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Roberto De Zerbi, le football comme fidélité à soi-même

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Pour comprendre Roberto De Zerbi, il faut revenir à Brescia, aux tribunes du stade Mario-Rigamonti, et à une enfance où le football représentait bien plus qu’un jeu.

Dans cette ville du nord de l’Italie, au sein d’une famille modeste, le jeune De Zerbi construit un lien viscéral avec le ballon, mélange de passion populaire, de dignité sociale et de fidélité aux siens, qui irrigue aujourd’hui encore son discours d’entraîneur.

Dans Le football selon Roberto De Zerbi, éditions Marabout 2025 Salim Lamrani ne se contente pas de retracer une carrière. Il éclaire une construction humaine. Le futur entraîneur de l’Olympique de Marseille grandit avec un père fervent supporter, actif dans la tifoseria locale. « À la maison, on parlait et on mangeait football », se souvient De Zerbi. Le stade devient une école de la vie, la rue forge le caractère, et très tôt, le football cesse d’être un simple loisir : il devient promesse et responsabilité.

Lorsque son père perd son emploi, l’équilibre familial vacille. La maison est vendue, la vie bascule. Adolescente, De Zerbi comprend que le football peut être un levier de réparation sociale : « Je savais que grâce au football, je pouvais redonner de la dignité à mon père et à ma mère. » Cette idée ne le quittera jamais : jouer, c’est représenter les siens, les supporters, une ville. Pendant 90 minutes, offrir fierté et bonheur à ceux que la vie n’épargne pas.

Un talent brut, un caractère volcanique

Repéré très jeune, De Zerbi rejoint le centre de formation du Milan AC, l’un des plus prestigieux d’Europe. Sur le terrain, son pied gauche impressionne : Mauro Tassotti, légende milanaise, dira de lui qu’il était « le plus talentueux de tous les jeunes que je dirigeais ». Mais déjà, un autre trait se dessine : un tempérament entier, parfois excessif.

De Zerbi n’en dissimule rien. Il évoque un jeune joueur impatient, exigeant, incapable de tolérer l’injustice : « Quand je ne me sentais pas respecté, mes réactions pouvaient être excessives. » Cette franchise traverse tout le livre et est l’une des forces du travail de Lamrani : De Zerbi n’est jamais présenté comme un héros lisse, mais comme un homme traversé de contradictions.

Sa carrière de joueur, solide sans être brillante au plus haut niveau, le mène dans de nombreux clubs de divisions inférieures. Le tournant survient à Foggia, sous les ordres de Pasquale Marino, adepte d’un football offensif et audacieux. Là, De Zerbi se sent compris, joue, crée, rayonne. « C’est à Foggia que je suis né en tant que footballeur », confie-t-il. Le jeune Lombard y gagne un surnom : Luce, la lumière.

Maradona, la dignité et le sens du jeu

Le livre prend une dimension plus large lorsqu’il aborde l’admiration de De Zerbi pour Diego Maradona. Ce n’est pas seulement le joueur qui le fascine, mais l’homme, capable de parler au peuple, de dénoncer les injustices et d’assumer ses prises de position. Ce lien entre football, identité et dignité populaire résonne avec son propre parcours.

À Naples, porter le maillot du club de Maradona est un rêve d’enfant, mais l’expérience est exigeante. La pression est extrême, la solitude palpable, le système de jeu parfois étranger à ses qualités. Les blessures, les désaccords avec certains entraîneurs, les décisions de carrière parfois dictées par l’orgueil : rien n’est édulcoré.

L’exploit ailleurs, la révélation en soi

C’est paradoxalement loin des projecteurs, en Roumanie, au CFR Cluj, que se produit un déclic. De Zerbi y retrouve le plaisir de jouer, remporte des titres, découvre d’autres cultures footballistiques. Surtout, il commence à observer le jeu autrement. Seul, loin de sa famille, il étudie le Barça de Guardiola et comprend que sa voie ne sera pas seulement sur le terrain, mais sur le banc : « Je savais que j’allais devenir entraîneur. » La phrase sonne comme une intuition née d’une carrière marquée par des limites, des frustrations, mais aussi par une curiosité permanente pour le jeu.

Le regard de l’auteur

Salim Lamrani réussit ici un équilibre rare. Son écriture est empathique, mais jamais aveugle. Il laisse toute sa place à la parole de De Zerbi tout en structurant le récit autour de thèmes forts : dignité, loyauté, refus de l’injustice, fidélité aux origines. Le football devient un prisme pour parler de caractère, de responsabilité et d’engagement.

On comprend mieux l’entraîneur que Marseille a choisi : un technicien certes, mais aussi un homme qui voit dans le jeu une manière d’exprimer ce qu’il est. Comme il le dit : « Le football est une façon d’exprimer qui je suis. » Le terrain prolonge la vie, le jeu devient miroir de l’histoire personnelle, et c’est peut-être là que réside la clé de ce livre.

Djamal Guettala

Salim Lamrani est docteur de Sorbonne Université et professeur des universités, spécialiste de l’histoire de l’Amérique latine. Il a également été l’interprète de Marcelo Bielsa de 2017 à 2019, et a exercé les fonctions de médiateur et de psychologue au sein de l’équipe professionnelle de football de Leeds United. Il est l’auteur du livre Le football chez Marcelo Bielsa, publié aux éditions Marabout.

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