3 octobre 2022
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Ahed Tamimi ou l’immense solitude d’un peuple digne

Grand Angle

Ahed Tamimi ou l’immense solitude d’un peuple digne

Maintenant que les manœuvres politiciennes des uns et des autres sont passées, à propos de Jérusalem, parlons d’un simple geste d’une jeune fille. Comme à la funeste époque de la guerre coloniale contre le peuple algérien, des soldats envahirent une maison, tout armés, sans autorisation et se comportèrent en arrogants envahisseurs, humiliant les habitants de la demeure. Auparavant, ils avaient tué des jeunes enfants, d’une balle de la tête. En fut témoin l’une des habitantes de la maison violée.

Mais cette jeune personne ne lança pas de bombe contre les spadassins colonialistes, ni tira sur eux une rafale de mitraillette, ni employa un couteau. Elle se contenta de… gifler le plus arrogant d’entre eux. Cette personne est une jeune fille, elle a seize ans, elle est Palestinienne, elle s’appelle Ahed Tamimi.

L’effet psychologique de ce geste sur une partie de l’opinion israélienne (et mondiale) fut immense. Il démystifia le machisme : une femme gifle un homme. Il montra un aspect inconnu de la dignité : une adolescente colonisée gifle un adulte colonisateur. Il manifesta une forme originale de courage : une civile emploie uniquement sa main nue contre la joue d’un militaire armé.

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Réaction de l’autorité israélienne ?… Comme celle colonialiste française. La jeune résistante à l’occupation coloniale fut jetée en prison, où elle y est encore.

Cependant, comme dans la France de l’époque coloniale, dans l’Israël colonial existe des citoyens justes et honnêtes. Ainsi, le journal israélien Haaretz a publié la lettre du père de Ahed Tamimi. On y lit :

« Ma fille a juste 16 ans. Dans un autre monde, dans votre monde, sa vie serait complètement différente. Dans notre monde, Ahed est une représentante d’une nouvelle génération de notre peuple, de jeunes combattants pour la liberté. Cette génération doit mener sa lutte sur deux fronts. D’un côté, ils ont le devoir, bien sûr, de poursuivre le défi et le combat contre le colonialisme israélien dans lequel ils sont nés, jusqu’au jour de son effondrement. D’un autre côté, ils doivent faire face, vent debout, à la dégradation d’une politique stagnante, et à cette dégénérescence qui s’est propagée parmi nous.

Ils doivent devenir l’artère vivante qui fera revivre notre révolution, et qui la sortira de la mort entraînée par une culture croissante d’une passivité inhérente à des décennies d’inactivité politique.

Ahed est l’une de ces nombreuses jeunes femmes qui, dans les années qui viennent, conduiront la résistance à la domination israélienne. Elle n’est pas intéressée par les projecteurs actuellement braqués sur elle à cause de son arrestation, mais par un véritable changement. Elle n’est pas le produit de l’un des vieux partis ou mouvements, et dans ses actions, elle envoie un message : pour survivre, nous devons faire face franchement à notre faiblesse et vaincre nos peurs.

Dans cette situation, notre plus grand devoir, à moi et à ma génération, est de la soutenir et de laisser la place ; de nous maîtriser et ne pas essayer d’altérer et emprisonner cette génération nouvelle dans la vieille culture et les vieilles idéologies dans lesquelles nous avons grandi. » (1)

Dans toute l’histoire récente des peuples colonisés, a-t-il existé, existe-t-il un peuple dont la lutte est tellement manipulée par les intérêts mesquins des uns et des autres ? Ils sont non seulement étrangers mais, comme le déclare le père de la jeune résistante, tout autant par les représentants autochtones. A-t-il existé, existe-t-il un peuple tellement isolé, ne bénéficiant que de quelques rares actions de solidarité ? Un peuple dont les résolutions même des Nations Unies ne sont pas respectées, concernant son droit à un territoire indépendant ? Un peuple réduit à survivre dans un bantoustan, sans provoquer les protestations que les bantoustans du régime de l’apartheid en Afrique du Sud avaient suscité ?

En Algérie, certains ont reproché aux Palestiniens leur manque de solidarité avec les victimes de la répression étatique lors des diverses légitimes révoltes citoyennes, aussi bien à Alger qu’en Kabylie.

Question : dans la situation qui était et demeure la sienne, ce peuple palestinien pouvait-il et peut-il exprimer publiquement sa solidarité avec les victimes algériennes de l’arbitraire autochtone ?… J’ai écris «le peuple» et non pas ses «dirigeants» ?… Dès lors, est-il juste et raisonnable de nier à ce peuple colonisé la solidarité internationale qui lui manque si cruellement ?

Faut-il préciser que cette solidarité n’a nul besoin d’être exprimée au nom d’une religion, d’une «race», d’une « ethnie », mais simplement au nom du droit des peuples à disposer librement de l’autodétermination, de vivre libres et indépendants sur leur propre territoire, selon les résolutions des Nation unies ?

Étant donné qu’en Algérie et alleurs, certaines personnes vantent la démocratie en Israël et, parmi ces personnes, d’autres nient même le droit du peuple palestinien à son territoire, sur la base des résolutions des Nations Unies, voici des informations.

À propos de démocratie, laissons parler une  organisation israélienne extra-parlementaire indépendante, Gush Shalom : Démocratie made in Israël.

La seule démocratie au Moyen-Orient

Pas de séparation entre religion et État.

Les non-Juifs sont discriminés dans diverses régions.

Des lois religieuses dictent le style de vie des citoyens israéliens non religieux.

Encore aujourd’hui, 50 années après l’indépendance, Israël n’a pas de constitution. 30 % de la population civile sous contrôle israélien n’a pas de droits civils, pas même de droits humains.

Des parties du système éducatif sont contrôlées par les services secrets. 80 % des ressources d’Israël appartiennent à 10% de ses citoyens.

Plus de 1.000 personnes sont détenues en détention administrative sans motif déclaré, et sans limite de temps.

Israël est le seul pays qui a une loi qui permet aux interrogateurs d’utiliser la torture. Tous les canaux des mass-médias sont aux mains d’une poignée de familles.

En Israël le gouvernement a le droit de fermer un journal. Au non Juifs il est interdit d’acheter des terrains qui appartiennent à l’État.

Arrêtons cette situation !

Une situation différente est possible !

C’est à nous de créer un libre, laïc, démocratique État d’Israël, un État qui offrira des droits égaux à tous ses citoyens et des relations pacifiques avec tous ses voisins, un État où nous serons fiers de vivre. » (2)

Venons à la nature de l’action de l’armée israélienne contre les Palestiniens.

Comme une minorité de militaires français de l’époque du colonialisme en Algérie, en Israël, également, existe une organisation d’officiers et de soldats israéliens dissidents. Ils ont déclaré :

« Nous, officiers et soldats de combat en réserve des Forces de défense israéliennes, qui ont été élevés sur les principes du sionisme, du sacrifice de soi et du don au peuple d’Israël et à l’État d’Israël, qui ont toujours servi en première ligne et qui ont été les premiers à accomplir une mission afin de protéger l’État d’Israël et de le renforcer.

  • Nous, officiers et soldats de combat qui avons servi l’État d’Israël pendant de longues semaines chaque année, en dépit du coût élevé de nos vies personnelles, avons été en service dans les territoires occupés et avons reçu des ordres et des directives qui n’avaient rien à voir avec la sécurité de notre pays, et qui avait pour seul but de perpétuer notre contrôle sur le peuple palestinien.

  • Nous, dont les yeux ont vu le bilan sanglant de cette occupation des deux côtés,

  • Nous, qui avons senti comment les ordres qui nous ont été donnés dans les territoires occupés détruisent toutes les valeurs sur lesquelles nous avons été élevés,

  • Nous, qui comprenons maintenant que le prix de l’Occupation est la perte du caractère humain de la FID [Forces Israéliennes de Défense] et de la corruption de toute la société israélienne,

  • Nous, qui savons que les Territoires ne font pas partie d’Israël, et que toutes les colonies sont vouées à l’évacuation,

  • Nous déclarons par la présente que nous ne continuerons pas à combattre cette guerre des colonies.

  • Nous ne continuerons pas à nous battre au-delà des frontières de 1967 pour dominer, expulser, affamer et humilier tout un peuple.

  • Nous déclarons par la présente que nous continuerons à servir les Forces de défense israéliennes dans toute mission servant la défense d’Israël.

  • Les missions d’occupation et d’oppression ne servent pas ce but – et nous n’y prendrons aucune part. » (3)

Les officiers et soldats qui se sont conformés à cette décision ont affronté et affrontent la prison et autres rétorsions qu’on imagine.

Alors, en Algérie et ailleurs, peut-on ne pas manifester, selon la possibilité de chacun-e, l’indispensable solidarité au peuple palestinien ? Et cela sans aucun infâme opportunisme, quelle ques soient son motif et sa forme ?

K. N.

Email : kad-n@email.com

Notes

(1) In http://mcpalestine.canalblog.com/archives/2017/12/31/36001342.html

(2) Du site internet israélien www.gushshalom.org, visité en 2007. Voir mon essai « LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ? Eléments de discussion pour gens de bonne volonté », librement accessible ici : http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits.html

(2) « Lettre de combattants », traduction personnelle de l’original anglais in http://www.seruv.org.il/english/combatants_letter.asp, vu le 10 janvier 2018. Les mots en gras sont des auteurs.

Auteur
Kadour Naïmi

 




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