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Mohammed Harbi : « Révolution africaine » et l’autogestion (14)

Mohammed Harbi

Historien de premier ordre, nationaliste, Mohammed Harbi est spécialiste de l’histoire et de la vie politique de l’Algérie. Durant la guerre d’indépendance, il a occupé d’importantes responsabilités au sein de l’appareil du FLN et participe aux premières négociations des accords d’Evian.

Conseiller de Ahmed Ben Bella, il est emprisonné de 1965 à 1968. En 1971, il est mis en résidence surveillé. En 1973, il s’évade et rejoint la France où il devient professeur à l’université. Il est auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Nous vous livrons ici la 14e partie de ses entretiens vidéo.

Destin de l’autogestion

Remettre le pays en marche, la population est enthousiaste. L’enthousiasme populaire pour l’autogestion se manifeste dès le début. La question de la constitutionnalisation de l’autogestion. L’encadrement de l’autogestion: une majorité de militants de la Fédération de France du FLN; la gauche de l’UGTA écartée de la direction du syndicat. La gauche algérienne s’investit dans le mouvement autogestionnaire (M. Harbi, conseiller technique de Ben Bella pour le secteur socialiste et autogéré). Les adversaires de l’autogestion: l’armée, qui s’est approprié 70000 ha de terres; la bureaucratie de l’UGTA et du ministère de l’agriculture; la nouvelle bourgeoisie étatiste. Reflux du mouvement autogestionnaire qui est combattu férocement. Affaires de vol, de corruption. La confiance de la population en souffre.

Révolution africaine

Redonner une image attractive de la révolution algérienne. De nombreux groupes d’étrangers, militants pro-indépendantistes, sont venus participer à l’édification du pays, parmi eux des trotskistes, des communistes, des chrétiens de gauche… Accueil des mouvements de libération africains. Ben Bella un leader tiers-mondiste. L’hebdomadaire Révolution africaine est créé sur décision du bureau politique du FLN. Il est d’abord dirigé par Jacques Vergès, proche de Khider et du bureau politique, et réservé sur l’autogestion. À la demande de Ben Bella en conflit avec Khider et Bitat, M. Harbi en prend la direction (mai 1963 à août 1964): un contenu algérien; défense de l’autogestion; anticapitalisme, internationalisme; une place importante donnée à l’Afrique et aux luttes indépendantistes. Protestations des représentants chinois et soviétiques contre l’hebdomadaire. Dénonciation de faits de corruption dans les entreprises. Une méconnaissance totale du problème ethnique (kabyle) par Ben Bella. En août 1964, Révolution africaine est repris en main par A. Ouzegane qui l’infléchit vers l’arabo-islamisme.

La gauche

La gauche, dont la «gauche du FLN», est une nébuleuse. Une conception globale et des positions sur toutes les questions politiques et sociales. Sa force est dans l’expression. Des journaux, dont El Moudjahid en français et en arabe, Le Peuple sont dirigés par des hommes de gauche, des laïcs. Mais ses forces sont faibles. Le PCA prend tout le mouvement étudiant. M. Harbi souhaite unir toute la gauche. Il subit des menaces outre plusieurs tentatives de déstabilisation. Le tournant du congrès d’avril 1964: offensive des conservateurs anticommunistes et des arabo-islamistes; propagande chauvine, xénophobe, anti-pieds-rouges; la gauche perd beaucoup de ses positions. La mobilisation populaire a été cassée à ce moment-là.

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