Dans une ville saturée de discours sécuritaires, de promesses managériales et de communication institutionnelle, la candidature de Rémy Bazzali fait figure de rupture. Ouvrier dans l’aéronautique, fils d’un docker et d’une femme de ménage, grandi dans les cités des quartiers nord, il a annoncé sa tête de liste aux municipales marseillaises avec un texte frontal, sans détour ni langue de bois.
Son point de départ est simple : Marseille est aujourd’hui l’une des villes les plus inégalitaires d’Europe. Et cette inégalité n’est pas un accident, mais le produit d’une « guerre sociale » menée, selon lui, par le capitalisme. Le symbole qu’il choisit n’est pas anodin : la tour CMA CGM, fleuron de la mondialisation logistique, propriété du milliardaire Rodolphe Saadé, dressée à quelques centaines de mètres de taudis, de logements insalubres et de campements de sans-abri.
Ce contraste, Bazzali en fait un acte d’accusation. La misère, dit-il, n’est pas une fatalité mais une construction politique. Elle irrigue tout : le chômage de masse, les boulots précaires, l’effondrement des services publics, la dégradation des écoles, l’explosion des loyers et l’abandon des quartiers populaires.
Sur la question des trafics, au cœur du débat marseillais, le candidat refuse la logique dominante. Pour lui, la violence et l’économie de la drogue ne sont pas d’abord un problème policier, mais un produit direct de l’abandon social. « Les dealers pourrissent la vie des habitants, mais leur vie est déjà pourrie », affirme-t-il, pointant l’absence d’emplois, de perspectives et de politiques publiques durables. Dans cette perspective, multiplier les caméras, les opérations coup de poing ou les places de prison ne règle rien : cela ne fait que déplacer le problème sans toucher à ses causes.
C’est ici que le discours de Bazzali devient radical au sens politique du terme. Il ne parle pas de rééquilibrage budgétaire ni de réformes à la marge, mais d’une remise en cause du pouvoir économique. « L’argent existe », martèle-t-il, « il est dans les profits des grandes entreprises ». La solution, selon lui, ne peut passer que par une mise en cause directe de la concentration des richesses, jusqu’à l’expropriation des grandes fortunes.
Dans un paysage politique où les municipales sont souvent réduites à la gestion urbaine, cette prise de position tranche nettement. Rémy Bazzali ne propose pas seulement une autre politique municipale, mais une autre lecture du monde. Il assume une perspective communiste, qu’il présente non comme une nostalgie, mais comme une réponse à la crise sociale, à la destruction des vies populaires et à l’absence d’horizon pour la jeunesse.
Sa conclusion est sans doute la plus politique. Face à une génération sommée de survivre, de se débrouiller, de rivaliser ou de sombrer — voire d’être enrôlée dans des guerres qui ne sont pas les siennes — il propose une autre perspective : celle de la transformation collective du monde.
Dans une Marseille fracturée entre ports mondialisés et quartiers relégués, la candidature de Rémy Bazzali n’est pas une candidature de plus. C’est un défi lancé à l’ordre social existant. Une voix ouvrière qui refuse de se taire dans la ville des milliardaires.
Djamal Guettala

