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Orang Gholi Khani : « Faire rayonner la culture persane en France, c’est transmettre un héritage vivant »

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Arrivé en France à 18 ans, Orang Gholi Khani est devenu un passeur d’une culture riche et plurielle. Informaticien de formation, il a choisi de se tourner vers la médiation culturelle pour permettre à la diaspora iranienne et au public français de découvrir la profondeur de la culture persane.

À travers sa page Le Miroir Persan, créée en 2011, il relaie des articles, organise des événements bilingues et met en lumière la poésie, la musique, le théâtre et l’art iranien. Il revient pour le Matin d’Algérie sur ses motivations, les défis de cette mission culturelle et ses projets pour faire vivre un héritage millénaire hors des frontières de l’Iran.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a conduit à créer Le Miroir Persan ?

Orang Gholi Khani : Je m’appelle Orang Gholi Khani, je suis né à Téhéran. Je suis venu en France en 1979, à l’âge de 18 ans, pour poursuivre mes études. J’ai d’abord appris le français, puis j’ai fait des études supérieures dans le domaine de l’informatique industrielle. Par la suite, j’ai travaillé dans différentes sociétés informatiques. Au fil des années, le nombre d’Iraniens en France a augmenté et, lorsque j’ai eu des enfants, j’ai pris conscience que la deuxième génération d’enfants d’origine iranienne allait grandir en France sans forcément avoir accès à la culture persane. J’ai donc décidé de créer cette page culturelle pour les tenir informés de leur culture d’origine via des articles et des événements bilingues. Par ce biais, des Français curieux pouvaient également découvrir la culture persane, qui est encore très peu connue en France. C’est ainsi que, le 27 décembre 2011, j’ai créé la page Le Miroir Persan.

Le Matin d’Algérie : Selon vous, qu’est-ce qui rend la culture persane unique et mérite d’être connue en France ?

Orang Gholi Khani : Il est souvent dit que « la culture persane est pour l’Orient ce que la culture grecque est pour l’Occident ». C’est une culture qui a structuré l’Orient pendant des milliers d’années avant l’arrivée de l’Islam, comme la culture grecque a structuré l’Occident avant le christianisme. Le premier empire perse a été créé il y a 3 000 ans, et depuis, la culture perse n’a cessé de s’enrichir au contact des différentes cultures d’Orient telles que la culture chinoise, égyptienne, arménienne ou turque. À ce titre, elle mérite d’être connue et étudiée. Malheureusement, les Français, à part une minorité d’experts, la connaissent mal. Quand ils pensent à l’Iran, ils imaginent souvent un désert comme dans Lawrence d’Arabie, une cuisine proche de l’Afrique du Nord, ou croient que les Iraniens parlent arabe. Depuis les années 1980, le tourisme mondial s’est fortement développé grâce à la démocratisation des vols aériens, mais l’Iran, pour des raisons politiques, est resté à l’écart. Peu d’Occidentaux y ont voyagé pour mieux connaître ce pays. Cette culture perse, notamment sous les empires achéménides, parthe et sassanide, a profondément influencé non seulement l’Orient mais aussi l’Occident, notamment à travers les échanges commerciaux sur la Route de la Soie, et dans les domaines de l’art, de l’architecture, de la philosophie et des sciences.

Le Matin d’Algérie : Parmi les événements que vous avez organisés, y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué ?

Orang Gholi Khani : Nous n’organisons pas beaucoup d’événements, à part des nuits de poésie bilingues que nous avons intitulées : « Les Mille et Une Nuits de poésie persane à Paris ». Depuis 2014, nous en avons organisé dix-sept. Elles sont toujours bien accueillies, mais par un cercle restreint du public. Je pense que la soirée la plus appréciée a été celle consacrée à Forough Farokhzad. À part cela, l’idée de la page Le Miroir Persan est d’être le reflet de la culture persane dans le monde francophone. Nous relayons toutes les informations publiées dans les médias francophones sur l’Iran, sans parti pris politique. Le public est toujours très touché lorsque les droits des femmes progressent en Iran, ou que des artistes et cinéastes iraniens rencontrent un succès international.

Le Matin d’Algérie : Comment vos activités favorisent-elles le dialogue entre la communauté persane et le public français ?

Orang Gholi Khani : Nous nous adressons à un public francophone, notamment aux enfants de la deuxième génération nés en France. S’ajoutent les personnes mariées avec des Iraniens et les Français qui connaissent l’Iran pour y avoir voyagé.

Beaucoup d’associations iraniennes ont été créées par la diaspora et organisent des événements culturels. En faisant la promotion de ces initiatives, la page joue un rôle de fédérateur et d’amplificateur. J’espère ainsi soutenir ces actions qui rapprochent les différentes générations et leurs amis français, lesquels découvrent les multiples facettes de la culture persane.

Le Matin d’Algérie : Comment choisissez-vous les aspects de la culture persane à mettre en avant ?

Orang Gholi Khani : Nous mettons en avant toutes les formes d’arts persans, qu’elles soient classiques ou modernes. Notre seul critère est que l’œuvre, l’événement, l’exposition ou l’article soit compréhensible par un public francophone. Pour la musique, la peinture et la sculpture, il n’y a pas de barrière de langue. Pour les livres, le cinéma, le théâtre ou les conférences, nous nous assurons qu’il y ait une traduction ou un sous-titrage.

Le Matin d’Algérie : Pouvez-vous partager un exemple qui illustre la force de la culture persane ?

Orang Gholi Khani : Après la mort de Mahsa Amini, un mouvement de protestation sociale s’est déclenché. Ce mouvement a été accompagné de nombreuses œuvres artistiques et poétiques qui ont aidé à sa visibilité et à son succès. Parmi elles, la chanson Barayeh a fait résonner à jamais le slogan « Femmes, Vie, Liberté », ainsi qu’une version persane de Bella Ciao. Cela montre que dans la culture persane, tout est imprégné de poésie. La force de la poésie est telle que personne ne peut l’arrêter en Iran.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle jouent les réseaux sociaux et votre newsletter Reflets du Miroir Persan dans votre mission culturelle ?

Orang Gholi Khani : Avant Internet et les réseaux sociaux, il était difficile de suivre toutes les initiatives des petites associations. Les médias français ne pouvaient pas couvrir tous les événements concernant les diasporas. Aujourd’hui, il est possible d’informer rapidement des milliers de personnes avec un coût proche de zéro, grâce au temps investi bénévolement sur ces plateformes. Cette évolution a profondément transformé la manière dont la diaspora iranienne en France maintient le lien avec sa culture et ses initiatives culturelles et politiques.

Le Matin d’Algérie : Quels sont les défis et les surprises que vous rencontrez pour faire vivre cette culture loin de l’Iran ?

Orang Gholi Khani : Avec l’arrivée à l’âge adulte de la deuxième génération et les vagues de migration successives, le nombre d’Iraniens francophones n’a cessé d’augmenter, aussi bien en France qu’au Québec, en Belgique et en Suisse. À cela s’ajoutent d’autres pays persanophones comme l’Afghanistan et le Tadjikistan, ce qui a conduit à plus d’événements et d’articles culturels. C’est une très bonne surprise, car la fédération de tous ces pays francophones et persanophones crée une forte présence culturelle. Cela représente aussi un défi pour Le Miroir Persan, qui doit continuer à couvrir cette activité. Pour le moment, je porte seul cette tâche, avec un réseau d’amis. Nous devons envisager de changer d’organisation sans perdre l’âme de la page.

Le Matin d’Algérie : Travaillez-vous en collaboration avec des artistes ou écrivains persans en France ?

Orang Gholi Khani : En promouvant différents artistes, écrivains et musiciens persans en France, nous avons gagné leur reconnaissance. Ils nous informent de leurs activités. Jusqu’à aujourd’hui, nous étions surtout un média relayant des informations, à l’exception des Nuits de Poésie. Cette année, nous avons créé une structure associative à Issy-les-Moulineaux et travaillons sur des projets culturels et théâtraux avec les associations locales.

Le Matin d’Algérie : Enfin, quel est votre rêve pour Le Miroir Persan dans cinq ans ?

Orang Gholi Khani : J’aimerais trouver des jeunes qui pourraient m’aider et reprendre le flambeau après moi. Mon rêve serait de trouver des financements pour créer un centre culturel où l’on pourrait accueillir des artistes et organiser des événements comme des concerts, des expositions et des conférences.

Entretien réalisé par Djamal Guettala

Le Miroir Persan

www.facebook.com/Lemiroirpersan

http://www.lemiroirpersan.com/

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