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Pauline Ongono : « Faites de vos enfants vos alliés pour qu’ils lisent »

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Depuis sa création en 2022, Acolitt s’est affirmée comme un acteur essentiel de la scène littéraire africaine et de la diaspora. Sous la direction de Pauline M. N. Ongono, présidente d’Acolitt, bibliothécaire, communicatrice littéraire, organisatrice d’événements et relectrice, cette association réunit autour du livre une multitude de compétences : gestion de bibliothèques, relecture, traduction, communication et promotion littéraire, écriture et organisation d’événements.

Acolitt ne se limite pas à la simple diffusion des ouvrages : elle forme, accompagne, fédère et crée des ponts entre auteurs, traducteurs, éditeurs et lecteurs sur plusieurs continents. Salons virtuels internationaux, ateliers, coachings personnalisés… chaque initiative vise à construire une communauté littéraire dynamique, où chaque maillon de la chaîne du livre est reconnu et valorisé.

Dans cet entretien accordé au Matin d’Algérie, Pauline Ongono revient sur les défis de l’édition africaine, le rôle de l’autoédition, l’impact du numérique et la nécessité de professionnaliser tous les métiers du livre, du relecteur au diffuseur.

Le Matin d’Algérie : Qu’est-ce qui vous a motivé à créer Acolitt et comment cette association a-t-elle évolué depuis sa fondation ?

Pauline M. N. Ongono : Acolitt est un projet qui a été nourri dès l’instant où j’ai décidé de quitter les quatre murs de la bibliothèque pour faire encore plus pour le livre. C’était en 2019. Elle verra le jour le 14 janvier 2022. Le but était de mettre dans un seul vase toutes mes compétences autour du livre (gestion des bibliothèques, relecture, transcription, communication et promotion littéraire, écriture de scénarios, organisation des événements littéraires…). Puis j’ai associé d’autres compétences, notamment la traduction.

Le Matin d’Algérie : Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels la chaîne du livre au Cameroun et en Afrique est confrontée aujourd’hui ?

Pauline M. N. Ongono : Il existe plusieurs problèmes. Toutefois, comme d’habitude, je plaide pour une meilleure diffusion du livre, car pour moi c’est l’un des plus gros défis. Que le livre soit trouvé partout — surtout le livre physique. Et c’est en cela que je ne cesserai de féliciter le travail fou et le combat permanent que mènent le GVG (Grand Vide-Grenier Cameroun) dans le secteur de la diffusion, ainsi que tous les diffuseurs. Il est vrai que tout ceci a un coût pas toujours accessible, mais vu qu’écrire est un projet, y penser fait toujours du bien.

Le Matin d’Algérie : L’autoédition se développe rapidement, mais souvent sans cadre professionnel. Quels conseils donneriez-vous aux auteurs qui se lancent dans ce circuit ?

Pauline M. N. Ongono : Il n’est pas vrai de penser que l’autoédition se déroule sans cadre professionnel. Elle n’est peut-être pas reconnue par plusieurs textes, ce qui lui interdit certains avantages, mais pour avoir déjà collaboré avec des « autoédités », je peux vous assurer que ce sont des personnes qui respectent la chaîne du livre et ses professionnels. Du relecteur — et je parle de relecture rigoureuse — à la communication, ils mettent le paquet.

Autre chose : vu les livres édités qui paraissent avec beaucoup de fautes, qui restent dans les tiroirs après le « vient de paraître », l’autoédition est-elle vraiment celle à regarder d’un œil mauvais ? NON.

Le Matin d’Algérie : Comment Acolitt contribue-t-elle à professionnaliser les différents maillons de la chaîne du livre ?

Pauline M. N. Ongono : À travers nos différents ateliers et coachings personnels, nous apportons notre pierre à l’édifice. Et ces coachings vont en direction de toute la chaîne : comment relire, comment se comporter quand on est face à un auteur, comment et pourquoi traduire, les attitudes à adopter…

Le Matin d’Algérie : Pourquoi la relecture et la correction sont-elles cruciales et pourquoi sont-elles souvent négligées ?

Pauline M. N. Ongono : Le côté crucial de la relecture et de la correction est une évidence ! Même à l’école, les enseignants demandent de lire à nouveau sa copie avant de la remettre. Cependant, il faut penser à payer un professionnel pour cette tâche ! Un ami, un parent… peuvent aider parfois, s’ils ont les compétences nécessaires. Car la relecture va au-delà des virgules, des mots mal orthographiés… Il s’agit de construction et de déconstruction du texte, sur la base des propositions logiques soumises à l’auteur. Et c’est là que le troisième œil, le relecteur professionnel, prend place. Il regarde la construction des personnages, la cohérence…

Le Matin d’Algérie : Comment rapprocher les jeunes de la lecture dans un monde saturé par les écrans et les contenus numériques ?

Pauline M. N. Ongono : C’est simple ! Faites de vos enfants vos alliés pour qu’ils lisent. Ils ont une tablette ? Prenez-leur un abonnement, par exemple sur la plateforme ADINKRA, où vous aurez un contenu varié de livres africains pour enfants. Vous souhaitez qu’ils lisent du papier ? Plusieurs éditeurs proposent des livres très intéressants et bien faits. Au Cameroun, je vais citer les Éditions Éclosion, les Éditions Adinkra Jeunesse, les Éditions Akoma Mba, les Éditions Thanks, les Éditions de Midi, et la liste n’est pas exhaustive. Alors achetez des livres à vos enfants, accompagnez-les à des foires du livre, inscrivez-les à la bibliothèque… et vous-mêmes, parents, lisez. Lisez avec vos enfants. Créez des jeux qui incluront le livre… Nous sommes disponibles pour des coachings, en ligne comme en présentiel, dans ce sens .

Le Matin d’Algérie : Vos salons du livre virtuels réunissent des participants de plusieurs continents. Quels impacts concrets observez-vous sur la scène littéraire africaine ?

Pauline M.N. Ongono : L’une de mes capacités a toujours été la communication et la promotion littéraire. Pourquoi j’ai commencé à la mener en 2016 ? Parce que je m’étais rendu compte que les acteurs du livre n’étaient pas connus en dehors de leurs cercles d’activités habituelles. Mon but a toujours été de faire connaître des X et des Y ailleurs que chez P ou G. J’ai toujours voulu qu’il se crée une belle communauté autour des livres. D’où la mise sur pied de nos salons virtuels.

Je tiens à préciser que ces salons ne concernent pas uniquement l’Afrique. Ils concernent tout le monde. Nous avons déjà eu des panélistes de France, du Canada, de Pologne, d’Espagne… Et pour rappel, ces salons sont :

– le Salon du Promoteur Littéraire Online (SAPLO), depuis 2024

– la Semaine du Critique Littéraire Online (SECRILO), depuis 2025

– la Readers and Translators Week Online (RTWO), depuis 2024

Comment y participer ? Il suffit de suivre nos pages et de remplir le formulaire de l’appel à panélistes le moment venu. En outre, nous avons mis sur pied une chaîne YouTube (@ACOLITT) dans laquelle vous pourrez revivre tous les échanges de ces salons, mais aussi nos échanges mensuels dénommés « Ça DayLivre », et bien d’autres.

Avoir des dizaines de panélistes de divers pays, de divers continents et de divers maillons de la chaîne du livre à chaque édition ouvre des possibilités infinies de collaborations. Et c’est ce qui se passe : plusieurs collaborent grâce à ces ponts, plusieurs bénéficient de visibilité, certains trouvent même des emplois grâce aux attestations de participation que nous délivrons.

Le Matin d’Algérie : Le Salon du Livre de la Lekié (Salilek) se prépare. Quels objectifs poursuivez-vous avec cet événement ?

Pauline M.N. OngonoLe département de la Lekié, non seulement c’est mon département d’origine, mais c’est aussi celui de Joël Célestin Bobo, fondateur du Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture avec qui nous coorganisons le Salilek. C’est aussi un territoire chargé d’histoires et d’auteurs, mais qui, malgré sa proximité avec la capitale, ne connaît pas un véritable épanouissement littéraire.

Notre objectif est donc de déconstruire l’image du livre auprès des populations de la Lekié, peu importe l’âge, et bien sûr dans le respect de la loi en vigueur concernant notre secteur.

Le Matin d’Algérie : Quels types de partenariats Acolitt cherche-t-elle à développer ?

Pauline M.N. OngonoAcolitt est disponible et accepte les partenaires qui touchent au livre, peu importe le pays ou le continent.

Le Matin d’Algérie : Comment détectez-vous et accompagnez-vous les jeunes talents littéraires africains ?

Pauline M.N. OngonoNos ateliers n’attendent que vous.

Le Matin d’Algérie : Quel rôle joue le numérique dans la promotion de la littérature africaine et dans la formation des acteurs du livre ?

Pauline Ongono : Le numérique joue un énorme rôle dans la promotion de la littérature en général, pas seulement africaine. Nos salons littéraires virtuels constituent des preuves.

Avec le numérique, on sort, à coup sûr, de sa zone de confort et on se fait connaître par d’autres. C’est pour cette raison que chez ACOLITT, le numérique est l’une des matières premières.

Le Matin d’Algérie : Si vous deviez adresser un message à tous les auteurs, bibliothécaires, éditeurs et lecteurs africains, que leur diriez-vous pour renforcer l’impact de la littérature africaine ?

Pauline M.N. Ongono : Soyez professionnels et consciencieux.

Entretien réalisé par Djamal Guettala 

Liens

https://www.acolitt.com

https://www.linelitt.wordpress.com

https://youtube.com/@acolitterature?si=PUeeAGa-dPqQpyhn

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