Le 21 janvier 2026, à Marseille, la fédération des Bouches-du-Rhône du Parti communiste français (PCF 13) a rendu public un communiqué appelant à une mobilisation urgente en solidarité avec les Kurdes de Syrie.
En cause : l’offensive militaire menée depuis la mi-janvier dans le nord-est syrien contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), colonne vertébrale de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), plus connue sous le nom de Rojava.
Cette nouvelle phase de la guerre syrienne intervient dans un contexte explosif. Le gouvernement transitoire dirigé par Ahmed al-Sharaa — ancien chef de Hayat Tahrir al-Sham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda — a engagé une opération militaire visant à reprendre le contrôle des territoires tenus depuis des années par les FDS : Hassaké, Raqqa, Deir ez-Zor et les environs de Kobané.
Officiellement, Damas invoque l’unité nationale et la nécessité de réintégrer ces zones dans le giron de l’État syrien. Côté kurde, l’opération est perçue comme une tentative de démantèlement pur et simple d’une expérience politique autonome, démocratique, féministe et multi-ethnique sans équivalent dans la région.
Les combats ont été particulièrement violents autour de Kobané, ville symbole de la résistance kurde face à l’État islamique en 2014-2015. Bombardements de zones civiles, sièges de prisons abritant des milliers de combattants de Daech — notamment à Al-Aqtan — et risques avérés d’évasions massives de djihadistes ont ravivé les inquiétudes sécuritaires bien au-delà de la Syrie. Un cessez-le-feu fragile, annoncé autour des 18-19 janvier, reste précaire, ponctué de violations et de négociations tendues entre Mazloum Abdi, commandant des FDS, et Ahmed al-Sharaa.
Dans son communiqué, le PCF 13 parle sans détour d’« agression djihadiste », dénonçant une résurgence de Daech facilitée par des forces affiliées au pouvoir syrien, avec le soutien implicite de la Turquie, farouchement opposée à toute autonomie kurde. Les communistes marseillais accusent également la communauté internationale — France et Union européenne comprises — de passivité, voire de complaisance, rappelant les sacrifices immenses consentis par les combattants et combattantes kurdes dans la lutte contre l’organisation terroriste.
Le PCF appelle la France à agir auprès de la Coalition internationale anti-Daech pour garantir la sécurité des populations civiles, stopper les attaques et imposer une solution politique respectueuse des droits du peuple kurde au sein d’une Syrie unifiée.
Cet appel se concrétise par un rassemblement prévu le jeudi 22 janvier à 14 h à Marseille, sous le slogan : « Non à l’agression djihadiste. Solidarité avec le peuple kurde ».
Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large en Europe. À Paris, des rassemblements ont réuni élus de la gauche radicale et écologiste, tandis que la diaspora kurde dénonce un nouvel « abandon » occidental. Paris affirme pourtant maintenir le contact, Emmanuel Macron ayant évoqué des échanges directs avec al-Sharaa en faveur d’un cessez-le-feu durable.
Le Rojava incarne une alternative politique qui inspire nombre de progressistes du monde arabe : démocratie locale, égalité femmes-hommes, coexistence des identités. Son combat contre Daech a aussi contribué à contenir une menace terroriste globale. Face à la possible restauration d’un pouvoir central autoritaire aux accents islamistes, l’appel du PCF 13 rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’internationalisme n’est pas un slogan, mais une nécessité politique.
Dans un Moyen-Orient en recomposition, où les équilibres régionaux influencent directement les flux migratoires et la sécurité européenne, la situation au Rojava reste un test majeur. Le cessez-le-feu est fragile, les prisons de Daech demeurent une bombe à retardement, et le silence international pourrait coûter cher. La solidarité avec les peuples opprimés et la vigilance face aux menaces djihadistes ne relèvent pas du passé : elles sont plus que jamais d’actualité.
Mourad Benyahia

