Au départ, on avait une intuition. Une gêne. Cette impression très algérienne qu’on venait de lire non pas une chronique, mais une consigne maquillée. Puis l’APS a récidivé, avec un communiqué destiné à “expliquer” sa chronique, à la justifier, à la sanctifier. Et là, ce n’était plus une impression: c’était une confirmation.
Une agence de presse qui se croit obligée de publier un communiqué pour défendre une chronique polémique vient d’avouer, sans le vouloir, qu’elle n’est plus dans son métier. Une agence est faite pour relater, pas pour s’auto-commenter. Elle est là pour produire de l’information, pas pour se transformer en avocat de ses propres emballements.
Qu’on ne triche pas avec les mots. Une agence de presse n’est pas un parti. Elle n’est pas une cellule de riposte. Elle n’est pas un comité de moralisation nationale. Elle n’a pas à distribuer des brevets de patriotisme, ni à fabriquer des ennemis intérieurs. Elle est censée faire une chose simple et difficile: donner des faits, vérifiables, datés, attribués, et laisser le débat politique aux acteurs politiques, l’opinion aux tribunes signées.
Or ici, on a le contraire: une charge longue, agressive, saturée de jugements, qui vise un parti sans le citer, en l’enveloppant d’allusions suffisamment transparentes pour que tout le monde comprenne, mais suffisamment lâches pour éviter le frontal. C’est l’art de frapper en se cachant derrière le rideau: on tire, on se retire, puis on appelle cela “chronique”.
Et comme si cela ne suffisait pas, on a vu surgir la défense la plus étrange: celle qui veut faire passer l’APS pour “la voix de l’État”. Gardons l’expression, puisqu’elle circule. Mettons-la entre guillemets pour qu’elle garde sa vraie nature: un slogan. Si l’APS est réellement cette “voix”, alors une question simple, humiliante, surgit: où est passé l’État? Où sont les institutions censées parler au nom de la République? Où sont les porte-parole, les responsables, le gouvernement, le Parlement?
Une souveraineté qui a besoin d’une chronique d’agence pour se manifester n’est pas souveraine: elle est sous assistance. Une institution solide ne délègue pas sa parole politique à un média public. Elle la porte elle-même, à visage découvert, avec signature, responsabilité et cadre légal. La souveraineté ne s’exerce ni par insinuation, ni par texte anonyme, ni par agence financée par l’argent public, censée être une base commune d’information.
Ici, le problème n’est même plus ce qui est dit. C’est ce que cela produit.
Quand un organe présenté comme “la voix” de l’État adopte un ton partisan, il ne critique pas un acteur politique: il redessine le champ du dicible. Il fixe une frontière implicite entre ce qui peut être exprimé et ce qui devient suspect. Il ne débat pas: il cadre. Il ne contredit pas: il classe. Et à force de classer, on finit par gouverner par le soupçon.
On pourra toujours prétendre que l’intention est noble: défendre la stabilité, prévenir la manipulation, protéger le processus électoral. Mais cet argument se retourne comme un gant mouillé. Un processus démocratique se protège par des règles, des garanties, de l’équité, des contre-pouvoirs. Il ne se protège pas par une rhétorique de riposte publiée par une agence publique. Quand on “protège” la politique par la plume institutionnelle, on n’est plus dans la protection: on est dans la mise au pas narrative.
Et cette mise au pas rétrécit le débat. Elle fabrique un climat où la nuance devient suspecte, où la critique est vite étiquetée, où l’opposition est traitée comme une anomalie nationale, et où le Parlement sert surtout de décor aux bilans. La démocratie devient une vitrine, et l’information une vitrine de la vitrine. On ne gouverne plus: on met en scène.
Le plus grave, dans tout cela, n’est pas l’existence d’une chronique, même médiocre. Le plus grave, c’est la logique qui suinte derrière: un pouvoir qui supporte de moins en moins l’idée qu’il existe encore, dans ce pays, des citoyens capables de penser hors du récit. Un pouvoir qui traite la contradiction comme une insolence. Un pouvoir qui se comporte, parfois, comme un enfant gâté: il veut tout, tout de suite, sans bruit, sans critique, sans gêne.
Or un chef d’État n’a pas à piétiner “les plus libres”. Il a à gouverner un peuple, avec ses contradictions, ses colères, ses fatigues, ses désaccords. Il a à protéger l’espace public, pas à le réduire.
Si nous en sommes arrivés à ce point de bascule où l’agence commente, accuse, puis se justifie, c’est qu’on a franchi un seuil: celui où la parole institutionnelle commence à sentir la propagande, et où la propagande se prend pour une vertu.
Et à ce stade, il faut le dire sans théâtre : ce système devient une plaie ouverte. Une plaie qui infecte l’économie, le social, le politique et le moral avec le mensonge, l’approximation, l’arrogance et la gestion par slogans. Une plaie qui refuse d’être soignée, et qu’on préfère parfumer à coups de communiqués.
À ceux qui tiennent réellement les rênes du pouvoir, ces cercles opaques, ces “cabinets noirs” ou quel que soit leur nom, il faut cesser de protéger l’irresponsabilité au nom de la stabilité. La stabilité ne se protège plus, elle est plus que jamais menacée.
Il ne s’agit plus d’aménager, ni de temporiser, ni de maquiller l’échec sous des communiqués. Il s’agit d’imposer une sortie politique nette, une mise à l’écart, une démission organisée, avant que 2026 ne devienne socialement explosive.
Car le danger n’est plus extérieur. Il n’est plus imaginaire. Il est intérieur, palpable, quotidien: ce sont des Algériens qui commencent à comprendre l’ampleur des dégâts économiques, sociaux, politiques et moraux causés par ce pouvoir, et qui n’accepteront pas indéfiniment d’être gouvernés par la peur, l’approximation et la propagande.
Continuer ainsi, ce n’est pas gouverner. C’est jeter le pays contre un mur et espérer que le mur cède avant la colère. Et un pays n’a pas à brûler pour sauver l’orgueil de quelques-uns.
Zaim Gharnati


« L’APS récidive… »
Encore!! Ça devient une obsession.
Heureusement que vous récidivez avec.
« Une agence de presse n’est pas un parti… Elle est censée…. : donner des faits, vérifiables, datés, attribués, et laisser le débat politique aux acteurs politiques, l’opinion aux tribunes signées.
Or ici, on a le contraire: une charge longue, agressive, saturée de jugements, qui vise un parti sans le citer…. C’est l’art de frapper en se cachant derrière le rideau: on tire, on se retire, puis on appelle cela “chronique”.
Et après, à vous deux, trois chroniques et un communiqué, on ne sait toujours pas de quel parti il s’agit; pas un petit aperçu sur ce qu’on lui reproche, même pas un petit nom, pas le moindre indice sur son identité pour chercher,…
Tout ce que l’on sait, et encore, ça date de votre précédente chronique, c’est « que vous n’avez « aucune affinité politique, idéologique ou affective avec ce parti », et on vous a cru en se disant, sur le coup de l’émotion du moment, qu’à la prochaine chronique on saura un peu plus sur l’heureux berlu en question. Mais non, toujours rien !
À se demander si ce parti n’était une sorte de d’infection religieuse contagieuse! Ou alors, toujours dans le même registre spirituel, un chaytan qu’on attirerait par la simple prononciation de son nom ?
Puisque apparemment qu’on l’ aime ou qu’on l’exécre, qu’on l’attaque ou qu’on le défende, tout le monde évite religieusement de prononcer son nom!
À la prochaine chronique si on sait toujours pas le nom de ce parti, ce sera la confirmation de la citation de Charles Baudelaire sur chaytan.