Au Mali, les jihadistes ont levé le blocus imposé depuis près de deux ans à la ville de Boni, région de Douentza, dans le centre du Mali. Mais à quel prix ? Le Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans), lié à al-Qaïda, a mis fin à l’embargo qui frappait la ville mais aussi l’axe routier qui la reliait à Douentza et à Gao.
La junte militaire a plié devant les exigences du groupe terroriste Jnim. Un accord local a été conclu en ce sens samedi 29 mars dernier au terme de négociations menées par des notabilités locales avec la médiation de l’Api-Idec (Association pour la paix inter et intracommunautaire, le développement et la cohésion sociale) et l’implication de la junte militaire au pouvoir.
Les habitants joints par RFI le confirment. Depuis samedi, la levée du blocus est effective et c’est un immense soulagement. La ville de Boni peut à nouveau être approvisionnée et les véhicules peuvent emprunter sans risque la RN16 qui relie Douentza, Boni, puis Gao. Plus d’un an de discussions auront été nécessaires.
Aly Kanouté, secrétaire général de l’association locale Api-Idec, qui a conduit la médiation, se dit fier de la levée du blocus, qui permet désormais aux populations de circuler librement. Cet accord doit en effet les préserver des violences de la Katiba Serma du Jnim, lié à al Qaïda – assassinats, enlèvements -, mais aussi des exactions de l’armée et de ses supplétifs de Wagner – vols, arrestations arbitraires et exécutions sommaires -.
« Il n’y a pas le choix »
Car si les habitants de Boni ont dû se résigner à se plier aux règles des jihadistes – application de la charia, port du voile pour les femmes, etc -, l’État malien a lui-même accepté des concessions de taille. Selon plusieurs sources proches des négociations, y compris sécuritaires maliennes, la Sécurité d’État et l’armée ont été associées au processus avec l’aval des plus hautes autorités de l’État.
Les autorités maliennes de transition ont notamment accepté de réduire la présence militaire dans la zone. « Il n’y a pas le choix, l’État ne parvient pas à sécuriser les habitants », reconnaît une source sécuritaire malienne, non sans amertume.
L’accès à la ville de Boni devrait également être interdit à toute personne circulant avec des armes. Cette exigence du Jnim concerne principalement les chasseurs traditionnels dozos, qui combattent les jihadistes.
Plusieurs centaines de villages au Mali ont actuellement des accords locaux en vigueur avec les groupes jihadistes, dans le centre et dans le nord du pays. Mais une telle implication de l’État, quoique tenue discrète – aucun communiqué officiel sur le sujet -, n’est pas habituelle.
La levée du blocus de Boni a ainsi suscité plusieurs réactions politiques enthousiastes : celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, qui se réjouit dans un message posté sur les réseaux sociaux du « triomphe du dialogue » et félicite notamment « les autorités de la transition qui ont donné leur feu vert à ce dialogue ». Le parti Adema, dans un communiqué, « félicite les médiateurs, civils comme militaires » ainsi que « les autorités de la Transition, qui ont permis de libérer Boni mais aussi de rouvrir l’axe routier (…) de façon pacifique ».
En 2022, Boni avait déjà subi plusieurs mois de blocus avant de négocier sa levée avec la Katiba Serma du Jnim. Mais les notabilités locales n’avaient pas pu s’engager sur les exigences des jihadistes concernant l’armée malienne et Wagner, de sorte que le blocus avait repris en juin 2023, pour être finalement levé donc, à nouveau, samedi dernier. Avec cette fois le quitus de l’État.
Avec RFI