Le pays est sale. Sale au point de nous noyer en chœur dans des égouts. Comme un funeste destin d’un peuple qui plonge, englouti par ce qu’il a lui-même produit, rejeté et refusé d’assumer. Sale à asphyxier le ciel de plastique et à boire le choléra à grands flots.
Le pays est malade, infecté par ceux qui l’habitent. Ils l’empoisonnent, le torturent, se vengent de sa terre et de sa mer qui les empêchent de fuir. On lui inocule nos rages et immondicités jusqu’à la septicémie. Et on y sédimente les strates d’un mal-être infini qui nous ronge collectivement. Tel un marqueur laissé aux archéologues du futur d’une société qui s’est éteinte, étouffée par ses incuries et ordures.
Toi, tu sais que les pourtours des immeubles sont des dépotoirs pour des mains déprimées, incapables de prendre l’escalier et d’accompagner une simple poubelle du soir. Tu sais que dans le noir, le rustre voisin catapulte son sac d’ordures par la fenêtre. Tu l’as vu nourrir les rats qui vivent leur âge d’or dans l’opulence des déchetteries sauvages qui s’étendent le long des villes et douars-carcasses. Tu as vu le mioche balancer le « zbel » dans le ravin. Tu as vu le transporteur renverser son contenu sur le sentier de la forêt qui menait autrefois aux caves du colon.
Mais tu ne dis rien ! Pas parce que tu ne vois pas, mais parce que tu l’as peut-être, toi-même, déjà fait. Ou un proche parent ? Et tu leur trouves des excuses : c’est loin, c’est fatigant, c’est la faute à l’État. La vérité, c’est que tu ne dis rien parce que tu t’en accommodes. L’odeur ne te répugne plus. Les rats font partie du village et les sangliers, des populations domestiques. La banalisation du crime propage le crime. Après tout, c’est le travail de la mairie, du wali, du président ? Le boulot des camions rouillés du douar, de ramasser ce que tu as partout semé et refuses de voir !
Presque personne ne se demande où vont les camions chargés de rats et de matières putrides ? Où stockent-ils autant de fiel ? Sachant que les ordures sont partout et qu’elles ont depuis longtemps dépassé les capacités de résilience du pays. Oui, il existe des aires de stockage dédiées aux déversements de déchets dans chaque ville, qui attendent d’être brûlés à l’air libre. Du plastique aux ordures ménagères, en passant par les huiles industrielles et les pneus : tout brûle, oui, mais ruisselle, percole et se transforme… en poison !
Les nappes phréatiques, les sources, les ruisseaux, les puits, l’eau que tu bois et qui irrigue tes fruits et légumes se chargent de matières dangereuses, de métaux lourds et de polluants éternels. Les champs, le ciel, l’air que tu respires : tout te revient comme un écho d’une mort lente et certaine. Un boomerang d’une pollution assumée, chargée de métastases.
La saleté a dévoré les creux et les bosses, les arbres et les oueds. Tu ne réagis plus parce que tu es un complice sous hypnose d’une incroyable réalité. Dévitalisé par l’ampleur du désastre ou de ton ignorance. C’est l’immondicité qui a eu raison de ta raison, de ta clairvoyance !
Jeter et se cacher derrière une porte en fer en imputant la responsabilité uniquement à l’État, uniquement au voisin. Se cacher en croyant que les portes tiennent éloigné l’air pollué et l’eau que boivent tes enfants. Derrière les barreaux, incarcéré des deux bords. Prisonnier de ton inaction et de tes non-choix.
Que faire ? Des gestes simples et urgents : arrêter l'usage du plastique. Chacun de son côté. Refuser les sacs assassins. Ne prendre que le bon vieux couffin comme seul compagnon de courses. Réduire l'usage des emballages. Acheter en vrac, c'est plus propre et économique. Éviter les bouteilles en plastique, les boissons gazeuses, les jus en Tetra Pak. La nature vous dira merci et votre foie aussi. Le but est de produire moins de déchets pour en retrouver moins dans la nature. Et puis, ne sortir sa poubelle que le jour du ramassage pour que les animaux n'en fassent plus leur festin.
Bien sûr, l’État doit jouer son plein rôle, il est le premier responsable de cette bouillabaisse nauséabonde. Personne ne dira le contraire. Mais ça ne décharge aucunement le citoyen de ses responsabilités.
L’État doit prendre des mesures de consignation des bouteilles, canettes, pots, boîtes (plastiques ou autres) pour que l’usager trouve son compte à ramasser et à recycler. Et puis, sévir, sévèrement. Amendes lourdes et peines pour les récidivistes. Salir doit devenir un délit majeur. Les eaux usées doivent être assainies. Des contrôles rigoureux sur les rejets toxiques des usines selon le principe du pollueur-payeur. Ne pas hésiter à dénoncer. L’exemple du Rwanda, qui est passé en une décennie d’un pays infecte en décombres au plus propre d’Afrique. Un autre monde est possible. Un monde oû chaque citoyen est un gardien du temple.
Pierre Rabhi a rendu célèbre la philosophie du colibri qui essayait d’éteindre le feu de forêt avec l’eau dans son bec. Ça paraît dérisoire, mais au moins, lui, il a essayé, alors que tous les grands animaux de la forêt prenaient la fuite. Soyez tous colibris, nettoyez le pays!
K. H
Y’a-t-il une action concertée pour faire de l’Algérie un pays sale où les détritus sont partout. Je me demande s’il y a des service de nettoiement dans nos villes et villages et l’incivisme ne répond pas à toute la question!!! La saleté vous agresse partout et tout le monde s’en fout!!!Même les communications téléphoniques sont perturbées au point de se demander s’il n’y a pas une action concertée dans tout ça, un sabotage en règle et dans quel but? A qui profite ce crime car il s’agit d’un crime économique pernicieux pour donner une image exécrable du pays. Qui sont les responsables de ces sabotages concertés pour nuire au pays qu’il faut identifier et punir selon la LOI.
C’est une des stratégies des généraux : maintenir le chaos dans le pays. Tout est bloqué, tout est détruit. Y compris les services de voirie. Ceux qui ont mon âge se souviennent que jusqu’à la fin des années 70, nos villes et nos villages avaient tous des services de voirie (merci la France). Puis brusquement, plus rien. Les généraux sont passés par là avec leur stratégie de saccage du pays.
Les citoyens ont certes leur part de responsabilité dans la situation d’une Algérie devenue une poubelle à ciel ouvert, mais les plus grands responsables sont le gouvernement dans sa totalité y compris Tebboune et l’administration en général (APC, Wali etc..) . Si les moyens matériels et les personnels sont insuffisants , il est normal que les communes soient vite dépassée. Vu les quantités quotidiennes , elles sont énormes, pour ramasser tout çà quotidiennement , il faudrait un plan Marshall qui mettrait à la disposition des communes des poubelles modernes en quantités qui seront enlevés automatiquement par des camions spécialement équipés, comme çà se passe dans tous les pays digne de ce nom. Si l’Etat n’arrive pas à maitriser seul le ramassage des ordures et le nettoyage, il y a lieu d’encourager des associations gérés par des jeunes ou d’encourager la création de petites entreprises locales (prêtes bancaire à taux zéro) pour s’en occuper. Mais en amont, il faut doter les communes de budgets à la hauteur pour financer les opérations de nettoyage . Il faut donc que le gouvernement aide les communes par des budgets annuels conséquents pour couvrir le coût en personnel et en équipements des entreprises prestataires. Le service de ramassage sera donc rémunéré par les Communes qui seront dotées de budgets annuels pour couvrir les frais , car personne ne travail gratuitement.
Malheureusement, les budgets annuels des collectivités locales sont décidé au niveau du gouvernement sous l’œil de la présidence d’une manière insuffisante voire dérisoire. La répartition des dotations budgétaires locales se fait dans les bureaux du ministère de l’intérieur sans aucune étude d’évaluation des besoins propre à chaque commune. C’est au piffe. çà se décide d’une manière aléatoire. Il faut savoir aussi que le Maire algérien n’a aucune autorité, ni pouvoir, il n’a pas le droit d’utiliser ses recettes pour les affecter à des dépenses particulières. Tout est centralisé à Alger et c’est la loi des Fiances qui répartie centralement les dotations. En France , et dans les pays des kofars en général, le Maire a le droit d’utiliser une partie des recettes propres à la commune et décider de certaines dépenses après réunion du conseil communal. Le contrôle de l’Etat se faisant à postériori, il revient juste au Maire d’expliquer et de justifier ses dépenses. Dans les pays des Kofars, le ramassage des ordures ménagères et des encombrants est délégué à des entreprises privés sur la base d’un cahier des charges et çà marche comme sur des roulettes.