2 février 2023
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A Yaha Abdelhafid dit Si Lhafid

HOMMAGE

A Yaha Abdelhafid dit Si Lhafid

En ce triste et douloureux souvenir je voudrais rendre un hommage particulier à Si Lhafid, non seulement à ce héros qu’il avait toujours été et tout au long de sa vie, et qui d’ailleurs n’est plus à présenter, mais à l’homme qu’il fut, ou du moins celui que je pense avoir bien connu, à cet ami et confident qu’il avait toujours été pour moi.

Oui, il fut cet ami très cher, que j’avais appris à aimer et à apprécier pendant des décennies et qui ne m’avait à aucun moment déçu. Bien au contraire, sinon que quand il délaissait ses propres intérêts pour certains énergumènes qu’il croyait aussi probes que lui.

Que dis-je ?

Homme de devoir, dévoué corps et âme à cette cause sacrée qui était la sienne, il ne s’était jamais et à aucun moment soucié de ses intérêts, ni de ceux des siens, au grand dam de ses vrais amis, sinon fort heureusement celui d’avoir donné une très bonne éducation à ses enfants.

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J’avais incidemment connu Si Lhafid vers le mois d’août 1962 à Michelet, pour m’être chamaillé avec un de ses sous-officiers.

Et pour cause à l’époque les moudjahidines étaient sacrés, voire même  quelque peu mythifiés, mais ce qui n’était guère mon cas, même si comme tout un chacun j’éprouvais pour eux du respect et beaucoup d’admiration.

Cependant, j’étais un jeune hyperémotif qu’il ne fallait surtout pas chatouiller et sans la présence d’autres moudjahidines de ma famille et connaissances nous en serions venus aux mains, ce qui aurait été grave ett scandaleux à cette époque, voire même pour le civil que j’étais un crime de lèse-majesté.

Si Lhafid conciliant et souriant comme toujours, à qui j’avais été élogieusement présenté par les gens présents et de connaissance commune, m’avait donc demandé : « si je pouvais mettre ma menace à exécution si ces derniers n’étaient pas intervenus pour nous séparer ?».

Fougueusement comme il sied au jeune écervelé que j’étais alors,  je lui avais fait la promesse que s’il récidive ou qu’il fasse en ma présence ne serait qu’une seule petite remarque que je jugerais désobligeante je lui ferais sa fête aussi harnaché sera-t-il ; car il était armé jusqu’aux dents.

Ce qui lui fut confirmé par des anciens maquisards micheletois et qui lui avaient parlé de moi et de mon caractère quelque peu ombrageux quand on me titille.

Et pour cause, la guerre nous avait tous rendu émotifs et habitués quelque peu à la violence. Et ce fut ce jour et pour mon bonheur que j’avais pour la première fois découvert cet homme affable, bienveillant et d’une grande modestie pour le héros qu’il était,  contrairement à mon antagoniste.

Nous avions depuis ce jour sympathisé et une amitié sincère sans condition, ni a priori allait naître entre nous.

Et depuis, à chaque fois que l’occasion s’offrait, je le revoyais avec un plaisir évident, particulièrement quand je montais à Michelet et ce, jusqu’au déclenchement des hostilités entre le FFS et le pouvoir.

Je ne l’ai retrouvé que bien des années plus tard lors de ce long et difficile exil que fut le sien en France.

Que ne fut mon admiration pour cet homme, que de lui découvrir toute cette ténacité et fidélité à ses engagements de défendre ses idéaux que sont la liberté et la démocratie, et surtout de continuer ainsi la lutte contre vents et marées avec des moyens dérisoires, sinon inexistants et une poignée de fidèles militants.

Si Lhafid s’il était un combattant hors pair, un grand révolutionnaire, fut par contre totalement dépourvu de toute cette démagogie propre aux politiciens en général.

Bien au contraire, il était même quelque peu naïf et surtout entier et toujours étonné par les revirements, entrisme et opportunisme de certains de ses anciens compagnons.

Nos rencontres bien au contraire étaient empreintes de gaieté, loin de tous ces conciliabules et complots que certains adoptent avec lui, mais c’étaient surtout des moments de joie et de rire à ne plus en finir et des mises au point amicales par moi, surtout pour sa crédulité.

Je me permettais alors de le harceler sérieusement pour ses intérêts matériels qu’il négligeait gravement pour certains profiteurs et autres pique-assiettes en particulier.

Pour l’anecdote, lui officier supérieur de l’ALN combattante, il n’avait régularisé sa situation d’ancien moudjahid que contraint et forcé par nous ses amis qu’après  le début des années 1990.

Après son retour d’exil, il fut prit dans cette frénésie de l’ouverture démocratique et était en quelque sorte aussi l’otage d’un tas de gens parmi lesquels se mêlaient certes des anciens militants, mais beaucoup d’opportunistes et autres transfuges d’un FLN en déliquescence et pour qui Si Lhafid avec toute son aura offrait alors des perspectives prometteuses.

Lui qui quelques mois auparavant était évité comme la peste, est redevenu par le hasard de l’histoire le centre d’intérêt et éventuellement cette rampe de lancement dans cette nouvelle configuration politique et/ou toute une faune d’opportunistes à la quête d’une réhabilitation ou de renommée ne le quittait plus, et Thakhlijt Ath Atsou son village leur Mecque.

J’avais été lui rendre visite bien des jours après qu’il s’est plaint à un parent de ne pas m’avoir vu parmi tous ces visiteurs venus le féliciter pour son retour d’exil.

 mon arrivée à Thakhlidjith, je l’avais trouvé devant une maison en compagnie de sa mère qui d’ailleurs tout comme lui n’était que douceur, sourire et amabilité et à tous moments, après les félicitations et salutations d’usages, je lui avais alors dit en substance et en riant comme d’habitude, mais sérieusement:

« Puisque cette belle et charmante femme est là, je vais par conséquent te consacrer un quart d’heure pour toi et une demi heure pour elle, mais je vais surtout la supplier et  d’insister auprès d’elle pour qu’elle t’apprenne à manier le tamis ».

« Et préalablement surtout, apprendre à séparer le bon grain de l’ivraie ! ».

Malheureusement le temps m’avait donné raison, et quelques mois plus tard pour certains stratèges des coups fourrés, il était devenu gênant, et pour le stigmatiser rien n’est plus valable que cette vieille et inusable formule qui de toujours était utilisée et à satiété en haute Kabylie et qui est ce sempiternel reproche de s’entourer des transfuges du FLN honni et bien sur aussi des ‘’missionnaires de la police politique’’.

Il était devenu gênant et surtout témoin de leurs couardises et désertions lors des moments difficiles pour tous ces professionnels de la politique-politicienne et autres démagogues. Ceux-ci avaient donc fini par le faire dégoûter de la politique, surtout quand il avait fait l’amer constat de toute cette concussion, félonie et autre escobarderie chez certains de ces compagnons qu’ils croyaient lui êtres acquits ou ingénument des incorruptibles comme lui.

Désillusionné, mais toujours alerte, il y avait néanmoins et fort heureusement pour lui aussi ces fidèles amis et compagnons de route à l’image et pour ne citer que lui : feu dda Larbi Ath Amara Ouali (ath yerhem rébi) et qui étaient toujours prêts et disponibles pour lui à tout moment et pour tout.

Pendant toutes ces péripéties nous ne nous voyons que rarement, il faut croire aussi que certains parmi toute cette foultitude qui gravitaient alors autour de lui m’évitaient comme la peste à cause de ma dérangeante franchise, pourtant à aucun moment je ne m’étais permis d’interférer dans leurs affaires ou relations.

Ce n’était que vers la fin de l’année 1994 que nous avions repris nos anciennes habitudes et rencontres d’antan, c’est-à-dire hors toutes autres considérations que cette sincère amitié basée sur ces valeurs partagées.

En 1995 des amis tels que Ali Slimani, Mohand Said Ait Abdelaziz, Khaled Ait Mouheb, Ali Hamoutene, Hocine Aberkane, Messaoud Ath Achour, anciens ministres, écrivains, avocats, professeurs, dirigeants d’associations patronales, de sociétés nationales, cadres supérieurs de la fonction publique, enseignants, membres du CNES (Conseil national Economique et Social), du CNSA ( Comité National de Sauvegarde de l’Algérie), le comité fédéral de la fédération de France combattante en l’occurrence Omar Boudaoud, Rabah Bouaziz, Ali Haroun etc. ainsi que Salim Saadi, Mustapha Lacheraf, Mohand Said Mazouzi et Redha Malek pour ne citer que ceux-là, ont créé le parti ANR –Alliance Nationale Républicaine.

Une véritable alliance de compétences, des noms chargés de symboles d’intégrité, de culture,  combats, de militantismes et de clairvoyances.

Comme attendu, mes amis ne cessaient de me harceler pour adhérer, mais mon atavisme kabyle m’empêchait de le faire, d’ailleurs je pense avoir quelque peu blessé Redha Malek qui éprouvait beaucoup d’amitié et de sympathie pour moi. Ce dernier ne comprenait pas mon attitude d’autant plus que je n’étais transfuge d’aucune formation.

Néanmoins j’agissais comme un militant en assistant même des fois à leurs réunions et de fréquenter assidûment tous les responsables avec qui je partageais beaucoup d’amitié et de convictions, ne seraient ce que cet esprit républicain fait de liberté, de démocratie et laïcité.

Et c’était ainsi que j’avais même quelque peu obligé Si Lhafid de m’accompagner chez Redha Malek à qui j’avais souvent et chaleureusement parlé de lui et qui voulait le connaître.

Ce fut une heureuse initiative, car dès la première entrevue à laquelle j’avais assisté, ces personnalités se sont mutuellement découvertes et depuis s’apprécient, pour mon contentement, une forme d’amitié faite de respect mutuel venait de naître entre ces deux hommes que j’affectionne.

L’ensemble du comité directeur dont certains sont de vieilles connaissances pour lui n’ont jamais depuis cessé de faire ses éloges, y compris avec Salim Saadi qui pourtant étaient dans des côtés opposés lors des événements de 1963, quoique son frère était compagnon de maquis de Si Lhafid.

Jusqu’à sa mort (ath yerhem rebbi) Redha Malek à chaque fois que je le revoyais,  ne manquait jamais de me demander les nouvelles de Si Lhafid et de me prier de lui transmettre ses amitiés.

Ainsi que d’ailleurs auparavant feu Boubekeur Belkaid qui m’avait fait part de son désir de le rencontrer, mais Si Lhafid pour une raison que j’ignore avait préféré garder le silence.

Je termine mon écrit en me remémorant avec cette nostalgie qui étreint les viscères ces moments bonheurs passés ensemble, ces soirées à Saint Michel ou nos tonitruants et contagieux rires s’entendaient de loin.

Et que la gloire et l’honneur seront à jamais tiens Si Lhafid.
 

Auteur
Mohamed Aouli

 




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