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Yennayer dans les Aurès : des traditions qui résistent au temps

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Selon diverses acceptions, Yennayer correspond au premier jour du calendrier agraire utilisé par les Imazighen depuis plusieurs siècles. Il fait également référence au début du calendrier julien, adopté dans la Rome antique et décalé de treize jours par rapport au calendrier grégorien.

Depuis le renversement du pharaon égyptien Ramsès II par Chichnaq, roi de la vingt-et-unième dynastie, les communautés amazighes célèbrent chaque année cet événement historique. Dans la région des Aurès, les familles chaouies, notamment celles installées dans les zones montagneuses comme Inoughissen, Ichemoul, Ighzer n’Taka, Blihoud, Hamar Khadou, Arris, Ali Nmer et toute la vallée de Ighzer Amellal, se préparent à fêter Yennayer avec autant de ferveur que l’Aïd el-Fitr, l’Aïd el-Adha ou le Nouvel An islamique, mais selon des coutumes propres, qui s’étendent sur trois jours : les 12, 13 et 14 du mois de Yennayer.

Le premier jour est consacré au renouvellement de la vaisselle en terre cuite, en particulier des tajines encore utilisés aujourd’hui, remplacés par de nouveaux modèles fabriqués par les femmes à partir d’un argile spécifique. Les hommes, quant à eux, repeignent les murs des maisons en argile blanche et nettoient les foyers en retirant toute la cendre pour la remplacer par de la terre fraîche. Les murs des chambres sont ensuite frottés avec de l’herbe verte, symbole d’une année fertile, prospère et pleine d’espoir.

La matriarche de la famille porte les trois anciennes pierres du foyer dans un panier en palme, accompagnée de tous les membres de la famille, jusqu’à un lieu proche du domicile. Les anciennes pierres sont jetées et trois nouvelles sont choisies et replacées dans le panier pour revenir à la maison. Avant d’installer ces nouvelles pierres, on les retourne pour observer ce qu’elles contiennent : la présence de nombreuses fourmis est interprétée comme un présage d’abondance en moutons et chèvres pour l’année à venir, tandis que la présence de certains insectes de grande taille annonce une année riche en bovins, chevaux et autres animaux domestiques de grande taille. Malgré le caractère superstitieux de ces pratiques, elles se vivent avec sincérité dans une société qui remet tout à Dieu.

La soirée du 13 Yennayer est marquée par un dîner familial exceptionnel. Les familles se réunissent autour d’un plat de tashekhchoukht épicée au dindon et aux œufs durs, ou d’un couscous aux mêmes ingrédients, accompagné de refiss préparé à l’orge, de grains de grenade et de beurre maison produit localement après barattage du lait.

Pour ravir les enfants, on distribue également des fruits secs locaux, comme des figues ou des grenades, ainsi que des noix et des amandes. La soirée se déroule autour de la grand-mère, qui raconte des histoires et des légendes transmises de génération en génération, captivant l’auditoire et transmettant des valeurs fortes : attachement à la terre, générosité, aide aux nécessiteux, et bien d’autres leçons de vie, comme dans les récits de Smimeaa, Sidi Aissa, les sept filles ou Bshkarakr.

Les festivités se poursuivent jusqu’au 14 Yennayer, immuables malgré les bouleversements technologiques modernes : téléphones portables, Internet ou antennes paraboliques n’ont pas effacé ces traditions de la mémoire des habitants des Aurès. Pour eux, maintenir ces coutumes est un moyen de préserver leur identité et de se souvenir des exploits des ancêtres, de Chichnaq à Jugurtha, de Massinissa à Juba Ier et II, jusqu’à la Kahina (Dihya) et d’autres héros dont les noms restent gravés dans les mémoires.

Djamal Guettala 

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