En ajournant l’ouverture de la session parlementaire en dehors du cadre constitutionnel, Abdelmadjid Tebboune illustre une présidence qui s’arroge le droit de remodeler les règles à sa convenance. Face à cette dérive, un Parlement défaillant, privé de toute autonomie, confirme son rôle d’institution docile plutôt que de véritable contre-pouvoir.
Eu égard des dérives autoritaires et du mépris souverain des textes fondamentaux du pays, qu’on ne s’étonne pas que Tebboune ne triture la Constitution pour avoir un 3e mandat.
« Pour l’avoir connu comme wali et ministre de Bouteflika, Tebboune était sans consistance et poigne se croit désormais investi d’une mission presque divine », glisse une ancienne connaissance du locataire d’El Mouradia. C’est dire !
Quelques jours à peine après la nomination d’un Premier ministre par intérim, un acte contraire à la constitution, la présidence et les instances dirigeantes du Parlement affichent un mépris assumé des délais constitutionnels.
En effet, l’Algérie connaît une fois encore, une violation manifeste de sa Loi fondamentale : l’ouverture de la session parlementaire 2025–2026, prévue par l’article 138 de la Constitution pour « le deuxième jour ouvrable du mois de septembre », n’aura pas lieu conformément au calendrier parlementaire convenu.
Selon les déclarations du député Abdelwahab Yagoubi (MSP), aucune convocation officielle n’a été adressée aux députés à deux jours de l’échéance constitutionnelle, alors que des informations officieuses fixent la première séance plénière au 15 septembre.
Au-delà du simple retard, c’est le principe même du respect de la Constitution qui est une nouvelle fois mis en cause. Car la loi fondamentale ne laisse aucune marge d’interprétation : la session doit démarrer début septembre et durer dix mois. Retarder son ouverture pour des raisons de « cérémonial protocolaire » n’a aucun fondement juridique.
Un Parlement réduit à un médiocre décor
Dans ce contexte de dérives répétées, où le texte constitutionnel apparaît davantage comme une variable d’ajustement politique que comme une règle contraignante, les rares voix discordantes peinent à se faire entendre. L’opposition parlementaire, marginalisée, n’a qu’un écho limité, tandis qu’une majorité résignée semble avoir accepté la mise entre parenthèses du rôle du Parlement, renforçant ainsi l’image d’élus en « vacances permanentes », incapables d’exercer un véritable contrôle sur l’exécutif.
Dès lors, la question soulevée par ce nouvel ajournement dépasse largement le cadre juridique : qui, parmi les parlementaires des deux chambres, peut réellement s’émouvoir d’un tel dépassement quand l’institution n’a jamais assumé sa mission de contre-pouvoir ?
Dans un système où la verticalité de la décision s’impose à toutes les institutions, le report de l’ouverture de la session parlementaire illustre, plus clairement que jamais, le déclassement de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation, réduits à un simple décor institutionnel.
Un signal ignoré
La dénonciation d’Abdelwahab Yagoubi a le mérite de rappeler que le respect de la Constitution ne saurait être une option. Mais peut-elle, à elle seule, réveiller des consciences politiques assoupies ? Rien n’est moins sûr. Car l’acceptation tacite de ces entorses répétées traduit la soumission d’une classe politique à un exécutif qui s’arroge le droit d’interpréter et de remodeler les règles du jeu à sa convenance.
Chaque jour qui passe conforte cette constante dans la pratique des présidents qui se sont succédé au pouvoir en Algérie : la Constitution demeure, plus que jamais, un texte de référence symbolique, rarement un cadre contraignant.
Sofiane Ayache