À Marseille, ville de diversité et de vigilance civique, Résister Aujourd’hui poursuit son travail de transmission de l’héritage de la Résistance et de défense des valeurs républicaines. M. Serge Vial revient sur la genèse du collectif, les enjeux contemporains de la mémoire historique et la nécessité de sensibiliser les jeunes face aux idéologies extrémistes.
Entre rappel du passé et engagement concret, il explique comment Résister Aujourd’hui articule mémoire, action citoyenne et lutte contre l’intolérance.
Depuis sa création, le collectif se veut un observateur attentif des évolutions politiques et sociales en France. À travers des conférences, des projections et sa participation au Concours national de la Résistance et de la Déportation, il s’attache à transmettre aux jeunes l’importance de défendre les valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.
Matin d’Algérie : Monsieur Vial, pouvez-vous nous raconter la genèse du collectif Résister ? Qu’est-ce qui a motivé sa création et quel besoin spécifique voulait-il combler ?
Serge Vial : Devant la montée du Front National de Jean-Marie Le Pen (10,95 % aux élections européennes de 1984), des anciens résistants Edmond Leclanché (dit Tonio), Henri Thiodat (dit Ric) et Raymond Vial (dit Suffren), voyant les combattants du maquis disparaître, ont demandé à leurs enfants et aux enfants de leurs camarades de fonder une structure mémorielle, ‘’les Cadets de la Résistance d’Auvergne’’ avec l’objectif de transmettre la mémoire des résistants aux jeunes générations, de combattre l’oubli et d’insuffler l’esprit de la Résistance comme une mise en garde démocratique pour l’avenir. Raymond Vial a étendu cette dynamique en Corrèze en 1987 et en région Paca en 1994. L’association ayant des adhérents sur plus de 50 départements, elle devient structure nationale en 1998. L’essentiel est résumé dans le chapitre « Notre association » sur notre triptyque, rappelé en PJ.
Le Matin d’Algérie : Votre dernier communiqué évoque une “bataille idéologique” autour de la liberté et de l’égalité. Comment décririez-vous cette tension dans la société française actuelle ?
Serge Vial : Oui car on sait très bien que si l’extrême-droite arrive au pouvoir la liberté des associations comme les nôtres mais pas que, je pense à celles qui aident les migrants, est menacée. La tension dans la société française actuelle vient de l’augmentation de la différence entre les très riches et les très pauvres. Le parallèle avec la situation économique dramatique à partir du crash de 1929 jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 est plus qu’inquiétant.
Le Matin d’Algérie : Vous mentionnez Johann Chapoutot et Laurent Joly comme figures de résistance intellectuelle. En quoi leur travail reflète-t-il l’esprit du collectif ?
Serge Vial : Ils résistent à leur manière, le premier en insistant sur les risques du rapprochement entre la droite et l’extrême-droite, celui-ci ayant commencé avec Eric Ciotti, en dénonçant la complaisance de la droite et du centre envers l’extrême droite, « rappelant que Hitler a été nommé chancelier dans un contexte où les classes dirigeantes pensaient pouvoir le contrôler ». Le deuxième nous met en garde contre une instrumentalisation politique de la mémoire en rappelant que le travail des Mémoriaux (Rivesaltes et d’autres comme le Camp des Milles) repose sur une rigueur historique et un respect des faits, et non sur une quelconque idéologie militante. ‘’Résister Aujourd’hui’’ s’est opposée souvent aux récits révisionnistes ou négationnistes de l’Histoire de la période 1939-1945.
Le Matin d’Algérie : Le mot “résister” renvoie à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, comment ce concept se traduit-il dans vos actions et vos engagements ?
Serge Vial : Comme nos ressources s’amenuisent depuis le départ des anciens résistants et déportés, avec d’autres, notamment des collectifs (comme celui d’Aix), nous sommes des lanceurs d’alerte et par nos communiqués et nos actions (projection-débat, conférences, participation au CNRD …) nous espérons toucher un maximum de jeunes pour qu’ils réfléchissent au moment du vote de ne pas se laisser entraîner par des discours haineux.
Au forum des associations de 2024 nous avions affiché : « Nous résistons aujourd’hui à la montée du fascisme par le devoir de mémoire, à celles et ceux qui veulent déshumaniser la planète par des guerres, à l’intolérance, à l’antisémitisme et au racisme, à la peur de l’étranger, à la discrimination, au négationnisme et au révisionnisme et à la bêtise humaine. En n’oubliant jamais ‘Les conquêtes sociales et culturelles du Programme du Conseil National de la Résistance’»
Le Matin d’Algérie : Vous insistez sur la nécessité de préserver la mémoire sans l’instrumentaliser. Quelles dérives vous semblent les plus préoccupantes aujourd’hui ?
Serge Vial : Les députés RN qui déposent les gerbes au pied des monuments mémoriaux oubliant l’origine du FN créé avec l’aide d’anciens Waffen SS. Le RN qui profite du conflit israélo-palestinien pour se gargariser d’être un des remparts de la défense des juifs et de s’opposer à l’antisémitisme.
Le Matin d’Algérie : Vous citez Churchill : “Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.” Comment percevez-vous cet “oubli organisé” dans le discours public français ?
Serge Vial : Afin d’éviter que l’histoire se répète (comme le fait très bien la fondation du camp des Milles), il faut sans cesse rabâcher ce qui s’est passé dans les années 30 et qui a amené la 2ème guerre mondiale. Cet oubli n’est pas organisé : ce sont les jeunes, trop peu nombreux, qui font le parallèle entre le RN et cette terrible période de notre Histoire.
Le Matin d’Algérie : Marseille est le point d’ancrage de vos actions. Qu’apporte cette ville à votre démarche et à l’esprit de votre collectif ?
Serge Vial : Ses infrastructures et sa diversité de population mais Aix aussi où des groupuscules comme Tenesoun et Nemesis sont bien implantés malheureusement.
Le Matin d’Algérie : Marie-Jo Chombart de Lauwe est évoquée comme une figure exemplaire de courage et de vigilance. Quelle place occupe-t-elle dans l’inspiration du collectif ?
Serge Vial : Elle et d’autres, comme Chaban Delmas ou Geneviève de Gaulle ont parrainé l’association en 1994 (cf triptyque) et sa citation reportée sur la première page du site de RA : « Je ne veux pas établir de parallèle avec ce que j’ai connu dans les années trente, mais je vois tout de même des signaux d’alerte » nous obligent à nous opposer à la montée du RN et de ses alliés pour « modifier le cours des choses ».
Le Matin d’Algérie : Votre collectif compte plusieurs membres, dont Michel Vial, Alain Espinar, Danièle et Jean-Paul Roulant… Comment s’articule le travail collectif et la prise de décision au quotidien ?
Serge Vial : Le bureau prépare tous les 2 mois le Conseil d’Administration. Au quotidien, les déclarations, communiqués, bulletins sont discutés par messagerie internet, Facebook, WhatsApp…
Le Matin d’Algérie : En tant que président, quel rôle assumez-vous vis-à-vis de la mission initiée par votre cousin, Michel Vial, fondateur du collectif ? Y a-t-il une véritable transmission générationnelle ?
Serge Vial : La transmission familiale s’est faite via mon oncle Raymond (père de Michel) car mon père, ancien résistant lui aussi, est mort accidentellement trop jeune.
Quand Michel était président de RA (1994-2015) j’étais déjà au Conseil d’Administration. Je voudrais mentionné Catherine Piat qui fût présidente de 2015 à ? et qui continue aujourd’hui de nous conseiller.
Le Matin d’Algérie : Enfin, que diriez-vous à la jeunesse, parfois désabusée, pour lui donner envie de s’engager, de défendre la mémoire et de rejoindre votre démarche citoyenne ?
Serge Vial : Je veux leur faire comprendre que la haine de l’autre ne peut amener que des catastrophes, notamment au niveau des libertés individuelles et collectives. Dans cet esprit, nous allons le plus possible aller dans les écoles, collèges et lycées, les inciter à participer, chaque année, au CNRD (Concours National de la Résistance et de la Déportation)
Entretien réalisé par Djamal Guettala
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