2 février 2023
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Adolfo Kaminsky, « roi des faussaires » anticolonialiste, est mort

Adolfo Kaminsky

Le photographe Adolfo Kaminsky, qui s’était engagé pour la cause algérienne durant la Guerre de libération nationale, s’est éteint, lundi à Paris, à l’âge de 97 ans, ont annoncé ses proches.

Il était un photographe de talent, mais aussi un « faussaire de génie » pour la résistance française contre le nazisme et un des soutiens précieux de la cause algérienne et d’autres mouvements de libération dans le monde. Le photographe Adolfo Kaminsky, homme aux mille vies qui fut le « roi des faux papiers » au service de la Résistance puis des mouvements anticoloniaux, est mort.

Il est décédé, lundi 9 janvier, à l’âge de 97 ans. Adolpho Kaminsky était un « humaniste, photographe et résistant français, spécialisé dans la fabrication de faux papiers », a résumé Sarah Kaminsky, qui avait raconté la vie de son père dans le livre Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire. Juif d’origine argentine, Adolfo Kaminsky était un « photographe talentueux (qui) devint un faussaire de génie, fournissant en faux papiers la Résistance et les Juifs traqués, avant de s’engager après-guerre pour d’autres causes », a salué la Fondation pour la mémoire de la Shoah.

De la Résistance aux mouvements anticoloniaux, notamment auprès de la cause pour l’indépendance algérienne, Adolfo Kaminsky fut, dans la clandestinité, le pourvoyeur de faux papiers de toutes les luttes du XXe siècle.

La cause algérienne

En épousant la cause de l’indépendance algérienne, ce photographe a rejoint les réseaux Jeanson et Curiel qui apportaient une aide logistique au Front de libération nationale (FLN) pendant la Révolution.

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Surnommé le « faussaire de Paris », Adolfo Kaminsky fournissait en faux papiers des militants du FLN, mais aussi une myriade de mouvements de libération nationale en Amérique du Sud ou en Afrique. Il a posé, dans les années 70, ses valises en Algérie où il a vécu une dizaine d’années avant de repartir en France.

En 2009, sa fille Sarah retrace sa vie dans un livre intitulé « Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire », célébrant ainsi l’œuvre du « faussaire de Paris », un des héros de l’humanité au 20e siècle.

Engagement

Fils d’immigrés russes juifs, né à Buenos Aires avant de venir en France, il se rêvait artiste-peintre. Mais à 17 ans, il s’engage dans la Résistance à Paris, après être sorti du camp d’internement de Drancy. Il offre ses connaissances en chimie et en photogravure, utiles pour la décoloration des encres qui vont servir à fabriquer de faux papiers, dans un laboratoire clandestin, sauvant des milliers de vies. Le début d’une riche carrière de trois décennies, au péril de sa vie et au mépris de sa santé, sous couvert d’une activité de photographe tout ce qui il y a de plus banal dans ses ateliers du Quartier latin ou du quartier du Sentier.

« J’ai eu la chance de sauver des vies humaines. J’ai travaillé jour et nuit, au microscope. J’en ai perdu un oeil mais je ne regrette rien », affirme-t-il à l’AFP en 2012.

Il travaille pour les services secrets français jusqu’à la capitulation de l’Allemagne nazie, aide les rescapés juifs des camps de la mort à émigrer en Palestine.

De toutes les luttes

Il se fera ensuite faussaire politique en devenant l’expert en faux papiers de toutes les luttes anticoloniales et antifascistes: réseau FLN pendant la guerre d’Algérie, antifranquistes en Espagne, anti-Salazar au Portugal, lutte contre les colonels en Grèce, Printemps de Prague, luttes contre les dictatures en Amérique latine, ANC, Guinée, Angola, déserteurs américains pendant la guerre du Vietnam et même jusqu’à Daniel Cohn-Bendit en mai 1968… « Pendant trente ans de sa vie, mon père a fabriqué des faux papiers, jamais pour lui-même, toujours pour les autres, pour venir en aide aux persécutés et aux opprimés », explique Sarah.

En 1971, il avait mis fin à ses activités de faussaires. Son œuvre de photographe, à l’humanisme rappelant Doisneau, avait été exposée, notamment au Musée d’art et d’Histoire du Judaïsme en 2019. Sa vie a fait l’objet d’une pièce de théâtre. Le metteur en scène Jean-Claude Falet lui avait rendu hommage, en 2016, en adaptant le roman de la fille de cet héros de l’ombre.

Avec APS/AFP

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