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L’Etat entre dogme et citoyenneté

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La Constitution algérienne proclame l’attachement de l’État à la forme républicaine. Encore faut-il que cette proclamation soit suivie d’une cohérence réelle.

En effet, la République n’est pas un simple mot inscrit dans un texte fondateur ; elle repose, au sens philosophique et politique, sur la souveraineté du peuple, entendu comme une communauté de citoyens libres et égaux, sans distinction de croyances philosophiques, religieuses ou idéologiques. 

« La République est un idéal normatif, un projet d’émancipation » selon la philosophie politique. Elle se décline comme un ordre politique où la loi commune est produite par la raison humaine et orientée vers l’intérêt général.

Il en découle la nécessité de séparer clairement la sphère du politique de la sphère du spirituel, laquelle relève de la conscience individuelle.  C’est précisément cette séparation qui garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire. En ce sens, la neutralité de l’Etat n’est pas une option idéologique, mais la condition même de la liberté de conscience. L’État ne favorise, ne promeut ni ne sacralise aucune conception du bien. 

Lorsque l’Etat se réclame d’une religion déterminée, il franchit cette frontière, cesse d’être un arbitre impartial et se transforme en acteur idéologique, imposant implicitement une vision du monde particulière à l’ensemble de la société. 

De ce même principe découle également l’exigence d’égalité politique. Ainsi, conditionner l’accès à la candidature à des fonctions électives à des critères de compétence ou de diplôme, comme le suggère l’un des amendements dits technique actuellement en projet, revient à subordonner l’exercice de la souveraineté populaire à une sélection élitiste, en totale contradiction avec cet idéal républicain d’égalité civique.

A l’aune de ce principe cardinal, certaines dispositions de notre Constitution, au premier rang desquelles l’article 2, érigeant l’islam en religion d’État, ainsi que leurs implications en matière de critères d’éligibilité, de charges budgétaires et de programmes scolaires, méritent d’être interrogées.  

Cet article, qui ne se réduit pas à une simple observation sociologique, pose indéniablement un paradoxe majeur ; comment un État peut-il prétendre incarner la souveraineté populaire tout en reposant sur une doctrine religieuse qui, par nature, se soustrait à la délibération rationnelle et au débat démocratique ? Cette disposition érige l’Etat en acteur théologico-politique, l’entraînant dans une surenchère normative et démagogique aux conséquences bien concrètes. 

Dans cette logique, instituer un ministère des Affaires religieuses et adosser au trésor public la charge du personnel officiant dans les lieux de culte ne paraissaient manifestement pas suffisants pour le pouvoir. D’autres mesures ont ainsi été mises en œuvre afin de conforter cette démarche. 

L’abandon du week-end universel, la fermeture de facto des établissements de consommation pendant le mois de ramadhan, l’obligation à l’éducation religieuse dans l’ensemble des cycles et filières du système éducatif, le dédoublement des journées fériées religieuses, les subventions accordées à l’observation de certains rites religieux, ou encore la place démesurée conférée au fait religieux dans l’espace médiatique public illustrent clairement l’engagement de l’Etat en faveur d’une intervention grandissante dans le champ spirituel, en rupture manifeste avec l’idéal républicain proclamé. 

De manière paradoxale, la charge financière qui en découle est pleinement assumée par l’État, sous toutes ses formes, y compris par voie de subvention. Un tel soutien financier s’apparente à une utilisation détournée des contributions fiscales des citoyens dès lors que la République relègue la pratique religieuse à la sphère privée. 

C’est ainsi que le pouvoir entraine l’Etat, étape par étape, sur le chemin d’un ordre théocratique. 

En conférant à une religion une valeur normative supérieure, cette disposition constitutionnelle ouvre la voie à une législation biaisée, à une interprétation du droit orientée, et à une définition implicite de la « bonne » citoyenneté, alignée sur une identité religieuse majoritaire. Un État qui choisit une religion cesse d’être le garant des libertés pour devenir le gardien d’un dogme 

En érigeant une religion en religion d’État, la Constitution algérienne introduit une hiérarchie symbolique entre les citoyens. Même si l’égalité formelle est affirmée par ailleurs, l’imaginaire juridique et politique suggère que certains citoyens incarnent plus pleinement l’identité nationale que d’autres. Cette logique est étrangère à l’idée républicaine de citoyenneté abstraite, dans laquelle l’individu n’est reconnu que comme sujet de droit.

C’est précisément cette situation, engendrée par la disposition constitutionnelle en question, que les acteurs de la mouvance politique fasciste, qui a failli plonger le pays dans le chaos, exploitent pour nourrir leur propagande idéologique et dénier aux démocrates leurs droits politiques.

Enfin, l’adossement de l’État à une référence religieuse délimite la liberté d’expression et affaiblit la capacité critique de la société. Une république vivante est un espace de discussion, de conflit argumenté, de remise en question permanente, de perfectibilité collective. Toute sacralisation fige le débat, soustrait certaines normes à la critique et étouffe la délibération démocratique. 

Ainsi, ces dispositions constitutionnelles révèlent une ambiguïté profonde : la République algérienne se proclame comme telle, mais demeure partiellement fondée sur une logique pré-républicaine, où l’unité politique repose sur une référence identitaire imposée plutôt que sur l’adhésion libre à des principes communs. 

Hamid Ouazar, ancien député de l’opposition

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