Miracle politique : le parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), longtemps convaincu que la justice française était un repaire de méchants juges rouges complotant contre lui, découvre soudain les charmes de l’indépendance judiciaire. Et ce, précisément au moment où Donald Trump envisage — hypothétiquement — de punir des magistrats français pour avoir condamné Marine Le Pen. Le timing est impeccable, presque trop.
À quelques jours de l’ouverture du procès en appel de l’affaire des assistants parlementaires du Front national, l’ombre protectrice de Washington plane sur Nanterre. Selon Der Spiegel, l’administration Trump aurait sérieusement réfléchi à sanctionner les juges parisiens coupables d’un outrage suprême : appliquer la loi à la cheffe du RN. Une révélation suffisamment crédible pour pousser le président du tribunal judiciaire de Paris à sortir de sa réserve et dénoncer une « ingérence inacceptable et intolérable ». Un terme qu’on entend rarement dans la bouche de magistrats — sauf quand le problème est grave.
Marine Le Pen, rappelons-le, n’a pas été condamnée pour délit d’opinion ou excès de franc-parler, mais pour détournement de fonds publics européens au profit exclusif de son parti. Des faits que la justice a documentés et prouvés. Autrement dit, la fille de l’ancien parachutiste tortionnaire Jean-Marie Le Pen est une délinquante en col blanc. Elle a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux fermes, cinq ans d’inéligibilité. Une décision rendue par un tribunal français, sur la base de faits établis. Mais dans l’univers parallèle du RN, cette condamnation relève évidemment de la « chasse aux sorcières », catégorie juridique récemment ajoutée au code pénal trumpiste.
Donald Trump, jamais avare en comparaisons douteuses, s’est d’ailleurs reconnu dans le destin judiciaire de Marine Le Pen, appelant à sa « libération » comme on défend un camarade de cellule injustement incarcéré par des « gauchistes européens ». Son vice-président, J. D. Vance, a complété le tableau en expliquant doctement que « ce n’est pas ça, la démocratie ». Leçon bienvenue d’un camp politique qui considère les juges comme des ennemis lorsqu’ils ne valident pas les résultats électoraux espérés.
Face à cela, le RN a publié un communiqué indigné. Le parti y dénonce une information « hautement spéculative », rappelle son attachement indéfectible à l’indépendance de la justice (clin d’œil appuyé, rire enregistré), et s’offusque que l’on ose évoquer des sources anonymes. Pathétique de ce parti qui lynché publiquement cette justice qui avait condamné sa patronne. Une pudeur méthodologique touchante pour un mouvement qui prospère depuis des années sur le soupçon permanent, l’insinuation et la délégitimation systématique des institutions.
Les experts, eux, sont beaucoup moins surpris. Les sanctions américaines contre des juges internationaux existent déjà, notamment à la Cour pénale internationale, où des magistrats — dont un Français — ont été visés pour avoir travaillé sur des dossiers déplaisant à certains alliés de Washington. Autrement dit, ce n’est ni de la science-fiction ni une rumeur de comptoir, mais une méthode politique éprouvée.
L’objectif n’est d’ailleurs pas seulement judiciaire. Il est narratif. Menacer, même implicitement, des magistrats, c’est nourrir le storytelling préféré du RN : celui d’un parti persécuté par des juges militants, empêché de « gagner » par un système corrompu. Peu importe que les faits soient têtus, les preuves abondantes et les condamnations motivées : le doute, lui, fait toujours le travail.
Et pendant que le RN crie à la manipulation médiatique, l’effet est là. Les juges travaillent sous pression, l’institution judiciaire est fragilisée, et l’idée s’installe que toute décision défavorable au RN serait forcément suspecte. Un brouillage informationnel efficace, déjà bien rodé, et désormais amplifié par un allié américain peu regardant sur les principes démocratiques — tant qu’ils ne servent pas ses intérêts.
A ce stade, la vraie question n’est donc pas de savoir si l’information est « spéculative », mais pourquoi elle est crédible. Et surtout, pourquoi elle arrange tant ceux qui prétendent aujourd’hui la dénoncer. Car au fond, le RN n’a jamais eu de problème avec l’ingérence, tant qu’elle allait dans le bon sens.
L’indépendance de la justice ? Oui, bien sûr. Mais à condition qu’elle rende les bons verdicts.
Rabah Aït Abache


Des questions il faut s’en poser, suggerez-vous. Allons-y… Puisqu’il s’agit de fric, n’est-ce pas la justement la preuve que de « democratie » que des centimes? Ca tombe bien, les agriculteurs sont a Paris et qui va voter contre eux? Macron suivi de Van Derleyen. Comment Mme Lepen changerait-elle le vote de l’UE sans changer le vote Francais? Quand a la « dimokhattia » a la francaise, vous n’avez qu’a voir ce qui se passe a Alger, derniere copie du jacobisme francais, a la difference qu’a Alger, c’est 3aynani !