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Me Seifeddine Makhlouf extradé par l’Algérie vers la Tunisie

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Les autorités algériennes ont pris la décision de livrer l’avocat, ancien député et président du parti Al Karama,  Me Makhlouf aux autorités tunisiennes.

La confirmation judiciaire est désormais officielle côté tunisien. Le 18 janvier 2026, un source judiciaire près du parquet du Tribunal de première instance de Tunis a annoncé que la procureure de la République a ordonné la mise en détention de l’ancien député Seif Eddine Makhlouf, à la suite de plusieurs condamnations prononcées par le tribunal de première instance et la Cour d’appel de Tunis.

Cette annonce vient confirmer les informations relayées ces derniers jours par les médias tunisiens et régionaux, selon lesquelles l’ancien dirigeant de la coalition Al-Karama aurait été remis par les autorités algériennes à la Tunisie, avant d’être immédiatement incarcéré pour exécution des peines prononcées à son encontre.

Une condamnation lourde et exécutoire

Selon l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP), Makhlouf faisait l’objet de recherches judiciaires actives en raison de décisions pénales définitives. En janvier 2026, la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Tunis l’a condamné par contumace à cinq ans de prison avec exécution immédiate.

Les autorités judiciaires tunisiennes justifient ainsi son placement en détention par l’existence de jugements exécutoires, rendus tant en première instance qu’en appel. Une lecture strictement pénale que conteste son entourage politique, qui évoque depuis plusieurs années un acharnement judiciaire à caractère politique.

Arrestation en Algérie dès juillet 2024

L’enrichissement majeur du dossier concerne un point resté longtemps flou : l’arrestation de Seif Eddine Makhlouf en Algérie ne daterait pas de 2026, mais de juillet 2024. Plusieurs médias tunisiens et étrangers avaient alors rapporté son interpellation à l’aéroport international d’Annaba, le 4 juillet 2024.

Me Makhlouf s’apprêtait à quitter l’Algérie vers Istanbul, puis Doha, où réside sa famille. Les services de la police des frontières algérienne auraient alors constaté que son passeport ne comportait ni visa d’entrée ni cachet officiel, suggérant une entrée irrégulière sur le territoire algérien.

Infractions en Algérie et cadre juridique

Toujours selon ces informations, Makhlouf aurait été présenté à un juge d’instruction algérien, qui lui aurait notifié deux chefs d’accusation : entrée illégale sur le territoire algérien et usage de document falsifié.

Les mêmes sources rappellent que l’intéressé était interdit de quitter le territoire tunisien au moment de sa fuite, ce qui renforce la thèse d’une situation pénale complexe mêlant droit commun et dimension politique.

Une coopération judiciaire assumée

Le dossier s’inscrirait dans le cadre d’une convention judiciaire bilatérale entre l’Algérie et la Tunisie, déjà invoquée par le passé, notamment lors de la remise des frères Karoui aux autorités tunisiennes. Cette coopération pose cependant une question centrale : où s’arrête l’entraide judiciaire et où commence la responsabilité politique dans la protection des opposants ?

L’Algérie, historiquement perçue comme une terre d’asile pour les opposants politiques maghrébins, se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat sensible. La remise d’un ancien député tunisien revendiquant le statut de réfugié politique alimente les critiques sur un possible glissement vers une primauté sécuritaire au détriment des libertés politiques.

Une affaire emblématique du tournant autoritaire régional

Pour les soutiens de Seif Eddine Makhlouf, son incarcération confirme l’installation durable d’un régime hyperprésidentiel en Tunisie, utilisant l’outil judiciaire pour neutraliser ses opposants. Pour ses adversaires, elle marque l’aboutissement logique d’un parcours politique jugé provocateur et dangereux.

Mais au-delà du cas individuel, l’affaire Makhlouf révèle une dynamique plus large : le rétrécissement de l’espace politique au Maghreb, la fragilisation du droit d’asile et la montée en puissance des logiques sécuritaires dans les relations interétatiques.

Une affaire qui dépasse le destin d’un homme et interroge, une fois encore, la place du droit, des libertés et de la dissidence politique dans la région.

Mourad Benyahia 

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