dans une déclaration rendue publique le 6 janvier 2026, Olivier Fanon, fils du penseur anticolonialiste, livre une mise au point ferme, mêlant rappel historique et critique politique, révélatrice des tensions persistantes autour de l’héritage fanonien.

À l’orée de l’année 2026, qui marque la clôture du centenaire de la naissance du militant anticolonial, Frantz Fanon, la figure du psychiatre martiniquais engagé aux côtés de la révolution algérienne revient au cœur du débat intellectuel. En cause : une chronique récente de Kamel Daoud, perçue par Olivier Fanon comme une remise en question récurrente, voire obsessionnelle, des choix politiques et existentiels de son père.

Dans un texte au ton volontairement incisif, Olivier Fanon dénonce ce qu’il qualifie de « catharsis » intellectuelle, reprochant à l’écrivain de multiplier les interrogations sur l’engagement de Frantz Fanon auprès du Front de libération nationale (FLN), sa rupture avec le colonialisme français et son inhumation en Algérie indépendante. Des faits que le fils du penseur rappelle comme relevant de décisions personnelles, assumées jusqu’à la fin de sa vie.

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Un rappel historique et symbolique

Olivier Fanon insiste sur un point précis : son père, connu sous le nom de guerre d’Omar Ibrahim Fanon, a vu son décès officiellement enregistré sous cette identité aux États-Unis, à Bethesda. Un détail qui, selon lui, n’est pas anecdotique mais témoigne de l’inscription pleine et entière de Frantz Fanon dans le combat anticolonial algérien.

Il rappelle également que la sépulture de Fanon se trouve à Aïn Kerma, en Algérie, dans un cimetière réservé aux moudjahidine. Un lieu hautement symbolique, qu’il oppose à ce qu’il perçoit comme une lecture détachée, voire décontextualisée, de l’œuvre et du parcours fanoniens. À travers cette précision, Olivier Fanon entend réaffirmer la centralité de l’Algérie dans l’itinéraire politique et intellectuel de son père.

Martinique, France et malentendu mémoriel

La critique se fait plus sévère lorsque le fils de Frantz Fanon évoque le déplacement de Kamel Daoud en Martinique, sur les traces de son père. Selon lui, cette démarche relève davantage d’un parcours touristique que d’une véritable compréhension historique. Il rappelle que Martinique demeure un département français, estimant dès lors illusoire d’y attendre une reconnaissance officielle comparable à celle accordée à Fanon en Algérie.

À ses yeux, cette confusion illustre un malentendu plus profond : celui d’une lecture postcoloniale qui ferait abstraction des rapports de domination toujours à l’œuvre et des choix radicaux opérés par Fanon dans un contexte de lutte armée et de décolonisation.

Mémoire, respect et fractures contemporaines

Au-delà de la polémique personnelle, la déclaration d’Olivier Fanon soulève une question plus large : celle de la gestion contemporaine de la mémoire anticoloniale. En appelant au « respect » et à la « pudeur » envers les morts, il oppose une mémoire incarnée, vécue et familiale, à ce qu’il considère comme une instrumentalisation médiatique ou idéologique.

Cette prise de position met en lumière les fractures persistantes au sein du débat intellectuel algérien et franco-algérien : entre héritage révolutionnaire, relectures critiques et tensions identitaires. Frantz Fanon, figure mondiale de la pensée anticoloniale, continue ainsi, plusieurs décennies après sa mort, de cristalliser des visions irréconciliables de l’histoire, de la France et de l’Algérie.

Samia Naït Iqbal

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