28 septembre 2022
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Acte XX : Le 57e  anniversaire de l’indépendance à l’ombre de 57

DISSIDENCE CITOYENNE

Acte XX : Le 57e  anniversaire de l’indépendance à l’ombre de 57

Alger, le 5 juillet 2019. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Les Algérois se dirigent en masse à leur rendez-vous hebdomadaire qui coïncide, en ce jour, avec le 57ème anniversaire de l’indépendance. Ils tiennent à être présents à ce tête-à-tête avec l’histoire.  Les voitures de police habituellement stationnées le long des trottoirs cèdent la place à des véhicules de particuliers : le résultat est le même, les manifestants sont « contenus » dans un couloir.

Les visages brillants de sueur,  ils abordent leur parcours avec énergi et détermination, en entonnant des chants patriotiques, l’hymne national, et en répétant sans cesse « Algérie libre et démocratique ». 

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Crédit photo : Zinedine Zebar.

L’immense Djamila Bouhired, le dernier des mohicans, dans un costume d’été d’un blanc immaculé, tient à faire partie de la fête. On l’entoure et on l’embrasse. On tient à se photographier à ses côtés, et on chante avec elle : « libérez Bouragâa, libérez les détenus, vive l’Algérie ». Un jeune homme, accroupi à ses pieds tient une affiche sur laquelle il écrit : « les Djamilates sont encore vivantes, fières et rebelles ». 

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Crédit photo : Zinedine Zebar.

Les marcheurs se répètent sans cesse depuis des semaines. Les mêmes mots d’ordre. Clairs. Ils réclament un Etat civil et pas militaire, demandent le départ des symboles du système Bouteflika. Ils rejettent les élections en criant : « pas d’élections avec les gangs ». L’annonce de l’ouverture de la conférence nationale de dialogue le 6 juillet ne semble pas avoir capté leur intérêt : ils n’en soufflent pas mot, pourtant très prompts habituellement à commenter à l’aide de slogans et affiches l’actualité de la semaine écoulée. 

Le rythme des interpellations et des passages à tabac y est sûrement pour quelque chose. Ils ont du mal à imaginer un dialogue sérieux, honnête et serein avec une partie qui les opprime, les prive de leurs libertés, et qui leur fait dire « pouvoir assassin ».

Des tee-shirts portant la photo de Lakhdar Bouragaa et de Samira Messouci, sur lesquelles on écrit en arabe et en français « libérez Bouragâa, libérez Samira » sont distribués.  Des mamans dont les enfants ont été placés en détention, portent une banderole sur lesquelles on écrit sous leur portraits, « libérez Billal, libérez Samira » et crient « radouna wladna ya lkhawana » (rendez-nous nos enfants traîtres) . On scande : « libérez les étudiants libérez… ».

Les promoteurs du dialogue devraient se remémorer ce célèbre dicton : on ne chasse pas les mouches avec du vinaigre.

La marée humaine qui se dirige vers la rue Khettabi, actuellement unique lieu de rassemblement, et tribune attitrée des marcheurs, est prise dans un entonnoir par les forces de l’ordre. Ce qui pousse un jeune homme à s’exclamer en arabe : « vous pouvez faire ce que vous désirez, mais nous parviendrons à passer même si l’on doit avancer un par un, à la queue leu leu, comme les Chinois ».  

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Banderole pour le moudjahid Lakhdar Bouregaâ, placé en détention provisoire. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Des dizaines d’affichettes rouges et vertes sont distribuées, on peut y lire en arabe : non à la justice par téléphone oui à un état de droit. La place jouxtant la rue Khattabi est le théâtre de scènes, parfois violentes, entre marcheurs et forces de l’ordre  pour la prise du « lampadaire » et exhibition de drapeau amazighe.

En effet les deux parties se livrent à ce jeu durant une grande partie de la manifestation :des jeunes manifestants se positionnent au milieu de la foule et sortent le drapeau. Les policiers se fraient brutalement un chemin et tentent d’attraper le porteur d’emblème. S’en suit des affrontements ; les jeunes tentent de protéger l’intrépide jeune homme en l’évacuant. Les policiers, tout aussi jeunes que les contestataires, subissent un jet de bouteilles, de savates, et parfois de pots de fleurs.

Quant au jeu du lampadaire, il consiste à accrocher à son sommet un drapeau amazigh. Un jeune, d’une agilité surprenante, atteint son sommet et scotche le précieux étendard. Un cordon de police entoure le totem de le honte, et attend de pied ferme l’alpiniste. N’ayant pas d’issue, il se jette d’en haut sur la foule, qui  le récupère et l’évacue. Reste la difficile mission de retirer l’emblème. Un Premier policier essaie sans résultats, puis un deuxième tout aussi infortuné et enfin le troisième réussit à décrocher le sujet de discorde. Ce qui provoque une gigantesque bousculade qui pousse les forces anti-émeutes à user de leur gourdin et de leurs rangers. Un policier zélé, flanqué de lunettes noires, à l’allure athlétique, se distingue par la rudesse et la violence de ses interventions. C’est d’ailleurs, celui dont le portrait circule sur le net, depuis déjà quelques temps.

Sur cette place de fortune, on récapitule tous les messages de la manifestation et on insiste sur les plus importants. Les marcheurs claironnent le plus souvent ya hna Ya ntouma maranach habssine (c’est ou vous ou nous on ne s’arrêtera pas), « Casbah Bab El Oued Imazighen » (Casbah Bab El Oued Imazighen). Un nouveau slogan voit le jour à l’occasion de la fête de l’indépendance et occupe le haut du pavé : « echaab yourid el istiqlal » (le peuple veut l’indépendance). Sur des pancartes, portées par des jeunes filles, on lit : 5 juillet 1962 indépendance du pays, 5 juillet 2019 indépendance du peuple.

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Le chef d’état-major reste la cible principale des marcheurs. On reprend tous les slogans le concernant et qui ont fait le tour de la planète. On exige le jugement de Nezzar et de l’ex président.

57 années après l’indépendance, confisquée au peuple algérien, et c’est toujours un militaire qui préside aux destinées du pays. C’est aussi durant l’été 57, que d’autres militaires ont pris le pouvoir au Caire, durant la révolution et qu’ils bannirent ce principe, ô combien salutaire, de la primauté du civil sur le militaire. Au début de cette année-là se déroulait l’incroyable bataille d’Alger, décidée par les hommes qui dictèrent cette règle, qui coûta la vie à Ben M’hidi, l’un d’eux, exécuté par les forces d’occupation.

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Crédit photo : Zinedine Zebar.

A la fin de cette même satanée année, les colonels liquidèrent l’autre, leur compagnon au sein du CCE, Abane Ramdane. 57, ce chiffre mystérieux, contient le 5 de 5 juillet,  date de l’indépendance, et le 5 de l’annonce du cinquième mandat, sans lesquels, peut être rien ne serait arrivé.

Dans 57, il y a aussi, le 7, de 7 ans et demi de guerre et le 7 de Dieu créa le monde en 7 jours. Il est également celui de 57 années s’écoulent depuis 1962, pour que l’on voit éclore la révolution du sourire.

A ce moment précis, les marcheurs entreprennent de rectifier l’Histoire : ils veulent un changement de système, ils réclament un état civil et pas militaire ; c’est la magie du chiffre et l’ironie de l’histoire. Les marcheurs célèbrent la fête de l’indépendance à l’ombre de 57.  

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Auteur
Djalal Larabi

 




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