26 C
Alger
dimanche 31 août 2025
AccueilMise en avantBourses d’excellence et dérives intégristes : la trajectoire d'un  lauréat devenu prédicateur 

Bourses d’excellence et dérives intégristes : la trajectoire d’un  lauréat devenu prédicateur 

Date :

Dans la même catégorie

Appel du 1er Novembre : Boukrouh démonte le mythe d’une révolution islamiste 

Dans une tribune publiée sur sa page Facebook, l’ancien...

Peut-on être opposant au régime et être député ?

J’ai lu avec intérêt l’article de Hamid Ouazar, ancien...

Ouverture différée de la session parlementaire : Tebboune pietine encore la Constitution

En ajournant l’ouverture de la session parlementaire en dehors...

Sale comme un pays en plastique !

Le pays est sale. Sale au point de nous...
spot_imgspot_img
- Advertisement -

Quand un lauréat du bac algérien, boursier à l’étranger, se transforme en prescripteur intégriste, c’est tout un système qui vacille. Derrière cette affaire, se profile une stratégie idéologique  d’Etat qui mine la jeunesse sous couvert d’éducation religieuse.

En 2023, l’Algérie ovationnait un jeune lycéen major national du baccalauréat, envoyé au Canada pour y étudier l’informatique grâce à une bourse d’excellence. Une trajectoire exemplaire, censée incarner l’espoir d’un pays misant sur le savoir et l’innovation.

Deux ans plus tard, c’est un tout autre profil qui émerge : depuis Montréal, l’étudiant expatrié s’illustre non pas par ses travaux universitaires, mais par des prêches en ligne où il condamne, au nom d’un islam rigoriste, les ambitions d’une autre lauréate.

Sa cible ? la jeune lycéenne, première au bac 2025 avec la moyenne impressionnante de 19,70/20, qui souhaite poursuivre ses études en intelligence artificielle aux États-Unis.

Pour l’étudiant inscrit dans une université canadienne grâce aux deniers de l’État, cette démarche n’est pas recevable du point de vue religieux, une femme ne devant pas voyager seule, tranche-t-il, sur son réseau social.

Le cri d’alarme d’un syndicaliste

Pour ce syndicaliste connu, spécialiste et consultant en questions sociales, l’indignation est totale. Sur son réseau social Facebook, il dénonce un détournement des missions de l’école et de l’investissement public :

« Cet étudiant s’avère être un danger pour le pays et un mauvais exemple pour la jeunesse. Il ne mérite pas cette bourse payée avec nos contributions. »

Ce cas illustre une contradiction plus large : l’État encourage l’excellence, tout en alimentant des canaux idéologiques qui tirent la jeunesse vers l’arrière. Et le plus inquiétant, c’est que cette dérive ne relève pas seulement de l’initiative personnelle d’un étudiant dévoyé.

Une opération d’encadrement religieux en lieu et place d’une politique des loisirs 

Les propos récents du ministre des Affaires religieuses en sont une illustration frappante. En se félicitant que « plus d’un million d’enfants soient inscrits dans les écoles coraniques(*) à travers les mosquées », et en qualifiant cette donnée de « fierté nationale », il révèle une conception biaisée de l’éducation et des loisirs. L’été devient le prétexte à une vaste opération d’encadrement religieux, présentée comme une solution à l’oisiveté scolaire.

La ficelle est trop grosse pour que cela passe inaperçu. Derrière le prétexte d’occuper les enfants, on façonne les esprits à l’uniformité idéologique. Ce n’est pas un projet de loisirs, c’est une stratégie d’embrigadement.

Un choix de société camouflé

En creux, c’est un choix de société que l’on refuse d’assumer. L’État dit vouloir former des ingénieurs, des chercheurs, des innovateurs, mais laisse prospérer un discours conservateur, patriarcal et liberticide. L’école célèbre la réussite de jeunes femmes ambitieuses, pendant que les mosquées offrent à d’autres un discours qui leur nie le droit d’exister en dehors d’un cadre dicté par des hommes.

Le cas El Amine n’est pas une anomalie. C’est un révélateur. Il montre ce qu’il advient quand on renonce à tracer une ligne claire entre l’espace public républicain et les sphères d’influence religieuse. Il montre aussi ce qu’il en coûte, lorsque les bourses de l’État nourrissent les courants mêmes qui s’opposent à l’émancipation.

Responsabilité politique et cohérence nécessaire

Il est temps d’affronter ce paradoxe. On ne peut pas, en même temps, promouvoir l’excellence scientifique et institutionnaliser la bigoterie. On ne peut pas envoyer nos meilleurs éléments à l’étranger tout en fermant l’espace intellectuel local à l’esprit critique. Il faut trancher : choisir entre l’école et l’endoctrinement, entre la République et la régression.

Les écoles coraniques

Les écoles coraniques en Algérie accueillent aujourd’hui plus de 1,2 million d’enfants, d’après les chiffres récents du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs.

Présentées comme un pilier du système éducatif, ces institutions religieuses prennent une place croissante dans la formation des jeunes, au détriment d’une véritable politique publique d’éducation ou de loisirs. Sur les 2 487 écoles coraniques recensées, 1 980 sont rattachées à des mosquées, ce qui illustre l’emprise croissante du religieux sur l’encadrement de la jeunesse. Les 507 autres fonctionnent de manière indépendante, mais dans une logique tout aussi dogmatique.

Ces écoles tournent à pleine régime durant les vacances estivales. Objectif avoué,  offrir aux collégiens et aux écoliers une alternative au désœuvrement scolaire. 

Samia Naït Iqbal

Dans la même catégorie

Appel du 1er Novembre : Boukrouh démonte le mythe d’une révolution islamiste 

Dans une tribune publiée sur sa page Facebook, l’ancien...

Peut-on être opposant au régime et être député ?

J’ai lu avec intérêt l’article de Hamid Ouazar, ancien...

Ouverture différée de la session parlementaire : Tebboune pietine encore la Constitution

En ajournant l’ouverture de la session parlementaire en dehors...

Sale comme un pays en plastique !

Le pays est sale. Sale au point de nous...

Dernières actualités

spot_img

6 Commentaires

  1. Faux débat pour cacher l’illégitimité. Le régime a toujours couvé des plus religieux pour se donner l’air de « modéré ». On ne voit pas la modération dans cet islamisme élevé à identité du pays, inculquer l’islamisme dans les écoles, qu’ils vendent comme républicaine. Ainsi les diatribes entre arabislamistes et islamo-arabistes font de cadre, de ce « Parlement et Sénat « qui ne sont que la chambre de résonance du pouvoir. Le modèle saddam hussein ou kaddafi est servi. Les urnes vides, on invente une harmonie superposable à la société réelle. Voilà à quoi sert l’intelligence arabe, à gagner des heures supplémentaires au pouvoir, ce que le pays réel payera doublement.

  2. Il faut toujours revenir au contrat premier à savoir que c’est le clan d’Oujda (armée des Frontières) qui a imposé en 1962 , de force et sans consulter personne, l’idéologie politico religieuse arabo islamique exclusive . Ce clan a chargé le FLN de 62 de propager et de consolider cette idéologie ! D’ailleurs, j’ai toujours dit que c’est le FLN qui a enfanté le FIS.

    Il faut savoir aussi qu’une bonne partie du pouvoir militaire n’était pas au fond contre l’idéologie colportée par le FIS et les islamistes. En 1990 , le pouvoir souhaitait même être accompagné par le FIS, mais quand il a compris qu’il voulait allez trop loin, qu’il voulait prendre et la main et le bras c’est là que les militaires ont compris leur douleur, il ont eu peur pour leur fauteuil . C’est ainsi qu’il ont décidé de décapiter le FIS, de mettre fin au processus électoral. Il ne faut pas sortir de Saint Cyr ou de Science po pour comprendra ce qui s’est passé.

    Ce que je dis est tellement vrai aujourd’hui puisqu’après la loi sur la réconciliation national, il pouvoir a réussi à domestiquer ces islamistes fondamentaliste en leur distribuant des prébendes et des facilités économiques et sociales. Maintenant le pouvoir a fait des islamistes ses alliés objectifs et que tout va bien pour les deux et du fait qu’ils ont la même matrice politico idéologique, le pouvoir s’accommode bien de la matrice politique du FIS mais en mode allégé sans toutefois que le fond change. Je n’ai pas besoin de développer plus. La partie qui gène désormais le pouvoir , ce sont les partisans de la démocraties et des libertés. La roue a complètement tourné hélas d’abord chez les hauts responsables militaires.

    • Effectivement, le régime (clan d’Oujda) concocté au Maroc après l’assassinat des dirigeants dérangeants, partage le pouvoir avec les islamistes pourvu qu’ils ne prennent pas tout. Mais le système éducatif qu’il s’est donné est une usine qui fabrique des islamistes depuis pratiquement 1965. Quand aux démocrates et autres modernistes ils sont marginalisés et souvent poussés à l’exil…

    • Très bonne lecture, Brahim. Toutefois, je souhaiterais revenir sur une de tes affirmations , je te cite : « La partie qui gêne désormais le pouvoir, ce sont les partisans de la démocratie et des libertés. » Mais en réalité, c’est précisément de là que tout est parti, dès la guerre d’indépendance, notamment après le Congrès de la Soummam.

      Les Algériens qui luttaient pour la libération (donc pour la liberté ) et pour le progrès social ( autrement dit, la démocratie ) ont toujours été perçus comme des ennemis à éliminer. Cette logique répressive a commencé avec les assassinats d’Abane Ramdane et de Larbi Ben M’hidi, et elle ne s’est jamais arrêtée depuis. La liste des victimes n’a cessé de s’allonger, et elle reste tragiquement ouverte.

      Quant à l’islamisme, il n’est qu’un instrument de plus, utilisé jusqu’à l’écœurement pour maintenir les masses populaires sous contrôle.

  3. Bonjour…Vous apportez un fait mais malheureusement vous n’allez pas jusqu’au bout de l’histoire. Si vous aviez donné des informations complémentaires sur cet étudiant islamiste, certains parmi nous prendront des initiatives. Comme par exemple informer le rectorat de l’université où il suit son cursus ainsi que la Police canadienne sur son état d’esprit , ses pensées et ses visions. L’université occidentale n’est pas un lieu où on prêche la minorité de la femme ou sa stigmatisation. La liberté d’expression s’arrête quand elle commence à nuire à autrui. Le silence tue…Si on parle, si on avise , si on informe ,……., on contraindra cet énergumène au silence. Il subira la honte de la science et la foudre s’abattra sur lui. On est dans l’enseignement supérieur , on a des contacts avec les équipes pédagogiques de plusieurs universités dans et par le monde. Il suffit de vouloir car il est encore temps de pouvoir agir contre l’aveuglement et l’obscurantisme flagrant de cet étudiant. Bien à vous….Cordialement.

  4. Je crains bien que les parents sont aussi responsables de l’embrigadement religieux de leurs enfants, « ils s’en débarrassent «  en les faisant prendre en charge par ces écoles coraniques, comme ces jeunes franco-algériens ou français d’origine algérienne envoyés en colonies de vacances en Algérie ( programme de l’Etat algérien) pour soit-disant leur faire connaître leur pays « d’origine «  mais en fait pour les islamiser et leur transmettre la haine de la France car curieusement cela ne concerne que cette dernière !!

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici